Quels réglages pour quelles photos, partie 1 : les bases

Aujourd’hui, je vous pro­pose un arti­cle des­tiné aux débu­tants. Vous êtes nom­breux à me deman­der quel mode choisir sur votre reflex pour faire tel ou tel type de pho­to et je vais essay­er ici de répon­dre à vos ques­tions, le plus sim­ple­ment pos­si­ble.

Avant d’aborder la par­tie pure­ment pra­tique, je vais me con­cen­tr­er sur la théorie. Il me paraît impor­tant de com­pren­dre com­ment agis­sent les paramètres, sans ren­tr­er dans les principes physiques ni dans les cal­culs math­é­ma­tiques, pour ensuite pou­voir être en mesure de choisir la manière dont ils influ­enceront la pho­to.

 

La bonne exposition : ISO + ouverture + vitesse

Une expo­si­tion par­faite, c’est quand on arrive à faire ce que l’on veut, et dans 90% des cas, il s’agira d’avoir une pho­to ni trop claire ni trop som­bre. (Je ne vais pas com­mencer à vous embrouiller dès main­tenant avec les excep­tions !)

Pour ce faire, nous allons jouer sur trois paramètres : l’ouverture, la vitesse et les ISO. Le troisième étant celui qui m’intéresse le moins, je com­mence par lui : les ISO cor­re­spon­dent à la sen­si­bil­ité de votre cap­teur. Plus ils sont élevés, plus le ren­du sera lumineux. C’est un réglage qui vous intéressera surtout dans les lieux som­bres où on ne peut faire autrement qu’augmenter les ISO.

Voici ce qui se passe si je ne change ni mon ouver­ture, ni ma vitesse, mais que j’augmente pro­gres­sive­ment les ISO :

 

 

Effet sec­ondaire, mon­ter les ISO aug­mente le bruit (ces petits pix­els moches qu’on voit surtout dans les par­ties som­bres). Ce bruit peut être atténué par logi­ciel, mais on vous con­seillera quand même de rester sur des ISO faibles, autant que pos­si­ble. Faites le test avec votre appareil, mais sur un petit reflex entrée de gamme, je ne monte à 1600 qu’en cas d’absolue néces­sité, et je reste la plu­part du temps entre 200 et 400 pour de la pho­to de jour en extérieur.

 

Comprendre l’ouverture

Intéres­sons-nous main­tenant à l’ouverture. Cela désigne la quan­tité de lumière qui va arrive sur le cap­teur.
Elle se règle sur le boîti­er (mis à part quelques rares objec­tifs manuels) mais va être lim­itée par l’objectif : tous les objec­tifs ne per­me­t­tent pas de grandes ouver­tures. C’est le chiffre qui est don­né à côté des indi­ca­tions de focales. Par exem­ple, un 24–70 2.8 est un zoom qui va de 24mm à 70mm et ouvre à 2.8. Le diaphragme est situé dans l’objectif, c’est lui qui va déter­min­er la grosseur du trou pour laiss­er pass­er la lumière (à ne pas con­fon­dre avec l’obturateur).
Le petit piège, c’est que ce 2.8 est en fait une frac­tion : 1/2.8, ce qui veut dire que plus le chiffre est petit, plus l’ouverture est grande. Ain­si, un 50mm 1,4 est plus lumineux qu’un 50mm 1,8.

L’ouverture va donc être impor­tante sur deux points. D’une part, plus on ouvre grand, moins on a besoin d’ouvrir longtemps. C’est-à-dire que pour une même expo­si­tion, je peux choisir entre faire ren­tr­er beau­coup de lumière, ou la faire ren­tre longtemps. Nous ver­rons dans la par­tie con­sacrée à la vitesse quels effets ça peut avoir sur l’image. D’autre part, c’est l’ouverture qui va déter­min­er le « flou ».

Vous avez cer­taine­ment déjà vu des por­traits où le per­son­nage très net se détache du fond, très flou. Hé bien on obtient ce genre de ren­dus en jouant avec l’ouverture : plus on ouvre, plus c’est flou. Et comme rien ne vaut un exem­ple :

 

 

J’ai placé A, B et C (ouais, 100% récup !) à des dis­tances équiv­a­lentes (il y a 60 cm entre A et C). J’ai suc­ces­sive­ment fait la mise au point sur A, B puis C, et on voit bien que lorsqu’A est net, C est très flou (ouver­ture : 1.4).

Mais si cela peut être joli, ça n’est pas tou­jours ce qu’on cherche à obtenir. On peut alors mod­uler la zone de net­teté selon l’ouverture. Tout cela peut s’expliquer par de savants cal­culs, mais l’instinct marche bien, aus­si. Voici donc ce qu’il se passe si je fais la mise au point sur B et ferme le diaphragme :

 

Plus je ferme, plus A et C sont nets. En paysage, par exem­ple, on aura sou­vent envie d’avoir tous les plans nets, et on fer­mera donc plus que pour un por­trait, où il est sou­vent agréable d’avoir un arrière plan un peu flou.
Je ne vais pas com­pli­quer la chose encore plus, mais sachez juste que la zone de net­teté va vari­er selon plusieurs paramètres dont la focale et la dis­tance de votre sujet. Un sujet très proche sur une longue focale aura une zone de net­teté très réduite. C’est un prob­lème qu’on ren­con­tre sou­vent en macro, où il faut beau­coup fer­mer pour avoir l’insecte net sur quelques mil­limètres.

 

Comprendre la vitesse (d’obturation)

La vitesse d’obturation, c’est la durée entre le moment où vous déclenchez, et le moment où l’obturateur se referme. Con­crète­ment, c’est le temps durant lequel le cap­teur est exposé à la lumière.
C’est très sim­ple à com­pren­dre. Prenons un exem­ple :

 

 

 

Pour la pre­mière pho­to, j’ai ouvert pen­dant un quinz­ième de sec­onde. Ça peut sem­bler peu, mais selon le sujet, on peut obtenir du flou. En l’occurrence, le scoot­er doit rouler à 20km/h.
A droite, j’ai ouvert beau­coup moins longtemps, 1/640 de sec­onde, et ça per­met de figer la voiture qui roule pour­tant à la même vitesse que le scoot­er de gauche. Vous voyez au pas­sage que la lumi­nosité n’a pas été affec­tée : l’appareil a com­pen­sé le temps d’exposition réduit en ouvrant beau­coup plus le diaphragme (22 a gauche, 3.5 à droite).

Si on veut jouer sur la vitesse d’obturation, il fau­dra donc tou­jours penser à deux fac­teurs : le flou de mou­ve­ment, et le flou de bougé. Pour expli­quer cela, prenons un nou­v­el exem­ple (vous excuserez les cadrages des illus­tra­tions de cet arti­cle, je tâcherai de me rat­trap­er pour la deux­ième par­tie !)

 

 

La vitesse est de 0.5 sec­on­des pour chaque image. La seule dif­férence, c’est que pour pren­dre la pre­mière, j’ai posé l’appareil sur une poubelle. Du coup, à gauche, nous avons une image qui glob­ale­ment est (à peu près) nette mais dont les sujets en mou­ve­ment appa­rais­sent flous ; et plus ils se dépla­cent vite, moins ils sont vis­i­bles. C’est donc un flou de mou­ve­ment.
A droite, on voit que tout est flou : c’est l’appareil qui trem­ble, on par­le alors de flou de bougé. Pour empêch­er cela, on pour­ra employ­er un trépied (ou toute sur­face per­me­t­tant de pos­er l’appareil, comme ma poubelle...) ou alors utilis­er une astuce toute sim­ple : se dire que notre vitesse doit tou­jours être légère­ment supérieure à la focale que nous util­isons. De manière logique, l’influence de nos trem­ble­ments sur l’image est démul­ti­pliée lorsque nous util­isons de longues focales (on peut même, par­fois, avoir du mal à cadr­er...).

Atten­tion, ça pique sous les cheveux : je ne vais pas ren­tr­er dans les détails, mais dis­ons qu’avec un petit cap­teur (APS-C) et un 50mm, il vaut mieux ne pas descen­dre en-dessous de 1/80ème ; avec un 100mm, 1/160ème ; etc.  C’est dû au coef­fi­cient mul­ti­pli­ca­teur des APS-C. Sur un APS-C (par oppo­si­tion à un « full frame » comme le Canon 5DII où ce cal­cul n’est pas néces­saire) donc, il faut tenir compte du fac­teur de crop et cal­culer à 1.6 comme je le fais sur mon Canon 550D : pour un 200mm on ferait 200 x 1,6 = 320 = ne pas descen­dre en dessous de 1/320. Et même le Belge a tout com­pris, alors relisez si ça ne passe pas du pre­mier coup.

 

Conclusion

On peut obtenir une expo­si­tion sim­i­laire en mod­i­fi­ant cha­cun des paramètres, mais si le ren­du au niveau de la lumi­nosité sera équiv­a­lent, le ren­du esthé­tique peut chang­er du tout au tout. Il est donc impor­tant de com­pren­dre un min­i­mum tout cela pour ensuite pou­voir choisir ce qu’on racon­tera avec notre image.

18 Commentaires

  1. Génial cet arti­cle, c’est ce que je recher­chais sur le net depuis des mois mais expliqué de façon bien plus sim­ple pour de vrais débu­tants ! Mer­ci et vive­ment la 2nde par­tie !!

  2. Can­dice : Ton ent­hou­si­asme me fait plaisir ! Fig­ure toi que je me suis vrai­ment arraché les cheveux pour réus­sir à faire sim­ple sur cer­taines par­ties, et heureuse­ment que j’ai un relecteur qui me fait ses com­men­taires ! Si tu veux aller un peu plus loin sur cer­tains points tech­nique, Appren­dre la pho­to est très bien fait. Si tu veux voir des points pré­cis abor­dés dans la prochaine par­tie, dis le moi, ce sera avec plaisir !

    Aline : si ça peut te don­ner envie de poster plus de pho­tos sur ton blog... 😉

  3. Très chou­ette comme tuto !
    Per­so j’utilise une règle plus sim­ple sur la rela­tion vitesse/focale :
    ne jamais utilis­er de vitesse sous 1/focale. Par exem­ple pour une focale de 100, il ne faut pas aller sous 1/100em.
    Enfin, ca revient au même et ca reste à l’appréciation du pho­tographe, à la sta­bil­ité de l’appareil, son poids...

  4. @Oreille : c’est en cher­chant des tutos pour appren­dre à me servir de mon appareil (un hybride Sony Nex 5) que je suis tombée sur ton site, et je dois dire que jusqu’à main­tenant je ne suis pas déçue de la qual­ité des con­seils ! Bon il fau­dra quand même que je relise encore 2 ou 3 fois pour bien assim­i­l­er la par­tie qui « pique sous les cheveux », mais glob­ale­ment les expli­ca­tions sont super claires, mer­ci pour le temps passé à les rédi­ger et mer­ci aus­si pour le lien vers le site Appren­dre la pho­to qui a l’air très bien fait !

  5. Tewoz : En fait, c’est grosso-modo basé sur la même idée, sauf que les focales sont conçues sur base d’un 24x36, alors qu’un aps-c fait un crop : un 100m sur mon 550d équiv­aut à un 160mm, en réal­ité. D’où la mul­ti­pli­ca­tion. Mais bon, glob­ale­ment, l’idée à retenir, c’est que plus on a un gros zoom moins on peut descen­dre en vitesse 😀 (et plus on vieil­lit aus­si)

    Can­dice : ça me fait vrai­ment plaisir 🙂
    Tu es con­tente de ton Nex ? Tout le monde en dit beau­coup de bien !

  6. Oui j’en suis absol­u­ment ravie ! Mais ça ne fait que quelques semaines que je l’ai et je suis très loin d’en avoir fait le tour. Le mode « intel­li­gent » est par­fait pour les néo­phytes et il y a ensuite 4 modes « semi-automa­tiques » pour une approche en douceur des réglages manuels. 

    Au départ je l’ai acheté pour faire des pho­tos pro­duits pour ma bou­tique et pour ça il rem­plit par­faite­ment son rôle. La bal­ance des blancs et la mise au point sont bien plus effi­caces que le Lumix que j’utilisais avant, et la qual­ité d’image est telle que les retouch­es sont presque inutiles même lorsque je pho­togra­phie un pro­duit blanc sur fond blanc (exem­ple sur ce pro­duit où un sim­ple réa­juste­ment des niveaux a suf­fi à ren­dre la pho­to accept­able : http://goo.gl/1BLWa).

    Main­tenant j’aimerais bien me servir du Nex pour faire des pho­tos plus per­son­nelles, d’où la fréquen­ta­tion de ton blog afin d’apprendre à maîtris­er les bases de la pho­togra­phie 🙂

  7. Can­dice : Ah ouais, ça rend pas mal ! Dans mon boulot, je suis sou­vent amenée à faire du pack­shot (avec une table spé­ciale, des flashs, etc.) et je m’arrache sou­vent les cheveux avec les pro­duits blancs. Autant te dire que le résul­tat est vrai­ment bluffant, très pro­pre !
    Tu comptes t’attaquer à quels sujets ? Paysages, famille ?
    En tout cas, j’attaque l’écriture de la par­tie 2, à lun­di 😉

  8. Pour les sujets plus per­sos, j’aimerais bien me (re)lancer dans la pho­to de voy­age, les scènes de vie et peut-être les por­traits. J’aime aus­si beau­coup le noir et blanc et l’article que tu as fait au sujet du post-traite­ment du N&B était d’ailleurs très intéres­sant.

    En atten­dant les futurs essais pho­tos, vive­ment la par­tie 2 du tuto et encore mer­ci d’expliquer si bien les choses !!! 🙂

  9. cet arti­cle est par­fait
    je viens d acheter un « petit » reflex (l entree de gamme de canon) et je me demandais com­ment fais tu pour faire la mise au point sur a , b ou c ? car moi je n arrive a le faire que sur le sujet au pre­mier plan...
    mercii

  10. Pour répon­dre à Lau­ra : par défaut il n’y a pas de col­li­ma­teur de sélec­tion­né et l’appareil essaie de devin­er à ta place où faire la mise au point (les col­li­ma­teurs font la mise au point, ils sont illus­trés par les petits points rouges dans le viseur – oui, il faut regarder dans le viseur!).

    Donc à toi de lui dire explicite­ment où faire la mise au point ! Tu as trois façons de le faire :

    1. Sélec­tionne le col­li­ma­teur cen­tral (regarde ton manuel, sur mon vieux Rebel c’est molette et bou­ton à côté de l’étoile); ensuite place ton col­li­ma­teur cen­tral sur le sujet sur lequel tu veux faire le focus, appuie sur le déclencheur à mi-course, cadre ta pho­to sans lâch­er le déclencheur, et prends ta pho­to.

    2. Choi­sis le col­li­ma­teur le plus proche de l’endroit où tu veux faire le focus (molette et bou­ton, comme ci-dessus), déplace un peu ton cadrage pour que ce col­li­ma­teur soit pile sur cet endroit, appuie à mi-course le déclencheur, recadre un peu et prends la pho­to. À faire quand tu maîtris­es la façon 1.

    3. Si tu es sur trépied, passe en mode focus manuel, active la visu­al­i­sa­tion sur écran et zoome au max­i­mum, fais ton focus et hop ! prends la pho­tos (avec retar­da­teur de 2 sec­on­des et ver­rouil­lage du miroir, sinon flou de bougé).

  11. Lorsque je me suis acheté mon reflex, mon chéri m’a offert un cours où ces bases étaient expliquées. Je t’avoue qu’en 3h c’était beau­coup d’infos ! alors ça fait du bien de relire de temps en temps, même si comme tu le dis dans l’article en tri­fouil­lant l’appareil les réglages vien­nent tous seuls au bout d’un moment.

  12. Je viens de suiv­re un cours de pho­to est c’était très bien,mais ici ce tuto est génial et ce que je n’avais pas bien com­pris ici main­tenant cela fais tilt.
    Mer­ci et con­tin­uez..

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