fbpx

Comment ma fille et moi nous sommes retrouvées sur une île déserte au nord de Sulawesi

par Madame Oreille

Aujourd’­hui, je vous emmène à Sula­we­si pour vous racon­ter une his­toire où le slow­tra­vel et le tou­risme chez l’ha­bi­tant prennent tout leur sens. Je vais vous expli­quer com­ment ma fille et moi nous sommes retrou­vées sur une île déserte para­di­siaque, à man­ger du homard au petit déjeu­ner avec quelques pêcheurs locaux et le maire du vil­lage voi­sin, un ami d’a­mi d’a­mie d’a­mie. Une his­toire typi­que­ment indo­né­sienne, en somme, où la confiance, les ren­contres et les impré­vus rythment le voyage.

Après deux semaines à décou­vrir le Pays Tora­ja, ma fille de 5 ans et moi pre­nons la direc­tion du nord de l’île de Sula­we­si : Gorontalo.
C’est une grande ville. Les tou­ristes n’y sont géné­ra­le­ment que de pas­sage, sur le che­min des îles Togian. Nous, nous allons res­ter ici deux semaines, à nous lais­ser por­ter par les ren­contres... C’est le luxe des voyages lents et sans iti­né­raire. Un voyage qui va nous mener jus­qu’à une petite île déserte paradisiaque...

Chez Noor à Gorontalo

Noor, c’est mon contact à Goron­ta­lo. Elle nous accueille chez elle, avec son mari, Bar­ry, leurs deux enfants Beli­cia et Bagas, ain­si que leur chien, Snowy. Snowy, c’est un membre impor­tant dans la famille. Un membre choyé, qui attire tous les regards à la moindre sor­tie. Le hus­ky, grosse peluche vivante, est ici le comble de l’exotisme.

hébérgement chez l'habitant à Célèbes - sulawesi en indonésié

Pho­tos prises au jetable par Petite Oreille

Noor parle un anglais impec­cable, et les enfants suivent des cours pour apprendre la langue. L’é­change est donc rela­ti­ve­ment aisé entre nos deux familles. Les deux filles se lient immé­dia­te­ment tan­dis que Noor me parle de la ville et de la région. Elle et son mari sont des pas­sion­nés de plon­gée et de voyage. Les pho­tos dans la salle à man­ger les montrent en Aus­tra­lie, aux Pays-Bas, ou au milieu des pois­sons dans les récifs voisins.

Ce que j’ad­mire chez la plu­part des indo­né­siens que je ren­contre, c’est le rap­port qu’ils ont à leurs tra­di­tions. L’In­do­né­sie est un archi­pel, avec des cultures, des pay­sages et des reli­gions très variés. Mais jamais je ne res­sens de com­pé­ti­tion ou de mépris. Cha­cun semble au contraire avide de décou­vrir son pays, et heu­reux de m’en par­ler, sans jamais déni­grer les autres îles et régions.

jeux d'enfants chez l'habitant en Indonésie

Tout commence avec un Carnaval

Et le goût des indo­né­siens pour leurs dif­fé­rentes cultures et tra­di­tions, je vais pou­voir le consta­ter à nou­veau dès le len­de­main : Noor nous emmène assis­ter au Car­na­val. Des groupes des dif­fé­rentes eth­nies sont venus de toute l’In­do­né­sie pour défi­ler dans les rues de Goron­ta­lo, avec des cos­tumes conçus pour l’oc­ca­sion et ren­dant hom­mage à cha­cune des cultures locales.
Carnaval de Gorontalo, Sulawesi
carnaval de gorontalo

Pho­tos prises au jetable par Petite Oreille

Carnaval de Gorontalo, Sulawesi

carnaval de Gorontalo, Sulawesi
Pho­tos prises au jetable par Petite Oreille

Autour de Gorontalo

Au fond de la cour, il y a un scoo­ter. Noor ne l’u­ti­lise plus. Avec les enfants, elle pré­fère la voi­ture. Je lui demande si je peux le lui louer. Elle refuse mon argent, me trouve deux casques, et me dit de bien en pro­fi­ter... avant d’en­chaî­ner sur quelques consignes de sécu­ri­té. Je lui réponds de ne pas s’en faire : le secret de la conduite en Indo­né­sie, c’est d’al­ler dou­ce­ment, de sur­veiller les rétros et de se mettre sur le côté quand y’a un camion !

Ma pre­mière (et unique) frayeur est la queue à la sta­tion-ser­vice. Des dizaines de scoo­ters et voi­tures sont ali­gnés, empié­tant lar­ge­ment sur la chaus­sée. Le réser­voir est vide, je n’ai d’autre choix que de le rem­plir, mais l’i­dée de poi­reau­ter des heures à la pompe ne m’en­chante guère, sur­tout avec ma fille. Elle vient juste d’a­voir 5 ans, et même si elle est géné­ra­le­ment patiente, je ne vois pas com­ment nous nous occu­pe­rions pen­dant un si long moment dans pareil endroit...

J’a­vance, dou­ce­ment, et je constate que la queue ne concerne qu’une seule pompe. Je demande au pom­piste si je peux venir, il me fait un signe de la tête.
Je com­pren­drai plus tard que la queue ne concerne en réa­li­té que l’es­sence la moins chère. Pour une tou­riste occi­den­tale, la dif­fé­rence ne jus­ti­fie pas l’at­tente, mais pour des mil­liers d’in­do­né­siens, chaque rou­pie compte. À Sula­we­si, c’est plus de 10% de la popu­la­tion qui vit sous le seuil de pauvreté...

Noor et sa famille font figure d’exception avec leur grande mai­son moderne et leur per­son­nel de mai­son. Bar­ry dirige une grande entre­prise et Noor a ces­sé de tra­vailler, pour se consa­crer aux enfants et à ses acti­vi­tés béné­voles. Comme la grande majo­ri­té de la popu­la­tion de la région, ils sont musul­mans, et l’aide aux plus défa­vo­ri­sés est impor­tante pour eux.

Marché de Gorontalo, Sulawesi
Marché de Gorontalo, Sulawesi
Marché de Gorontalo

Petite Oreille et moi pas­sons donc les jours sui­vants à explo­rer la ville de Goron­ta­lo et ses envi­rons. Sur les côtes, bor­dées par la mer, les petits vil­lages de pêcheurs alternent avec les mon­tagnes ver­doyantes et les plages. Le tout sous un soleil de plomb.
Nous nous arrê­tons régu­liè­re­ment, au gré des envies. Et à chaque fois, nous échan­geons quelques mots avec des habi­tants. Tous ont spon­ta­né­ment des conseils sur les lieux que nous devrions abso­lu­ment visi­ter. Telle plage est superbe, tel vil­lage est très beau. Et par­tout, tou­jours des sou­rires, et cette eau limpide.

Je suis tou­jours frap­pée par l’es­pèce d’ins­tinct mater­nel qui habite natu­rel­le­ment les indo­né­siens, où que j’aille. Que ce soit à Suma­tra Ouest, à Belin­tung, au Pays Tora­ja ou ici, dans le nord de Sula­we­si, les enfants vont et viennent en liber­té, sous le regard des adultes du vil­lage. Cha­cun garde un œil sur les enfants des autres. Et lorsque Petite Oreille arrive, elle est sys­té­ma­ti­que­ment adop­tée par des adultes qui cherchent à prendre soin d’elle.

petit village de pecheurs, sulawesi, indonésie

Snorkeling en famille à Olele

Would you like to go snor­ke­ling ? me demande un soir Noor. Of course, mais seule­ment si on y va tous ensemble. Et c’est ain­si que le matin sui­vant, toute la famille grimpe dans la voi­ture, direc­tion le petit vil­lage d’O­lele, où ils ont leurs habitudes.

C’est un vil­lage de pêcheurs comme nous en avons visi­té beau­coup depuis le début du séjour. Eau cris­tal­line et bicoques colo­rées. À ceci près qu’i­ci, un grand récif coral­lien occupe la baie. S’il n’y a pas encore d’hô­tel ou de res­tau­rant dans le vil­lage, le tou­risme local com­mence mal­gré tout à s’y déve­lop­per. Noor a jus­te­ment un ami qui tra­vaille ici, et c’est sur son bateau que nous allons nous ins­tal­ler. Non que le bateau soit indis­pen­sable, puis­qu’on voit les coraux depuis la plage, mais c’est un bateau amé­na­gé spé­cia­le­ment pour l’ob­ser­va­tion : le fond trans­pa­rent per­met aux plus jeunes, ou à ceux qui ne veulent pas aller dans l’eau, d’ob­ser­ver coraux et pois­sons colo­rés dans des condi­tions optimales.

Snorkeling à Olele, Sulawesi

C’est donc avec toute la famille regar­dant les coraux à tra­vers le fond de verre du bateau que l’embarcation s’a­vance dans la baie... pour s’ar­rê­ter cin­quante mètres plus loin. Tous en maillot, à l’eau !
Petite Oreille est ravie, elle n’a jamais vu autant de pois­sons. Moi, je remarque que les coraux manquent un peu de cou­leur. Et la rai­son en est assez simple : per­sonne n’est, ici, sen­si­bi­li­sé au fait de ne pas les tou­cher. Alors entre la pêche et le déve­lop­pe­ment du tou­risme, le récif est deve­nu un lieu de pas­sage, avec quelques dizaines de per­sonnes qui marchent des­sus, chaque jour, sans pen­ser à mal. Le site reste magni­fique, et les spots de snor­ke­ling acces­sibles aux familles et aux enfants en bas âge ne sont pas si fré­quents. Tou­te­fois, je ne peux m’empêcher d’a­voir un pin­ce­ment au cœur, en ima­gi­nant qu’il sera sans doute bien­tôt rava­gé, tant ces endroits peuvent être fragiles.
snorkeling à sulawesi : oleleSnorkeling à Olele, Sulawesi

Rencontre avec Octaf

Notre ren­contre avec Octaf va mar­quer un tour­nant dans le voyage. Nous bas­cu­lons alors tota­le­ment dans l’im­pré­vu. C’est ce que j’aime dans le fait de par­tir long­temps, de voya­ger len­te­ment, et de n’a­voir aucun iti­né­raire : on peut sai­sir les oppor­tu­ni­tés qui s’offrent à nous, cha­cune menant à une nou­velle expérience.
Octaf est un ami de Noor, très inves­ti dans le déve­lop­pe­ment tou­ris­tique de la région. Il fait par­tie de plu­sieurs comi­tés, tra­vaille avec les jeunes, et a même sa propre petite agence de voyages. Bref, il adore Gorontalo !

octaf, guide à Sulawesi
La neneh met des huiles essen­tielles locales sur les piqures de mous­tique de Petite Oreille...

Sa famille et lui habitent dans une petite ville, à 2h de route de Goron­ta­lo. Comme beau­coup d’in­do­né­siens de la classe moyenne, ils ont choi­si de n’a­voir qu’un enfant, afin de lui offrir la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Et comme beau­coup d’in­do­né­siens, ils coha­bitent à trois géné­ra­tions. Octaf nous fait faire le tour de la pro­prié­té. Il y a un bâti­ment pour lui, sa femme, Deane, et sa fille, Ale­jan­dra, puis un deuxième bâti­ment, pour les grands-parents, et der­rière, un ver­ger. Octaf a plan­té des dizaines d’arbres frui­tiers et il nous explique, avec le sou­rire, qu’il aura bien­tôt tel­le­ment de mangues qu’ils ne pour­ront toutes les man­ger ! Les arbres, en gran­dis­sant, leur pro­cu­re­ront aus­si un peu de fraî­cheur, chose appré­ciable dans cette région où le ther­mo­mètre des­cend rare­ment en des­sous de 30°C.

Le dimanche, il y a deux acti­vi­tés : le mar­ché, et les prières. Octaf habite juste à côté du temple. Sa famille et lui appar­tiennent à l’une des mino­ri­tés chré­tiennes. À l’i­mage de l’In­do­né­sie, l’île de Sula­we­si est majo­ri­tai­re­ment musul­mane... avec plein d’ex­cep­tions ! Et comme le culte du dimanche matin est impor­tant pour Octaf, nous le sui­vons. Petite Oreille et Ale­jan­dra rejoignent les autres enfants, tan­dis que les adultes écoutent les ser­mons. Le temple est qua­si­ment vide, et les nou­velles têtes sont accueillies à bras ouverts, même si je ne cache pas mon pro­fond athéisme. Plu­sieurs adultes défilent sur l’es­trade, enchaî­nant chants, dis­cus­sions et une longue étude de la Bible. Puis c’est le retour des enfants : ali­gnés sur l’es­trade, ils entonnent les chan­sons qu’ils viennent de révi­ser, ponc­tuées par des cho­ré­gra­phies. Petite Oreille, Ale­jan­dra et les autres enfants semblent bien s’a­mu­ser, et c’est bien le principal !

Invitées à Garapia

Octaf nous parle d’un vil­lage, sur la côte nord de l’île. Et for­cé­ment, il n’en faut pas plus pour qu’on y aille...

Notes de voyage – lun­di 14 octobre 2019
Petite Oreille et moi dor­mons chez le maire du vil­lage, un ami d’Oc­taf. À peine arri­vées, nous sommes conduites à l’é­cole. Le deal était clair : pour venir dans le vil­lage, il fal­lait aller à l’é­cole. Nous sommes donc atten­dues dans la classe de M. Setya, jeune prof de 31 ans. Il enseigne l’an­glais, l’in­do­né­sien, et la musique.
Les débuts sont com­pli­qués, je ne sais pas trop ce qu’on attend de moi. Ils ne m’ont don­né aucune consigne quant à ce que je devais racon­ter à cette classe. Et les jeunes élèves sont aus­si inti­mi­dés que moi...
Je remarque rapi­de­ment qu’ils n’ar­rivent pas à lire les mots que j’é­cris au tableau. Setya m’ex­plique, en y met­tant les formes pour ne pas me vexer, que même si l’é­cri­ture cur­sive est jolie, elle est dif­fi­cile à lire. 

Puis on trouve le rythme, et tout le monde com­mence à s’a­mu­ser. Je leur explique quelques mots de voca­bu­laire fran­çais, puis quelques for­mules de poli­tesse. Les élèves se prennent au jeu, et on impro­vise quelques dia­logues entre eux.

Après s’être ins­tal­lée avec un groupe de filles à qui elle souf­flait les réponses, Petite Oreille décide de s’ap­pro­cher du tableau pour des­si­ner. La voi­là qui écrit « mézon » au des­sus de son oeuvre. Ce qui mène à une dis­cus­sion sur l’é­cri­ture fran­çaise : com­ment des lettres asso­ciées changent de sons, et com­ment le même son peut s’é­crire de plu­sieurs façons. On en rigole, mais je vois bien com­bien tout cela paraît com­plexe à mon interlocuteur !

chez l'habitant à garapia, nord sulawesi

Si j’ai com­men­cé le cours avec une quin­zaine d’é­lèves stu­dieux, j’ai rapi­de­ment eu des curieux qui sont venus s’ins­tal­ler dans l’entrebâillement de la porte. Et lorsque la cloche de l’é­cole a mar­qué le retour à la mai­son, ce sont tous les élèves qui ont défi­lé sur la ter­rasse de notre hôte, fiers de lan­cer un bon­jour, ça va ? comme s’ils avaient par­lé fran­çais toute leur vie. Si bien que je me sens presque ridi­cule à par­ler si mal indo­né­sien alors que c’est mon troi­sième voyage dans l’archipel !

Notre hôte s’ap­pelle Nico. Sa femme est par­tie dans sa famille, alors cette semaine, la mai­son est vide. Mais il n’est pas seul pour autant puisque sa mère, sa sœur et ses neveux et nièces habitent la mai­son d’à côté. Et comme dans toutes les familles indo­né­siennes dont nous avons par­ta­gé le quo­ti­dien, la nenek (grand-mère) vient nous voir régu­liè­re­ment en pro­po­sant tan­tôt du riz, tan­tôt du pois­son ou des fruits, sur un makan, makan* qui oblige à obtem­pé­rer. La poli­tesse pour un invi­té dans une mai­son en Indo­né­sie, c’est de man­ger. Man­ger beaucoup.

* makan signi­fie, dans ce contexte, man­gez !

dormir chez l'habitant à garapia, sulawesi

loger chez l'habitant à sulawesi

Nico et Octaf nous emmènent visi­ter les envi­rons. Le vil­lage de Gara­pia réunit en fait plu­sieurs hameaux, et des terres assez éloi­gnées. Petite Oreille se hisse sur le scoo­ter d’Oc­taf tan­dis que je m’ins­talle der­rière Nico. La région val­lon­née et sablon­neuse rend les che­mins non gou­dron­nés dif­fi­ciles à pra­ti­quer, mais il y aura bien­tôt une route, m’ex­plique le maire pen­dant que nous pous­sons le scoo­ter dans une mon­tée un peu trop pen­tue. C’est la route qui mène à l’un des ports du vil­lage. C’est ici qu’­ha­bitent Nim­rod et Yohana.
Leur mai­son se situe au bord la plage. C’est une ins­tal­la­tion simple, tra­di­tion­nelle, en bois. Au fil des années, les enfants gran­dis­sant, ils se sont éloi­gnés du vil­lage. Depuis 15 ans, ils vivent ain­si à l’é­cart de tout, en récu­pé­rant l’eau de pluie et les noix de coco, en pêchant et en éle­vant des poules. Ils se rendent au vil­lage deux à trois fois par an, pour cache­ter des sacs de riz ou pour la messe de Noël. Ils sont dis­crets, un peu timides, et pour­tant on sent bien la grande com­pli­ci­té qui les lie. Ils vivent une vie qu’ils ont choi­sie : la sim­pli­ci­té volon­taire à l’indonésienne !

Le doyen de Garapia, un pecheur chez l'habitant à sulawesi

coucher de soleil à Garapia, sulawesi

Nous regar­dons le soleil se cou­cher en dis­cu­tant, et au moment où j’al­lais saluer Nim­rod et Yoha­na, voi­là qu’elle s’ap­proche en ten­dant à Petite Oreille... une poule. Yoha­na a remar­qué la fas­ci­na­tion de ma fille pour les gal­li­na­cés, et nous en offre donc un spé­ci­men. Me voi­ci donc obli­gée d’ex­pli­quer à Yoha­na, mais aus­si et sur­tout à ma fille, que non, la poule ne va pas avoir le droit de prendre l’a­vion avec nous, malheureusement !

chez l'habitant en indonésie
loger chez l'habitant

Constructeur de bateau de pêche à sulawesi

Le len­de­main, Nico nous emmène ren­con­trer Atung Yeye, le doyen du vil­lage. C’est lui qui fabrique les bateaux du vil­lage, depuis plus de 60 ans. Et même si son beau-fils l’aide à pré­sent, il conti­nue de tra­vailler. Sa famille pour­rait prendre soin de lui, mais il aime trop le tra­vail du bois pour s’arrêter.

On dis­cute un petit peu. Le bateau est un outil de tra­vail indis­pen­sable à tout pêcheur. Ils sont tous construits sur le même modèle, la seule variante étant le flot­teur qui sta­bi­lise l’embarcation à la manière des pirogues à balan­ciers (cer­tains bateaux en com­por­te­ront deux, d’autres un seul). Construire un bateau lui prend un mois, dans le petit ate­lier atte­nant à la mai­son. Il tra­vaille sur com­mande, pour en moyenne 10 mil­lions de rou­pies (ce qui cor­res­pond à un peu moins de 600€, soit le double du salaire moyen en Indonésie).

Nous rejoi­gnons ensuite un autre quar­tier du vil­lage, sur les col­lines. C’est ici que vit la com­mu­nau­té musul­mane de Gara­pia. Les chré­tiens vivent de la pêche, non loin de la mer, et les musul­mans de la culture du maïs. Et comme les enfants vont tous à la même école, Petite Oreille retrouve immé­dia­te­ment cer­taines des ado­les­centes avec qui elle s’é­tait liée à notre arrivée.

Notes de voyage – mar­di 15 octobre 2019
On « célèbre » un vieux mon­sieur, aujourd’hui. Des femmes dis­tri­buent des enve­loppes et des gâteaux dans des petites boîtes pré­vues pour l’oc­ca­sion. Des­sus, il est écrit Mem­pe­ri­ga­ti 40 alma­rum, le rite des 40 jours après le décès. On s’as­soit et on mange sous une ter­rasse amé­na­gée pour l’occasion.
Sou­dain, la musique reten­tit dans les enceintes. Immé­dia­te­ment, l’am­biance change. On sou­riait et on man­geait jusque-là, mais voi­ci que tout s’est figé. Cha­cun se place face à l’en­trée de la mai­son. Le défi­lé peut com­men­cer, avec les femmes éplo­rées qu’il faut sou­te­nir tant la tris­tesse les vide de toute force. Tous les invi­tés se mettent à la suite du cor­tège, à la queue leu-leu. Je regarde Nico, il me fait signe de res­ter là. Nous contem­plons le cor­tège s’é­loi­gner dans les col­lines, sous les hur­le­ments des pleureuses.

cérémonie musulmane à Garapia

Pulau Bohu, l’île paradisiaque

Notes de voyage – jeu­di 17 octobre 2019
C’est trop gros pour nous, pre­nez-en ! dis-je à Octaf en lui ten­dant le homard
- On ne mange pas de homard, répond-il
- Pour­quoi ?
- C’est dans notre reli­gion, c’est écrit dans la Bible. Pas de cochon, pas de chien, pas de crus­ta­cés, explique-t-il avant d’en­chaî­ner sur les 10 commandements.
Je sou­ris. 
- Vous ne pou­vez pas les man­ger, mais vous pou­vez les tuer ?
Il acquiesce en rigo­lant. J’hé­site à lui dire qu’en prin­cipe, je ne mange pas d’a­ni­maux morts, moi. Et que là, le homard au petit déj », c’est rude. Sauf pour Petite Oreille qui se régale, évi­dem­ment. Mais je pré­fère ne rien dire, il était si fier de nous pré­sen­ter le repas.

Notre esca­pade sur l’île Bohu (Pulau Bohu en indo­né­sien, Lito Bohu en langue locale) s’est ache­vée comme elle avait com­men­cé : de manière impro­bable. Nous étions sur cette petite île vierge de toute habi­ta­tion, à man­ger le homard attra­pé le matin même par les pêcheurs du coin. Nous n’a­vions rien prévu.

La veille, Petite Oreille, Octaf, Nico et moi avions embar­qué sur un bateau de pêcheur pour rejoindre Lito Bohu. Nico et Octaf adorent cette petite île para­di­siaque, et ils tenaient à nous y emme­ner. Nous avions débar­qué sur l’île en fin de mati­née. Ils avaient fait griller des pois­sons pour le repas de midi, et nous avions pas­sé l’a­près-midi à explo­rer la petite île. Au centre, une butte rocailleuse d’une végé­ta­tion dense. Au nord, des rochers. Et au sud, quelques coco­tiers et cette longue plage de sable fin. À marée haute, la plage dis­pa­raît presque entièrement.

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

On a nagé, obser­vé les pois­sons, les coraux, les crabes et les étoiles de mer. Et puis en fin d’a­près-midi, Octaf m’a deman­dé quand est-ce que je vou­lais rentrer.
– Ne me deman­dez pas, nous on pour­rait res­ter toute la jour­née, ai-je répon­du, en rigolant.
Octaf m’a regar­dée, très sérieux.
– Ça vous dit de res­ter pour la nuit ?
– Car­ré­ment ? Sérieux ?
– Oui, si ça vous dit, on va cher­cher des tentes !

Lito Bohu : ile déserte à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
pécheur à Pulau Bohu, Indonésie

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque en Indonésie

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

On a regar­dé le soleil se coucher.

Notes de voyage – mer­cre­di 16 octobre 2019
Je pen­sais que pas­ser une nuit sur une île déserte serait calme et silen­cieux. Mais pas du tout ! La nuit, l’o­céan est le royaume des pêcheurs. L’ho­ri­zon s’illu­mine de lou­piotes qu’ils uti­lisent pour atti­rer, notam­ment, les seiches*. Ils ven­dront le fruit de leur pêche au bord de la route, le len­de­main matin.

*cépha­lo­pode qui res­semble à un calamar

Ce sont jus­te­ment des pêcheurs qui nous ont ame­né le dîner. Du pois­son, bien sûr. On a man­gé tous ensemble avant que les pêcheurs ne retournent sur leur pirogue. Et puis Petite Oreille et moi nous sommes glis­sées sous la tente.

On a écou­té le bruit des vagues.

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

Carnet Pratique : visiter Gorontalo

Pour explo­rer Gorontalo
Contac­tez Octaf de ma part, pour aller à Lito Bohu ou n’im­porte où dans la région !

Vous pou­vez le joindre par mail ocktafsulawesi(@)gmail.com ou gorontalotours(@)yahoo.com

Où dor­mir à Gorontalo
Chez Har­ry et Mimin !
Har­ry et Mimin tiennent une petite pen­sion fami­liale très jolie : des bun­ga­lows face aux rizières. Je n’y ai pas dor­mi, mais j’ai pas­sé une après-midi chez eux et ils sont vrai­ment adorables.
Ils dis­pensent gra­tui­te­ment des cours d’an­glais aux enfants du quar­tier. Il est pro­bable que vous soyez donc mis à contri­bu­tion si vous êtes sur place ce jour-là !

Réser­ver sur Booking

(Atten­tion : ils ont démé­na­gé récem­ment, et cer­taines pho­tos sur Boo­king semblent cor­res­pondre à l’an­cienne adresse)

Ce voyage à Sula­we­si a été réa­li­sé avec le sou­tien de l’Office de Tou­risme d’Indonésie ain­si que Sin­ga­pore Air­lines.

Poursuivre la lecture vers un autre article..

8 commentaires

Chardon 9 août 2020 - 9:55

Mer­ci et bra­vo pour ce bel article et ces pho­tos magni­fiques. Alors que cette année 2020 n’est pas vrai­ment pla­cée sous le signe du voyage, j’ai quand même pu m’é­va­der un instant.

Répondre
Madame Oreille 15 août 2020 - 10:44

C’est gen­til 🙂 Après tout, c’é­tait la fonc­tion pre­mière des récits de voyage, s’é­va­der depuis chez soi !

Répondre
EVARISTE 10 août 2020 - 20:43

J’a­dore votre manière d’ap­pré­hen­der les voyages/découvertes/rencontres mais aus­si votre manière de rédi­ger, d écrire. C’est le genre de récits qui me don­ne­rait presque envie de repar­tir alors que je m’é­tais dit que je ne refe­rais plus de longs voyages en avion. ..
Mer­ci pour cette invi­ta­tion à s’é­va­der, à ren­trer en com­mu­nion avec l’autre, tout sim­ple­ment à rêver ...
Monique E.

Répondre
Madame Oreille 15 août 2020 - 10:43

Je me suis sou­vent posée la ques­tion de savoir si ce genre de voyage serait fai­sable en France. Mais ma conclu­sion est tou­jours que, même si c’est un pays magni­fique qui regorge de beaux endroits où j’ai fait de super ren­contres, je ne m’y sens pas autant en sécu­ri­té. En Indo­né­sie, dans les vil­lages où nous avons séjour­nés, j’ai n’ai jamais eu aucune hési­ta­tion à lais­ser ma fille s’é­loi­gner pour aller jouer avec les autres enfants, ni même à suivre des gens que nous venions de ren­con­trer. En France, jamais je ne répon­drais posi­ti­ve­ment à un homme que je connais à peine et qui me pro­pose d’al­ler dor­mir chez son pote puis qu’on aille ensemble sur une île déserte !

Répondre
Hostilia 15 septembre 2020 - 11:57

C’est tou­jours un plai­sir de venir sur votre site. Je voyage sans bou­ger de mon fau­teuil. Vos pho­tos sont superbes comme tou­jours. Mer­ci pour le partage

Répondre
Yasmine 18 février 2021 - 13:22

Bon­jour,

Pour séjour­ner chez l’ha­bi­tant, vous pas­sez pas un organisme ?
J’ai séjour­né dans un vil­lage Peul au Séné­gal, via un ami Séné­ga­lais et dans un vil­lage tri­bal en Inde, via là encore une amie. Dans d’autres pays en Asie, j’ai réus­si à par­fois séjour­ner chez l’ha­bi­tant éga­le­ment. Ce fut des expé­riences magiques et j’es­saie de voya­ger ain­si autant que pos­sible ain­si (avec mes enfants). Donc si vous pou­vez m’ai­der, je suis preneuse 🙂

Mer­ci pour votre réponse.

Répondre
Claire 7 avril 2021 - 9:38

Wahou, quelle aven­ture ! Je mets de côté les coor­don­nées d’Oc­taf si on pré­voit d’al­ler là-bas, car j’a­voue que ça donne envie ! Tes pho­tos sont comme tou­jours mer­veilleuses ! et celles des cou­chers de soleil sont à pleu­rer. Moi je ne suis pas douée avec un gros objec­tif, ni même avec un appa­reil photo...du coup je les prend avec mon smart­phone... Oui je sais c’est mal... Mais en tout cas conti­nue ain­si c’est top ! 🙂
La bise

Répondre
fiona 11 juin 2021 - 11:22

J’ai tel­le­ment aimé sula­we­si et ses iles togian, j’ai ado­ré m’y replon­ger en écri­vant l’ar­ticle sur mon site et en lisant le tien ! tres jolies photos 🙂

Répondre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.