J’ai emmené ma fille au Kenya pour partager avec elle ma fascination pour les animaux.
C’est assurément l’un des plus beaux voyage qu’on ait pu faire toutes les deux, parce que toutes les conditions étaient réunies : un cadre exceptionnel, des animaux pour lesquels je n’ai pas assez de superlatifs, un itinéraire adapté à une enfant, mais aussi un âge qui permet à ma fille de profiter pleinement des safaris !
Notre itinéraire kid-friendly
- Safari en vélo : pédaler au milieu des zèbres
- Safari à pied : girafes, antilopes, gnous...
- Safari en bateau : oiseaux et hippos à Naivasha !
- Le parc d’Amboseli
- Les terres rouges du Tsavo
- Plonger au Kenya (quand on est enfant)
Carnet pratique : le Kenya en famille
Pourquoi j’ai choisi le Kenya
Lorsque j’ai commencé à caresser l’idée d’emmener ma fille en safari, la question du pays s’est vite posée. J’avais déjà été en Afrique du Sud, au Kenya ainsi qu’en Tanzanie. J’ai envisagé un temps de partir sur une nouvelle destination : Namibie, Botswana, Ouganda ? Mais le Kenya s’est vite imposé ! Tout d’abord, parce que j’en gardais un beau souvenir (et je n’en avais vu qu’une infime portion !)(ce qui est d’ailleurs toujours le cas malgré ce deuxième voyage !). Ensuite, parce que la chasse y est interdite (et on déteste vraiment les riches occidentaux qui vont tuer les animaux africains). Enfin, et ce fut l’argument ultime, les options pour la plongée sous-marine y sont les plus intéressantes. Oui, j’ai choisi l’endroit où faire un safari en fonction de l’offre en matière de poissons... (On en reparle après !)
Quel âge doit avoir un enfant pour un safari ?
Ma fille avait 10 ans lors de ce voyage, et je pense que c’est le bon âge.
J’ai croisé nombre d’enfants plus jeunes que Petite Oreille, bien sûr, et pourtant je pense qu’elle était à l’âge parfait pour commencer à en profiter pleinement. Le safari est une activité qui demande de la patience, du calme, de l’observation. Autant de choses qu’on ne peut pas attendre d’un jeune enfant.
Bien sûr, je l’avais déjà emmenée observer des animaux : marcher dans la jungle à la recherche d’orangs-outans ou de lémuriens.... Nous avions également déjà fait des excursions en 4×4 pour aller voir les éléphants au Sri Lanka. Mais l’expérience safari en Afrique n’a rien à voir : il s’agit d’accepter de rester dans une voiture, calme, pendant plusieurs heures, plusieurs jours d’affilé ! Certes, il est possible de se mettre debout dans la voiture, quand le toit est levé, mais les journées peuvent être longues si l’enfant a besoin de bouger (et c’est normal d’avoir besoin de bouger pour un jeune enfant !).
À 10 ans, Petite Oreille était donc tout à fait en mesure de comprendre qu’un safari dans un parc national sans clôture n’est pas une promenade dans un zoo, qu’il s’agit d’animaux sauvages et qu’il faut donc rester calme. Nous avons fait plusieurs longues journées de safari, dont une de 6h à presque 18h : elle ne se lassait pas et aurait pu rester encore dans le parc si celui-ci n’avait pas eu un horaire de fermeture !
Un itinéraire pensé pour les enfants
La clé pour faire de ce voyage un moment agréable en famille est aussi, il me semble, d’adapter l’itinéraire. J’ai choisi de couper le voyage en deux : des safaris puis du balnéaire. Ainsi nous pouvions nous « reposer » en profitant de la plage sur la deuxième partie du voyage (traduction : je me levais aux aurores pour passer 4h à avoir le mal de mer sur un bateau immobile au milieu des vagues tandis que Petite Oreille vivait sa meilleure vit sous l’eau avec les tortues).
Et pour les safaris, j’ai voulu varier les expériences : je gardais un beau souvenir de safaris à vélo ou à pied, et j’avais à cœur de proposer ces expériences à ma fille. Elle a adoré !
Personnellement, je n’aurais aucun mal à passer 15 jours dans une voiture, quasi-immobile, à photographier des animaux du lever au coucher du soleil. Mais ce qui plaît aux adultes n’est pas toujours compatible avec les envies des enfants, même quand ils sont calmes et passionnés par les animaux ! Ils ont besoin d’être actifs de temps en temps, et d’avoir l’impression que les journées ne se ressemblent pas toutes !
Notre voyage mère-fille au Kenya
Nous arrivons à Nairobi le samedi soir, après une journée passée dans l’avion. C’est le premier jour des vacances. Nous sommes lessivées mais heureuses. Enfin, elle est heureuse et je suis lessivée. J’ai eu mal au ventre une bonne partie du vol, et j’accuse la fatigue accumulée. Dans l’aéroport de Nairobi, nous suivons les couloirs jusqu’à trouver la longue queue de l’immigration. Je sens mon estomac de moins en moins content. J’ai, bien sûr, choisi la mauvaise file, celle qui n’avance pas, et nous sommes les dernières à passer. Je tends mon passeport. Quelques questions, un sourire, clic clac kodak, les empreintes, je cours aux toilettes. Je suis une mère indigne qui laisse sa fille passer l’immigration seule, mais il est hors de question que le policier puisse imaginer que j’introduis la moindre maladie dans le pays. Surtout que je n’ai plus aucun doute quant à l’origine du mal de ventre. Ma fille s’en amuse, ce n’est pas la première fois. Elle n’a pas voulu manger l’entrée du plateau repas d’Air France. « Douteuse », a‑t-elle dit. Mais je n’aime pas le gaspillage. Alors j’ai mangé les deux. Et clairement, pas merci Air France.
C’est donc avec ce grand moment d’élégance à la française que nous commençons notre voyage. Et si je vous le raconte, c’est parce que la première activité du séjour, c’est un safari à vélo. La première nuit, à Nairobi n’est clairement pas assez réparatrice et je n’ai qu’une envie : comater sur la banquette de la voiture.
Safari à vélo : pédaler au milieu des animaux sauvages
Nous nous levons tôt pour prendre la route. J’ai peu dormi, pas vraiment mangé depuis la veille, et il faut que j’aille pédaler.
Ma fille, elle, est aux anges. Elle a adoré sa première nuit dans un hôtel magnifique, et elle est surexcitée à l’idée de faire du vélo. Je ne peux pas la décevoir, surtout que le vélo, c’était mon idée. Je trouvais ça chouette de commencer le voyage ainsi.
Nous voilà donc devant le loueur. Des dizaines de vélos attendent les touristes. On en essaye chacune un. Et c’est parti.
Malgré mon estomac qui semble coincé dans un manège de fête foraine, l’expérience est magique. Les girafes nous toisent, de loin, alors que nous roulons. Petite Oreille a des étoiles dans les yeux : elle voit des zèbres en liberté pour la première fois, et ils ne sont qu’à quelques mètres, sans barrière, sans carrosserie. L’expérience est magique.
Je ne peux m’empêcher de sourire en la voyant si heureuse, si surprise aussi. Il est même probable que j’ai une micro larme au coin de l’œil, mais c’est certainement la poussière sur la route, et non le fait de voir ma fille béate d’admiration devant les animaux.
J’en oublie peu à peu mon estomac et commence à profiter.
Il va sans dire que les vélos ne sont, bien sûr, ni de première jeunesse ni de grande qualité, mais ça n’a aucune importance : ils roulent et les freins fonctionnent. On n’est pas là pour faire des records de vitesse, mais bien pour profiter du cadre !
Nous laissons les vélos au bout du chemin, une dizaine de kilomètres plus tard. Ici, les guides ont l’habitude de proposer la descente dans une petite gorge. Je l’avais déjà visitée lors de mon précédent séjour au Kenya, mais celui-ci date d’avant la naissance de ma fille, et le lieu a bien changé. L’eau chaude, voire brulante qui sort de la roche amuse Petite Oreille, mais pas autant que les singes qui chahutent à proximité des escaliers !
Le parc se nomme Hell’s Gate à cause de ces particularités géothermiques. L’eau bruyante sort des entrailles de la terre... Nous ne nous y aventurerons pas mais, plus loin dans le parc, on peut trouver des geysers.
En fin d’après-midi, les piroguiers qui promènent les touristes rentrent chez eux. Les abords du lac deviennent alors le refuge des marabouts, l’un des oiseaux que je tenais absolument à montrer à Petite Oreille. Imaginez, il fait la même taille qu’elle ! 1m50 ! Et ses 3m d’envergure sont réellement impressionnants lorsqu’il passe en volant à quelques mètres de vous !
Nous restons à observer et photographier les oiseaux jusqu’au coucher du soleil, mais le clou du spectacle a lieu un petit peu plus tard, alors que la nuit est tombée : voilà que les hippopotames broutent tranquillement à quelques mètres de nous !
Nous n’approchons pas. La mince clôture que l’hôtel installe, une fois la nuit venue, ne pourrait en rien retenir les 1500 kg de l’animal le plus dangereux d’Afrique ! (après le moustique) (les hippopotames mâles peuvent atteindre 4500kg, soit le poids de 3 Kangoo, ou de 64 Portia Woodman).
Safari en bateau :
naviguer au milieu des oiseaux sur le lac Naivasha
Parce que la faune de l’Afrique de l’Est ne se limite pas aux grands mammifères, nous embarquons sur une pirogue pour observer, notamment, les oiseaux. Gilet obligatoire car il y a également, comme nous avons pu le constater la veille, de nombreux hippopotames...
Le guide local nous explique que l’eau du lac monte d’année en année, noyant ainsi les arbres des abords. C’est lié au changement climatique. Mais ce n’est pas le plus gros problème du lac. Malheureusement, les jacinthes d’eau pullulent. Cette plante invasive se développe extrêmement rapidement et asphyxie tout sur son passage. C’est une catastrophe pour l’écosystème mais aussi pour les habitants dont beaucoup vivent de la pêche.
J’ai confié un appareil à ma fille. Elle canarde joyeusement. Nous échangeons régulièrement les appareils photos afin que chacune puisse jongler entre les différentes optiques. Tant est si bien que je ne suis plus sûre de qui a pris tel ou tel cliché ! Je lui dois l’ibis, je crois. Et cette série où un aigle pêcheur attrape un poisson. Lorsque, le soir venu, nous regarderons les photos, elle sera extrêmement fière de cette prise ! (et moi aussi, je suis fière d’elle !)
Lui confier un appareil est vraiment une bonne idée parce que ça l’implique d’autant plus : elle observe, cherche le détail, essaie d’anticiper le comportement de l’animal...
Alors que notre embarcation continue de longer les rives du lac Naivasha, nous découvrons un groupe de pachydermes assoupis sur un tapis de jacinthes d’eau. Notre capitaine se tend un peu et met un peu de distance entre eux et nous. Il ne les a vus qu’au dernier moment.
Le plus jeune des bébés hippopotames se redresse et nous observe. J’entends ma fille penser « ooooooh trop mignon ». Pendant un long moment, le bébé hippo reste assis, songeur. Personne ne bouge sur le bateau.
Et puis, doucement, le bébé se lève et va dans l’eau. Pas loin. Il a pied. Mais cela suffit à déclencher un branle-bas de combat !
En quelques secondes seulement, tous les autres hippopotames se lèvent et se mettent à courir dans l’eau. Ils éclaboussent partout et semblent inarrêtables. Le nombre ajoute au caractère déjà impressionnant de la montagne de muscles lancée à vive allure.
Pendant ce même court laps de temps, notre capitaine, qui n’avait jamais coupé le moteur ni même retiré sa main de la barre, met les gaz en s’éloignant le plus possible des hippopotames. Il n’est clairement pas en confiance !
Les accidents avec des touristes sont rares et généralement imputables aux touristes eux-mêmes qui s’approchent trop (dédicace à l’américain qui a porté plainte contre son agence de voyage après le décès de sa femme parce qu’ils n’étaient pas au courant que c’est un animal dangereux...). Par contre, une dizaine de pêcheurs locaux décède chaque année sur le lac Naivasha, en voyant leurs embarcations être renversées par les pachydermes.
Crescent Island : marcher au milieu des girafes
I had a farm in Africa...
Le bateau approche doucement d’une petite île, c’est Crescent Island. Nous débarquons pour explorer l’île, toujours en compagnie de nos guides, mais cette fois-ci à pied.
L’histoire de Crescent Island est intimement liée à un film célébrissime. Pour ma fille, Meryl Streep est avant tout Topsy, et elle n’a pas la moindre idée de qui est Robert Redford. Par contre, je lui ai parlé de Karen Blixen, et de la romantisation du colonialisme (si bon le film soit-il).
Nous voici donc dans les paysages où fut tournée une partie de Out of Africa, de Sydney Pollack. Difficile de reconnaître quoi que ce soit, c’était il y a 40 ans !
Pour les besoins du film, certains animaux furent introduits sur ce qui était à l’époque une presqu’île. À la fin du tournage, les fauves ont été remis dans les pacs nationaux, mais les autres animaux sont restés. Avec la montée de l’eau, Crescent Island a été coupée des terres, et la réserve privée s’est muée en sanctuaire.
Nous tombons presque directement nez à nez avec une gigantesque girafe mâle. Le guide encourage Petite Oreille à s’approcher, doucement. Ici, les animaux n’ont pas peur. Ni voiture, ni prédateur. Nous ne présentons aucun danger pour eux alors si on reste calme, on peut s’approcher, doucement, petit pas après petit pas.
Petite Oreille est fascinée. Elle observe chaque détail. Nous restons ainsi longtemps jusqu’à ce que la girafe soit rassasiée pour le moment et décide de partir.
Plus loin, en continuant notre safari à pied, nous croisons des zèbres, des autruches, des cobes, des gnous, des impalas, et même des hippopotames, assoupis au soleil. Pour les hippos, interdiction formelle d’approcher, je demande à ma fille de rester proche de moi. Mais pour les autres animaux, elle a bien compris la technique ! Ainsi, elle reste immobile au milieu des zèbres, les laissant s’approcher en l’ignorant !
Nous quittons la quiétude de Crescent Island en fin d’après-midi, après je-ne-sais-combien de kilomètres parcourus au milieu des animaux. Il nous faut reprendre le bateau pour retourner à l’hôtel, malheureusement...
Le Parc National d’Amboseli
Nous prenons la route, tôt le matin, pour le Parc National d’Amboseli. Nous y arrivons en fin de matinée, pile à temps pour le repas, avant d’enchaîner sur le premier safari en voiture du voyage.
C’est le safari tel que ma fille l’attendait, celui qu’on a dans l’imaginaire collectif : notre guide soulève le toit, et nous nous mettons debout pour profiter d’une vue à 360° sur la savane. L’herbe est jaune, brulée par le soleil. Les acacias sont majestueux. Et entre deux volutes de poussières nous apercevons les premiers animaux : des zèbres.
Ma fille est contente, mais ce qu’elle attend, ce sont les autres animaux, ceux qu’elle n’a pas encore vus, ceux qu’on ne peut pas aller voir sans la protection de la voiture.
Et rapidement voilà justement un premier éléphant !
Avant le départ, Petite Oreille voulait voir des guépards. Alors, je lui avais bien expliqué, qu’ils sont difficiles à voir, discrets, assez rares, que de tous mes voyages je n’en avais vu qu’un seul, une fois.
Mes beaux discours tombent à l’eau moins d’une heure après notre entrée dans le parc ! Voilà que des silhouettes félines se dressent au milieu des herbes !
Pire : non seulement c’est l’un des premiers animaux qu’on observe dans le parc, mais en plus ils sont plusieurs et très proches du chemin ! Voilà donc cinq guépards qui se prélassent tels de gros chats, et s’étirent, gouzi gouzi. Je passe pour qui, moi, si on les trouve si facilement ? Et ma crédibilité de mère, ils y pensent, les matous ?
Le groupe de félins finit par s’éloigner après plus d’une heure d’observation. Ma fille peut alors constater qu’ils sont invisibles dès qu’ils s’allongent dans les hautes herbes. Ouf, je ne suis pas une mytho.
Nous poursuivons l’exploration du Parc d’Amboseli.
L’après-midi file extrêmement vite mais ce que nous retenons, c’est le nombre de hardes d’éléphants croisées. Ils sont partout !
C’est, à mon sens, l’un des animaux les plus fascinants à observer dans cette partie du monde : on voit les jeux des jeunes, les rôles de chaque individu, les petites provocations des jeunes mâles, la puissance des matriarches...
Le lendemain matin, nous sommes devant l’entrée du parc pour l’ouverture. J’ai bon espoir que nous puissions apercevoir le Kilimanjaro, mais le temps reste couvert, malheureusement. Par contre, la chance sourit à nouveau à Petite Oreille : la radio de notre guide l’informe que des lions sont visibles à proximité. Ni une ni deux, nous filons voir les félins. Je n’ai pas une grande passion pour les prédateurs, de manière générale, mais le lion fait toujours rêver les enfants, j’imagine...
Il n’était, en réalité, guère utile de se dépêcher. Les deux lions, un jeune et un moins jeune, ne semblent pas décidés à quitter les lieux. La carcasse de leur victime de l’aube est à proximité et ils font la sieste. Activité épuisante qui occupe généralement le lion environ 20h par jour.
Si je n’ai pas un grand attrait pour les félins, je profite tout de même du moment en demandant à notre guide de couper le moteur. Nous sommes seuls. Aucune voiture à proximité. Et nous entendons les lions respirer. Un souffle lourd et puissant. Quelque chose qu’on ne peut photographier, juste un souvenir à graver. C’est assez magique. Le silence absolu et ces respirations.
La journée se poursuit de manière tout aussi magique. Partout, des animaux. Et des dizaines d’éléphants. Ils se rendent dans les zones marécageuses où ils passent une bonne partie de la journée à manger et à boire (il leur faut jusqu’à 200l d’eau par jour !).
À midi, les touristes convergent vers une petite butte, seul endroit du parc où il est possible de descendre de voiture. On peut alors manger en regardant les animaux et en critiquant les touristes qui ne ramènent par leurs déchets à la voiture.
On ne voit plus beaucoup de flamants roses dans cette partie du Kenya. Il faut monter dans le nord du pays pour espérer voir les belles envolées. Je savoure donc notre chance d’en apercevoir quelques uns.
Plus loin, la chance nous permet également de croiser deux crues couronnées, l’un des symboles africains !
Nous terminons la journée en compagnie de plusieurs hardes d’éléphants qui rentrent des marais. Un imposant mâle est au milieu. Il se bagarre doucement avec un mâle plus jeune, imité par deux ados puis deux petits. La version ados nous amuse beaucoup : ils sont vautrés par terre et une adulte leur demande d’arrêter (enfin, j’imagine !). Quant à la version petits, c’est adorable. Ils se montent dessus, se poussent, perdent l’équilibre. On sent bien qu’il s’agit d’un jeu !
Nous restons plus d’une heure à regarder les éléphants. Ils sont très proches de nous. À tel point que notre guide doit déplacer la voiture à plusieurs reprises. Les éléphants finissent par s’éloigner. Chaque famille part de son côté pour la nuit.
En une seule journée, nous avons facilement vu plus de 200 éléphants. Si ma fille trouve presque cela normal, j’en suis personnellement très émue.
Lors de mon premier voyage au Kenya, j’avais pu observer quelques éléphants, mais il s’agissait de petits groupes, et leur comportement était radicalement différent. Je repense à ces deux éléphants femelles qui, dès qu’elles avaient aperçu la voiture, pourtant à plus de 200m, avaient encadré l’éléphanteau. Notre présence était clairement perçue comme une menace (et, historiquement, à raison...). Douze ans plus tard, le nombre d’éléphants au Kenya a considérablement augmenté. Et j’ai l’impression de le constater en voyant des groupes de dizaines d’éléphants !
Les terres rouges de Tsavo
L’étape suivante est un autre parc national : Tsavo Est. Est, parce que Tsavo, l’un des plus vieux et plus grand parc national du Kenya, est coupé en deux. D’un côté, Tsavo Ouest, plus vallonné, rejoint la frontière avec la Tanzanie. De l’autre, Tsavo Est, plus désertique, nous rapproche de Mombasa et de l’Océan Indien. On lit parfois qu’il faudrait privilégier Tsavo Ouest car « hors des sentiers battus ». En réalité, Tsavo Est est tellement étendu qu’on n’y croise quasiment personne de la journée !
Les deux parties du parc sont séparées par une route, et, surtout, par une voix de chemin de fer. Et c’est mon petit regret du voyage : j’aurais aimé prendre ce train. L’expérience semble magique. Mais d’un point de vue organisation, il était plus simple que notre guide nous emmène jusqu’au bout, à l’hôtel où nous finirions le voyage, dans une petite ville au bord de l’Océan Indien.
Notre hôtel est, cette fois-ci, au cœur du parc. Nous y arrivons en début d’après-midi. Il fait extrêmement chaud. Pas de vent, et soleil de plomb, les animaux restent cachés. Jusqu’à ce qu’un énorme éléphant mâle traverse devant nous. Puis un deuxième. Puis un troisième. Et encore un autre. Et encore un autre. Que des mâles, gigantesques.
Nous sommes à quelques dizaines de mètres de l’hôtel. Les éléphants se rendent au point d’eau situé à proximité. Je laisse Petite Oreille aller voir les éléphants tandis que je m’occupe des formalités. Passeports, formulaire, signature, non je ne veux pas d’une serviette humide fraiche, non pas de jus de fruit même s’il a l’air délicieux, laissez-moi aller voir les éléphants ! Je bâcle le tout en essayant de rester polie et file rejoindre mon enfant.
Nous tentons de compter les éléphants.
...24, 25, 26...
Ils bougent et il en arrive de toutes parts. Difficile d’obtenir un compte exact. Des mâles. Tous. Que des mâles. Il y a devant nous plus de 100 tonnes d’éléphants (ça fait 884 Sébastien Chabal).
Il n’était en réalité pas nécessaire de se dépêcher : les éléphants n’ont clairement pas l’air d’avoir envie de partir ! Lorsque nous revenons, après le déjeuner, les éléphants sont toujours là ! Petite Oreille profite donc de la piscine avec vue sur le plus gros mammifère terrestre qui, lui aussi, joue dans l’eau !
L’hôtel est magique*. Non pour la qualité de l’hébergement (très bien, mais rien d’original) mais pour la proximité de la faune. Partout, d’énormes lézards (des agames des colons, 40cm de long !) prennent le soleil. On le entend se faufiler entre les feuilles, au sol.
* je n’ai utilisé cet adjectif que 6 fois sur un article de plus de 6500 mots, ça va !
Mais le meilleur endroit reste la terrasse du restaurant...
Naïves, nous nous installons dehors, pour profiter de la vue sur les éléphants. C’est un buffet, comme souvent dans les hôtels, mais ils proposent de la nourriture locale. Je prends donc de petites quantités pour tester les différentes spécialités. Petite Oreille et moi nous attablons. Nous discutons, nous nous extasions... Puis, je décide de me lever pour aller me resservir. J’ai à peine fait trois mètres que je vois une des serveuses bondir dans notre direction. Je me retourne. Petite Oreille, fourchette brandie vers ma chaise vide. Une petite silhouette poilue et pourvue d’une longue queue s’échappe dans l’arbre voisin. Un singe vervet nous surveillait et attendait le bon moment...
La serveuse est injustement mortifiée mais finit par sourire lorsqu’elle comprend que ce sera certainement l’un des meilleurs souvenirs du voyage de Petite Oreille ! (Des touristes l’ont-ils déjà embêtée parce qu’un animal sauvage était présent dans un hôtel situé au milieu d’un parc ?!)
Notre guide revient nous chercher en fin d’après-midi, quand les animaux ressortent, théoriquement, de leurs cachettes. Et une fois encore, la chance sourit à Petite Oreille. Elle râlait de n’avoir vu que des lions mâles à Amboseli. Qu’à cela ne tienne, voici une lionne qui s’approche !
La lionne, visiblement pleine, contourne la voiture puis s’éloigne pour aller s’allonger dans les hautes herbes, loin de nous. Une deuxième arrive alors, et suit le même chemin. Puis, tandis que nous nous éloignons, nous apercevons des oreilles qui dépassent : une lionne et un jeune sont allongés dans l’herbe ! Tu voulais voir des lionnes, mon enfant ?
Vous croyez que ça va s’arrêter là ? Non, toujours pas ! Lorsque la mère et le lionceau s’éloignent, nous reprenons le chemin... pour tomber 200m plus loin sur une quatrième lionne ! Le comportement de celle-ci, par contre, est radicalement différent : elle renifle, appelle, tourne en rond. Elle cherche à retrouver ses congénères et semble perdue.
La journée s’achève ainsi, en ayant passé toute la fin de l’après-midi au même endroit, à observer les lionnes. Nous retournons à l’hôtel. Le temps de prendre l’indispensable douche (on est littéralement couvertes de poussière tous les soirs...) et il fait nuit noire. Mais les éléphants sont toujours là, à quelques mètres de notre chambre. Je laisse les fenêtres ouvertes et nous nous endormons au son des clapotis. (Bon, 4 tonnes qui jouent à envoyer de la boue, c’est un peu plus qu’un clapotis. Mais c’est un bruit nettement plus agréable que n’importe quel voisin humain !)
Nous repartons tôt, le lendemain, pour une nouvelle journée à explorer le parc de Tsavo. Ma fille commence à exceller dans l’art de différencier les gazelles de Thomson, les impalas et les gazelle de Grant. Et moi, je découvre le bubale, une antilope à la tête tout en longueur.
Dans la sécheresse du parc de Tsavo, les points d’eau sont des lieux stratégiques. Une autre voiture est déjà là. Nous nous stationnons à bonne distance pour observer un large troupeau de zèbres venir s’abreuver.
Malgré les nuages, il fait chaud, et le moment semble très attendu par les zèbres. La lumière, dure et zénithale, est catastrophique pour les photos. Mais la scène est très agréable à regarder. La terre flamboyante fait ressortir les zébrures.
Les zèbres sont calmes, tranquilles. Ils vont boire par petits groupes.
Quand soudain...
Quand soudain arrive un gigantesque éléphant mâle, au pas de charge ! Les zèbres détallent tous, lui laissant le champ libre pour accéder au point d’eau. Mais ce n’est pas l’eau qui l’intéresse : il charge l’autre voiture ! Le guide s’éloigne. L’éléphant accélère ! La voiture file sur le chemin et l’éléphant court derrière, visiblement énervé. Heureusement, il finit par abandonner et reprend son chemin au milieu des bosquets... D’après notre guide, c’est une histoire d’hormones...
Nous attendons que l’éléphant ne soit plus visible avant de nous éloigner à notre tour. Au détour du bosquet, nous tombons sur un couple de gazelles de Waller. Ces « antilopes girafes » sont faciles à reconnaître avec leur cou très allongé, leurs oreilles surdimensionnées et leur tête étrangement petite.
Debout à l’arrière de la voiture, nous scrutons les alentours tandis que le guide avance doucement.
Nous rejoignons un point d’eau où nous attend un autre groupe de félins. Enfin, ils ne nous attendent pas, ils attendent que leur repas s’approche imprudemment du point d’eau.
Un peu partout dans Tsavo, sont installés des puits qui alimentent des points d’eau. Ainsi, malgré la sécheresse, les animaux conservent un accès à l’eau, indispensable. Et les lions ménagent leurs efforts en restant proches de l’eau...
Ellipse : je vous épargne le retour à l’hôtel, la nuit, et la matinée de safari.
En quittant Tsavo, je fais le bilan avec Petite Oreille. Elle est, je crois, consciente de la chance que nous avons eu. Elle regrette néanmoins de n’avoir vu ni rhinocéros ni hyènes...
Je lui réponds que ça n’est pas plus mal, ça nous donnera un prétexte pour refaire un safari, plus tard, quand le rein que j’ai vendu pour payer ce voyage aura repoussé.
Nous terminons le voyage dans une petite station balnéaire au sud de Diani. L’hôtel ne m’inspire pas. C’est le type all inclusive où tout est fait pour que les gens restent à l’intérieur. Mais nous observons des colobes dans le jardin, et un vervet pique la noix de coco que j’ai à peine posée sur la terrasse, ça suffit à illuminer la fin de notre séjour.
Le programme des jours qui suivent est simple : se lever tôt, aller plonger, manger dans un mignon petit restaurant les pieds dans le sable, se reposer. Et tous les après-midis, regarder ma fille se faire de nouvelles copines dans la piscine de l’hôtel. Pouvoir terminer le séjour en lui disant : « tu vois à quoi ça sert, d’apprendre à parler anglais ? ».
Plonger au Kenya (quand on est enfant)
Au moment de notre voyage, Petite Oreille venait de finir sa troisième année de plongée en club en France. Elle plonge en piscine, en fosse, et je l’emmène faire des plongées en mer de temps en temps. Je le précise car je ne pense pas que le Kenya soit le bon endroit pour initier un enfant à la plongée, tout du moins pas pendant le mois de juillet : il y avait beaucoup de vagues ! Je n’ai pas l’habitude d’avoir le mal de mer, mais j’ai été malade tous les matins sur le bateau, comme une grande partie des touristes présents à bord. Un des vacanciers, qui plonge de manière régulière dans un cadre professionnel, nous a même confié que c’était la première fois qu’il avait le mal de mer sous l’eau ! Ces conditions n’ont pas empêché Petite Oreille de profiter de ses plongées (elle l’a fait trois jours de suite, sans que je ne la force !) mais je pense qu’être déjà un minimum autonome et savoir palmer était un pré-requis pour s’amuser sans perdre toute son énergie en luttant contre les courants !
J’ai échangé avec plusieurs centres de plongée avant d’en trouver un qui me convienne : les normes en terme de sécurité ne sont pas les mêmes partout. Ainsi, en France, on commence la plongée très tôt (bien plus tôt que dans d’autres pays) mais c’est très progressif. Les taux d’encadrement ne sont pas non plus les mêmes. Or, si ma fille a quelques compétences, il était néanmoins impensable pour moi qu’elle se retrouve dans une palanquée de 4 personnes.
La plongée n’est pas une activité dangereuse en soi, mais elle peut être à risque lorsque mal encadrée. Il me paraît important de choisir un centre auquel on puisse faire confiance. Elle a donc fait trois plongées avec Suba Duka, et je peux les recommander sans hésitation !
Par contre, elle a tenu à ne faire qu’une seule plongée par jour, même si la deuxième était comprise dans le prix et que la législation locale le permettait. Je pense qu’elle a eu raison : en France, c’est 12 ans !
Je croisais les doigts pour qu’elle puisse voir des tortues au moins une fois. Résultat, elle en a vu tous les jours, et deux espèces différentes. En plus des poissons, pieuvres, et de la faune sous-marine typique de l’Océan Idien.
Bref, ma fille a beaucoup de chance, parfois.
Carnet pratique :
les petites infos pour préparer un safari au Kenya
Avec quelle agence partir au Kenya ?
Je vais le dire franco : je ne vous conseillerai aucune agence. Non que celle avec laquelle nous sommes parties était nulle, mais je considère que la prestation était juste correcte et ne mérite pas une mise en avant. Je ne trouve pas l’agence assez exceptionnelle pour la recommander.
J’ai hésité quelques semaines entre deux possibilités : partir avec un groupe ou partir sur un voyage privé. Le voyage privé est, bien entendu, nettement plus cher, mais c’est l’option que j’ai retenue, et ce sans aucun regret : nous étions seules dans la voiture avec notre guide. Non seulement nous avions toute liberté pour nous déplacer dans la voiture selon que les animaux étaient à droite, à gauche, devant, etc. mais en plus nous pouvions décider du temps consacré à chaque animal sans avoir l’impression de gêner les autres. Le voyage en groupe, c’est toujours la loterie : nous aurions pu tomber sur des familles adorables, comme sur des gens infects qui, après leur selfie avec trois élèphants n’avaient qu’une hate, rentrer à l’hôtel.
J’ai donc payé le prix fort pour un luxe : ne pas nous dépêcher et savourer des moment privilégiés rien qu’entre nous. Nous avons ainsi pleinement profité du voyage !
Dans tous les cas, sachez qu’il vous faudra prévoir le coût des pourboires, et notamment le pourboire de votre guide/chauffeur, qui est important. C’est à penser à l’avance car cela augmente considérablement le budget du voyage. Renseignez-vous bien sur ce qui est compris ou non dans le devis de votre agence, et n’hésitez pas à comparer.
Formalités
Pour les conditions d’entrée dans un pays, la meilleure source d’information sera toujours l’ambassade de la destination concernée : c’est la seule source fiable et, surtout, à jour. Oui, j’écris ceci en pensant aux gens qui ont raté leurs voyages parce qu’une IA leur a dit qu’aucun visa n’était nécessaire... alors que si. Bref, au moment de notre voyage, il suffisait de remplir quelques formalités en ligne pour obtenir l’eTA (electronic Travel Authorisaton) . C’était payant mais rapide. Vous n’avez besoin d’aucun prestataire pour remplir ces formalités. Toutes les infos sont sur le site de l’ambassade.
Santé
Les moustiques
Il y a trois animaux dangereux dans cette partie de l’Afrique : les hippopotames, les éléphants et les moustiques. Pour les deux premiers, j’ai choisi de respecter les distances et de faire appel à de bons guides. Pour le troisième, c’est plus compliqué...
On pense tout d’abord au paludisme. Les touristes qui voyagent en Afrique ainsi que dans certaines régions d’Asie sont invités à prendre des traitements préventifs. Je ne l’ai jamais fait pour moi même, me contenant d’avoir les boîtes dans mon sac. J’ai voulu le faire pour ma fille, lors de notre voyage à Madagascar, mais après plusieurs jours à la voir vomir, j’ai décidé d’arrêter le traitement.
Mais il n’y a pas que le paludisme... Au moment où j’écris ces lignes, le vaccin pour la fièvre jaune est obligatoire pour se rendre au Kenya. Si la fièvre jaune est moins dangereuse que la pauludisme, ça n’en reste pas moins un virus potentiellement mortel.
Pour nous protéger, j’ai donc choisi d’opter pour les vêtements longs au maximum combinés à des sprays répulsifs. Pour autant, je croise plus de moustiques tigres en une heure sur ma terrasse francilienne que je n’en ai croisé durant tout notre voyage au Kenya, et ce malgré des hébergements proches de zones marécageuses. Nous n’avons pas été piquées une seule fois de tout le voyage !
L’eau
Il est déconseillé de boire l’eau du robinet au Kenya. Par contre, à titre personnel, j’ai toujours été horrifiée à l’idée d’utiliser de l’eau minérale pour me laver le visage ou les dents.
J’aurais aimé limiter au maximum l’usage du plastique. Je regrette de ne pas avoir spécifié à l’avance que nous venions avec des gourdes et que je préférais les remplir plutôt que d’avoir plusieurs petites bouteilles chaque jour.
Matos Photo
La plupart des touristes que nous avons croisés n’avaient qu’un smartphone et semblaient en être très heureux. J’imagine que leur smartphone est un poil meilleur que mon vieux machin tout cassé, mais comme j’ai la chance d’avoir du matériel photo à la maison, je l’ai pris !
Indispensables
On met quoi dans sa valise ? He bien son pyjama et on n’oublie pas :
- une lampe frontale : utile le soir à l’hôtel parce que les chambres sont souvent sombres, mais surtout, utiles pour aller du restaurant à l’hôtel !
- des vêtements clairs et confortables, des chemises à manches longues pour se protéger du soleil et des moustiques, une couche chaude pour le soir, un chapeau pour le soleil, des chaussures fermées pour les journées de safari.
- un adaptateur secteur : il n’est pas possible de brancher un appareil électronique français sur les prises kenyanes. Il est donc indispensable de prendre un adaptateur si vous avez quoi que ce soit à recharger le soir !
- de quoi s’occuper, et occuper l’enfant quand la lumière tombe et qu’on ne voit plus les animaux : chez nous le carnet pour dessiner est un classique, ainsi que les livres. Un petit jeu de carte non encombrant pourrait aussi être envisagé.
- le guide Delachaux : ce n’est pas destiné aux enfants, mais ça permet de les impliquer pleinement dans la détermination des différentes espèces, et les infos sont très intéressantes ! Ma fille était ravie de le potasser régulièrement.
- une paire de jumelles : les enfants adorent chercher l’animal avec ! C’est pratique et ludique. Inutile d’investir dans des jumelles haut de gamme si vous ne prévoyez pas un usage récurent : leur poids peut démotiver ! Privilégiez plutôt un modèle simple et compact (ces jumelles-ci, par exemple).
- Dans la trousse de santé : antimoustique, doliprane, désinfectant, pansements. Les classiques. Ajoutez la crème solaire, également.

1 commentaire
Un très beau récit ! Quelle aventure ! Et comme d’habitude, de magnifiques photos pour nous faire rêver (et pourtant je rentre d’un safari au Kenya donc j’ai pu rêver sur place mais vos photos sont toujours exceptionnelles).
Et pour voir les rhinocéros, je vous conseille du coup le parc de Meru au nord du Kenya. En plus d’y être seuls, nous avons pu y observer beaucoup de rhinocéros.