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Comment ma fille et moi nous sommes retrouvées sur une île déserte au nord de Sulawesi

Aujour­d’hui, je vous emmène à Sulawe­si pour vous racon­ter une his­toire où le slow­trav­el et le tourisme chez l’habi­tant pren­nent tout leur sens. Je vais vous expli­quer com­ment ma fille et moi nous sommes retrou­vées sur une île déserte par­a­disi­aque, à manger du homard au petit déje­uner avec quelques pêcheurs locaux et le maire du vil­lage voisin, un ami d’a­mi d’amie d’amie. Une his­toire typ­ique­ment indonési­enne, en somme, où la con­fi­ance, les ren­con­tres et les imprévus ryth­ment le voy­age.

Après deux semaines à décou­vrir le Pays Tora­ja, ma fille de 5 ans et moi prenons la direc­tion du nord de l’île de Sulawe­si : Goronta­lo.
C’est une grande ville. Les touristes n’y sont générale­ment que de pas­sage, sur le chemin des îles Togian. Nous, nous allons rester ici deux semaines, à nous laiss­er porter par les ren­con­tres... C’est le luxe des voy­ages lents et sans itinéraire. Un voy­age qui va nous men­er jusqu’à une petite île déserte par­a­disi­aque...

Chez Noor à Gorontalo

Noor, c’est mon con­tact à Goronta­lo. Elle nous accueille chez elle, avec son mari, Bar­ry, leurs deux enfants Beli­cia et Bagas, ain­si que leur chien, Snowy. Snowy, c’est un mem­bre impor­tant dans la famille. Un mem­bre choyé, qui attire tous les regards à la moin­dre sor­tie. Le husky, grosse peluche vivante, est ici le comble de l’ex­o­tisme.

hébérgement chez l'habitant à Célèbes - sulawesi en indonésié

Pho­tos pris­es au jetable par Petite Oreille

Noor par­le un anglais impec­ca­ble, et les enfants suiv­ent des cours pour appren­dre la langue. L’échange est donc rel­a­tive­ment aisé entre nos deux familles. Les deux filles se lient immé­di­ate­ment tan­dis que Noor me par­le de la ville et de la région. Elle et son mari sont des pas­sion­nés de plongée et de voy­age. Les pho­tos dans la salle à manger les mon­trent en Aus­tralie, aux Pays-Bas, ou au milieu des pois­sons dans les récifs voisins.

Ce que j’ad­mire chez la plu­part des indonésiens que je ren­con­tre, c’est le rap­port qu’ils ont à leurs tra­di­tions. L’In­donésie est un archipel, avec des cul­tures, des paysages et des reli­gions très var­iés. Mais jamais je ne ressens de com­péti­tion ou de mépris. Cha­cun sem­ble au con­traire avide de décou­vrir son pays, et heureux de m’en par­ler, sans jamais dén­i­gr­er les autres îles et régions.

jeux d'enfants chez l'habitant en Indonésie

Tout commence avec un Carnaval

Et le goût des indonésiens pour leurs dif­férentes cul­tures et tra­di­tions, je vais pou­voir le con­stater à nou­veau dès le lende­main : Noor nous emmène assis­ter au Car­naval. Des groupes des dif­férentes eth­nies sont venus de toute l’In­donésie pour défil­er dans les rues de Goronta­lo, avec des cos­tumes conçus pour l’oc­ca­sion et ren­dant hom­mage à cha­cune des cul­tures locales.
Carnaval de Gorontalo, Sulawesi
carnaval de gorontalo

Pho­tos pris­es au jetable par Petite Oreille

Carnaval de Gorontalo, Sulawesi

carnaval de Gorontalo, Sulawesi
Pho­tos pris­es au jetable par Petite Oreille

Autour de Gorontalo

Au fond de la cour, il y a un scoot­er. Noor ne l’u­tilise plus. Avec les enfants, elle préfère la voiture. Je lui demande si je peux le lui louer. Elle refuse mon argent, me trou­ve deux casques, et me dit de bien en prof­iter... avant d’en­chaîn­er sur quelques con­signes de sécu­rité. Je lui réponds de ne pas s’en faire : le secret de la con­duite en Indonésie, c’est d’aller douce­ment, de sur­veiller les rétros et de se met­tre sur le côté quand y’a un camion !

Ma pre­mière (et unique) frayeur est la queue à la sta­tion-ser­vice. Des dizaines de scoot­ers et voitures sont alignés, empié­tant large­ment sur la chaussée. Le réser­voir est vide, je n’ai d’autre choix que de le rem­plir, mais l’idée de poireauter des heures à la pompe ne m’en­chante guère, surtout avec ma fille. Elle vient juste d’avoir 5 ans, et même si elle est générale­ment patiente, je ne vois pas com­ment nous nous occu­pe­ri­ons pen­dant un si long moment dans pareil endroit...

J’a­vance, douce­ment, et je con­state que la queue ne con­cerne qu’une seule pompe. Je demande au pom­p­iste si je peux venir, il me fait un signe de la tête.
Je com­prendrai plus tard que la queue ne con­cerne en réal­ité que l’essence la moins chère. Pour une touriste occi­den­tale, la dif­férence ne jus­ti­fie pas l’at­tente, mais pour des mil­liers d’in­donésiens, chaque roupie compte. À Sulawe­si, c’est plus de 10% de la pop­u­la­tion qui vit sous le seuil de pau­vreté...

Noor et sa famille font fig­ure d’exception avec leur grande mai­son mod­erne et leur per­son­nel de mai­son. Bar­ry dirige une grande entre­prise et Noor a cessé de tra­vailler, pour se con­sacr­er aux enfants et à ses activ­ités bénév­oles. Comme la grande majorité de la pop­u­la­tion de la région, ils sont musul­mans, et l’aide aux plus défa­vorisés est impor­tante pour eux.

Marché de Gorontalo, Sulawesi
Marché de Gorontalo, Sulawesi
Marché de Gorontalo

Petite Oreille et moi pas­sons donc les jours suiv­ants à explor­er la ville de Goronta­lo et ses envi­rons. Sur les côtes, bor­dées par la mer, les petits vil­lages de pêcheurs alter­nent avec les mon­tagnes ver­doy­antes et les plages. Le tout sous un soleil de plomb.
Nous nous arrê­tons régulière­ment, au gré des envies. Et à chaque fois, nous échangeons quelques mots avec des habi­tants. Tous ont spon­tané­ment des con­seils sur les lieux que nous devri­ons absol­u­ment vis­iter. Telle plage est superbe, tel vil­lage est très beau. Et partout, tou­jours des sourires, et cette eau limpi­de.

Je suis tou­jours frap­pée par l’e­spèce d’in­stinct mater­nel qui habite naturelle­ment les indonésiens, où que j’aille. Que ce soit à Suma­tra Ouest, à Belin­tung, au Pays Tora­ja ou ici, dans le nord de Sulawe­si, les enfants vont et vien­nent en lib­erté, sous le regard des adultes du vil­lage. Cha­cun garde un œil sur les enfants des autres. Et lorsque Petite Oreille arrive, elle est sys­té­ma­tique­ment adop­tée par des adultes qui cherchent à pren­dre soin d’elle.

petit village de pecheurs, sulawesi, indonésie

Snorkeling en famille à Olele

Would you like to go snor­kel­ing ? me demande un soir Noor. Of course, mais seule­ment si on y va tous ensem­ble. Et c’est ain­si que le matin suiv­ant, toute la famille grimpe dans la voiture, direc­tion le petit vil­lage d’Olele, où ils ont leurs habi­tudes.

C’est un vil­lage de pêcheurs comme nous en avons vis­ité beau­coup depuis le début du séjour. Eau cristalline et bico­ques col­orées. À ceci près qu’i­ci, un grand récif coral­lien occupe la baie. S’il n’y a pas encore d’hô­tel ou de restau­rant dans le vil­lage, le tourisme local com­mence mal­gré tout à s’y dévelop­per. Noor a juste­ment un ami qui tra­vaille ici, et c’est sur son bateau que nous allons nous installer. Non que le bateau soit indis­pens­able, puisqu’on voit les coraux depuis la plage, mais c’est un bateau amé­nagé spé­ciale­ment pour l’ob­ser­va­tion : le fond trans­par­ent per­met aux plus jeunes, ou à ceux qui ne veu­lent pas aller dans l’eau, d’ob­serv­er coraux et pois­sons col­orés dans des con­di­tions opti­males.

Snorkeling à Olele, Sulawesi

C’est donc avec toute la famille regar­dant les coraux à tra­vers le fond de verre du bateau que l’embarcation s’a­vance dans la baie... pour s’ar­rêter cinquante mètres plus loin. Tous en mail­lot, à l’eau !
Petite Oreille est ravie, elle n’a jamais vu autant de pois­sons. Moi, je remar­que que les coraux man­quent un peu de couleur. Et la rai­son en est assez sim­ple : per­son­ne n’est, ici, sen­si­bil­isé au fait de ne pas les touch­er. Alors entre la pêche et le développe­ment du tourisme, le récif est devenu un lieu de pas­sage, avec quelques dizaines de per­son­nes qui marchent dessus, chaque jour, sans penser à mal. Le site reste mag­nifique, et les spots de snor­kel­ing acces­si­bles aux familles et aux enfants en bas âge ne sont pas si fréquents. Toute­fois, je ne peux m’empêcher d’avoir un pince­ment au cœur, en imag­i­nant qu’il sera sans doute bien­tôt rav­agé, tant ces endroits peu­vent être frag­iles.
snorkeling à sulawesi : oleleSnorkeling à Olele, Sulawesi

Rencontre avec Octaf

Notre ren­con­tre avec Octaf va mar­quer un tour­nant dans le voy­age. Nous bas­cu­lons alors totale­ment dans l’im­prévu. C’est ce que j’aime dans le fait de par­tir longtemps, de voy­ager lente­ment, et de n’avoir aucun itinéraire : on peut saisir les oppor­tu­nités qui s’of­frent à nous, cha­cune menant à une nou­velle expéri­ence.
Octaf est un ami de Noor, très investi dans le développe­ment touris­tique de la région. Il fait par­tie de plusieurs comités, tra­vaille avec les jeunes, et a même sa pro­pre petite agence de voy­ages. Bref, il adore Goronta­lo !

octaf, guide à Sulawesi
La neneh met des huiles essen­tielles locales sur les piqures de mous­tique de Petite Oreille...

Sa famille et lui habitent dans une petite ville, à 2h de route de Goronta­lo. Comme beau­coup d’in­donésiens de la classe moyenne, ils ont choisi de n’avoir qu’un enfant, afin de lui offrir la meilleure édu­ca­tion pos­si­ble. Et comme beau­coup d’in­donésiens, ils cohab­itent à trois généra­tions. Octaf nous fait faire le tour de la pro­priété. Il y a un bâti­ment pour lui, sa femme, Deane, et sa fille, Ale­jan­dra, puis un deux­ième bâti­ment, pour les grands-par­ents, et der­rière, un verg­er. Octaf a plan­té des dizaines d’ar­bres fruitiers et il nous explique, avec le sourire, qu’il aura bien­tôt telle­ment de mangues qu’ils ne pour­ront toutes les manger ! Les arbres, en gran­dis­sant, leur pro­cureront aus­si un peu de fraîcheur, chose appré­cia­ble dans cette région où le ther­momètre descend rarement en dessous de 30°C.

Le dimanche, il y a deux activ­ités : le marché, et les prières. Octaf habite juste à côté du tem­ple. Sa famille et lui appar­ti­en­nent à l’une des minorités chré­ti­ennes. À l’im­age de l’In­donésie, l’île de Sulawe­si est majori­taire­ment musul­mane... avec plein d’ex­cep­tions ! Et comme le culte du dimanche matin est impor­tant pour Octaf, nous le suiv­ons. Petite Oreille et Ale­jan­dra rejoignent les autres enfants, tan­dis que les adultes écoutent les ser­mons. Le tem­ple est qua­si­ment vide, et les nou­velles têtes sont accueil­lies à bras ouverts, même si je ne cache pas mon pro­fond athéisme. Plusieurs adultes défi­lent sur l’estrade, enchaî­nant chants, dis­cus­sions et une longue étude de la Bible. Puis c’est le retour des enfants : alignés sur l’estrade, ils enton­nent les chan­sons qu’ils vien­nent de révis­er, ponc­tuées par des choré­gra­phies. Petite Oreille, Ale­jan­dra et les autres enfants sem­blent bien s’a­muser, et c’est bien le prin­ci­pal !

Invitées à Garapia

Octaf nous par­le d’un vil­lage, sur la côte nord de l’île. Et for­cé­ment, il n’en faut pas plus pour qu’on y aille...

Notes de voy­age – lun­di 14 octo­bre 2019
Petite Oreille et moi dor­mons chez le maire du vil­lage, un ami d’Octaf. À peine arrivées, nous sommes con­duites à l’é­cole. Le deal était clair : pour venir dans le vil­lage, il fal­lait aller à l’é­cole. Nous sommes donc atten­dues dans la classe de M. Setya, jeune prof de 31 ans. Il enseigne l’anglais, l’in­donésien, et la musique.
Les débuts sont com­pliqués, je ne sais pas trop ce qu’on attend de moi. Ils ne m’ont don­né aucune con­signe quant à ce que je devais racon­ter à cette classe. Et les jeunes élèves sont aus­si intimidés que moi...
Je remar­que rapi­de­ment qu’ils n’ar­rivent pas à lire les mots que j’écris au tableau. Setya m’ex­plique, en y met­tant les formes pour ne pas me vex­er, que même si l’écri­t­ure cur­sive est jolie, elle est dif­fi­cile à lire. 

Puis on trou­ve le rythme, et tout le monde com­mence à s’a­muser. Je leur explique quelques mots de vocab­u­laire français, puis quelques for­mules de politesse. Les élèves se pren­nent au jeu, et on impro­vise quelques dia­logues entre eux.

Après s’être instal­lée avec un groupe de filles à qui elle souf­flait les répons­es, Petite Oreille décide de s’ap­procher du tableau pour dessin­er. La voilà qui écrit « mézon » au dessus de son oeu­vre. Ce qui mène à une dis­cus­sion sur l’écri­t­ure française : com­ment des let­tres asso­ciées changent de sons, et com­ment le même son peut s’écrire de plusieurs façons. On en rigole, mais je vois bien com­bi­en tout cela paraît com­plexe à mon inter­locu­teur !

chez l'habitant à garapia, nord sulawesi

Si j’ai com­mencé le cours avec une quin­zaine d’élèves studieux, j’ai rapi­de­ment eu des curieux qui sont venus s’in­staller dans l’entrebâillement de la porte. Et lorsque la cloche de l’é­cole a mar­qué le retour à la mai­son, ce sont tous les élèves qui ont défilé sur la ter­rasse de notre hôte, fiers de lancer un bon­jour, ça va ? comme s’ils avaient par­lé français toute leur vie. Si bien que je me sens presque ridicule à par­ler si mal indonésien alors que c’est mon troisième voy­age dans l’archipel !

Notre hôte s’ap­pelle Nico. Sa femme est par­tie dans sa famille, alors cette semaine, la mai­son est vide. Mais il n’est pas seul pour autant puisque sa mère, sa sœur et ses neveux et nièces habitent la mai­son d’à côté. Et comme dans toutes les familles indonési­ennes dont nous avons partagé le quo­ti­di­en, la nenek (grand-mère) vient nous voir régulière­ment en pro­posant tan­tôt du riz, tan­tôt du pois­son ou des fruits, sur un makan, makan* qui oblige à obtem­pér­er. La politesse pour un invité dans une mai­son en Indonésie, c’est de manger. Manger beau­coup.

* makan sig­ni­fie, dans ce con­texte, mangez !

dormir chez l'habitant à garapia, sulawesi

loger chez l'habitant à sulawesi

Nico et Octaf nous emmè­nent vis­iter les envi­rons. Le vil­lage de Gara­pia réu­nit en fait plusieurs hameaux, et des ter­res assez éloignées. Petite Oreille se hisse sur le scoot­er d’Octaf tan­dis que je m’in­stalle der­rière Nico. La région val­lon­née et sablon­neuse rend les chemins non goudron­nés dif­fi­ciles à pra­ti­quer, mais il y aura bien­tôt une route, m’ex­plique le maire pen­dant que nous pous­sons le scoot­er dans une mon­tée un peu trop pentue. C’est la route qui mène à l’un des ports du vil­lage. C’est ici qu’habitent Nim­rod et Yohana.
Leur mai­son se situe au bord la plage. C’est une instal­la­tion sim­ple, tra­di­tion­nelle, en bois. Au fil des années, les enfants gran­dis­sant, ils se sont éloignés du vil­lage. Depuis 15 ans, ils vivent ain­si à l’é­cart de tout, en récupérant l’eau de pluie et les noix de coco, en pêchant et en éle­vant des poules. Ils se ren­dent au vil­lage deux à trois fois par an, pour cacheter des sacs de riz ou pour la messe de Noël. Ils sont dis­crets, un peu timides, et pour­tant on sent bien la grande com­plic­ité qui les lie. Ils vivent une vie qu’ils ont choisie : la sim­plic­ité volon­taire à l’in­donési­enne !

Le doyen de Garapia, un pecheur chez l'habitant à sulawesi

coucher de soleil à Garapia, sulawesi

Nous regar­dons le soleil se couch­er en dis­cu­tant, et au moment où j’al­lais saluer Nim­rod et Yohana, voilà qu’elle s’ap­proche en ten­dant à Petite Oreille... une poule. Yohana a remar­qué la fas­ci­na­tion de ma fille pour les gal­li­nacés, et nous en offre donc un spéci­men. Me voici donc oblig­ée d’ex­pli­quer à Yohana, mais aus­si et surtout à ma fille, que non, la poule ne va pas avoir le droit de pren­dre l’avion avec nous, mal­heureuse­ment !

chez l'habitant en indonésie
loger chez l'habitant

Constructeur de bateau de pêche à sulawesi

Le lende­main, Nico nous emmène ren­con­tr­er Atung Yeye, le doyen du vil­lage. C’est lui qui fab­rique les bateaux du vil­lage, depuis plus de 60 ans. Et même si son beau-fils l’aide à présent, il con­tin­ue de tra­vailler. Sa famille pour­rait pren­dre soin de lui, mais il aime trop le tra­vail du bois pour s’ar­rêter.

On dis­cute un petit peu. Le bateau est un out­il de tra­vail indis­pens­able à tout pêcheur. Ils sont tous con­stru­its sur le même mod­èle, la seule vari­ante étant le flot­teur qui sta­bilise l’embarcation à la manière des pirogues à bal­anciers (cer­tains bateaux en com­porteront deux, d’autres un seul). Con­stru­ire un bateau lui prend un mois, dans le petit ate­lier attenant à la mai­son. Il tra­vaille sur com­mande, pour en moyenne 10 mil­lions de roupies (ce qui cor­re­spond à un peu moins de 600€, soit le dou­ble du salaire moyen en Indonésie).

Nous rejoignons ensuite un autre quarti­er du vil­lage, sur les collines. C’est ici que vit la com­mu­nauté musul­mane de Gara­pia. Les chré­tiens vivent de la pêche, non loin de la mer, et les musul­mans de la cul­ture du maïs. Et comme les enfants vont tous à la même école, Petite Oreille retrou­ve immé­di­ate­ment cer­taines des ado­les­centes avec qui elle s’é­tait liée à notre arrivée.

Notes de voy­age – mar­di 15 octo­bre 2019
On « célèbre » un vieux mon­sieur, aujourd’hui. Des femmes dis­tribuent des enveloppes et des gâteaux dans des petites boîtes prévues pour l’oc­ca­sion. Dessus, il est écrit Mem­peri­gati 40 almarum, le rite des 40 jours après le décès. On s’as­soit et on mange sous une ter­rasse amé­nagée pour l’oc­ca­sion.
Soudain, la musique reten­tit dans les enceintes. Immé­di­ate­ment, l’am­biance change. On souri­ait et on mangeait jusque-là, mais voici que tout s’est figé. Cha­cun se place face à l’en­trée de la mai­son. Le défilé peut com­mencer, avec les femmes éplorées qu’il faut soutenir tant la tristesse les vide de toute force. Tous les invités se met­tent à la suite du cortège, à la queue leu-leu. Je regarde Nico, il me fait signe de rester là. Nous con­tem­plons le cortège s’éloign­er dans les collines, sous les hurlements des pleureuses.

cérémonie musulmane à Garapia

Pulau Bohu, l’île paradisiaque

Notes de voy­age – jeu­di 17 octo­bre 2019
C’est trop gros pour nous, prenez-en ! dis-je à Octaf en lui ten­dant le homard
- On ne mange pas de homard, répond-il
- Pourquoi ?
- C’est dans notre reli­gion, c’est écrit dans la Bible. Pas de cochon, pas de chien, pas de crus­tacés, explique-t-il avant d’en­chaîn­er sur les 10 com­man­de­ments.
Je souris. 
- Vous ne pou­vez pas les manger, mais vous pou­vez les tuer ?
Il acqui­esce en rigolant. J’hésite à lui dire qu’en principe, je ne mange pas d’an­i­maux morts, moi. Et que là, le homard au petit déj », c’est rude. Sauf pour Petite Oreille qui se régale, évidem­ment. Mais je préfère ne rien dire, il était si fier de nous présen­ter le repas.

Notre escapade sur l’île Bohu (Pulau Bohu en indonésien, Lito Bohu en langue locale) s’est achevée comme elle avait com­mencé : de manière improb­a­ble. Nous étions sur cette petite île vierge de toute habi­ta­tion, à manger le homard attrapé le matin même par les pêcheurs du coin. Nous n’avions rien prévu.

La veille, Petite Oreille, Octaf, Nico et moi avions embar­qué sur un bateau de pêcheur pour rejoin­dre Lito Bohu. Nico et Octaf adorent cette petite île par­a­disi­aque, et ils tenaient à nous y emmen­er. Nous avions débar­qué sur l’île en fin de mat­inée. Ils avaient fait griller des pois­sons pour le repas de midi, et nous avions passé l’après-midi à explor­er la petite île. Au cen­tre, une butte rocailleuse d’une végé­ta­tion dense. Au nord, des rochers. Et au sud, quelques cocotiers et cette longue plage de sable fin. À marée haute, la plage dis­paraît presque entière­ment.

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

On a nagé, observé les pois­sons, les coraux, les crabes et les étoiles de mer. Et puis en fin d’après-midi, Octaf m’a demandé quand est-ce que je voulais ren­tr­er.
– Ne me deman­dez pas, nous on pour­rait rester toute la journée, ai-je répon­du, en rigolant.
Octaf m’a regardée, très sérieux.
– Ça vous dit de rester pour la nuit ?
– Car­ré­ment ? Sérieux ?
– Oui, si ça vous dit, on va chercher des tentes !

Lito Bohu : ile déserte à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
pécheur à Pulau Bohu, Indonésie

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi
Lito Bohu : ile paradisiaque en Indonésie

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

On a regardé le soleil se couch­er.

Notes de voy­age – mer­cre­di 16 octo­bre 2019
Je pen­sais que pass­er une nuit sur une île déserte serait calme et silen­cieux. Mais pas du tout ! La nuit, l’océan est le roy­aume des pêcheurs. L’hori­zon s’il­lu­mine de lou­pi­otes qu’ils utilisent pour attir­er, notam­ment, les seich­es*. Ils ven­dront le fruit de leur pêche au bord de la route, le lende­main matin.

*céphalopode qui ressem­ble à un cala­mar

Ce sont juste­ment des pêcheurs qui nous ont amené le dîn­er. Du pois­son, bien sûr. On a mangé tous ensem­ble avant que les pêcheurs ne retour­nent sur leur pirogue. Et puis Petite Oreille et moi nous sommes glis­sées sous la tente.

On a écouté le bruit des vagues.

Lito Bohu : ile paradisiaque à Sulawesi

Carnet Pratique : visiter Gorontalo

Pour explor­er Goronta­lo
Con­tactez Octaf de ma part, pour aller à Lito Bohu ou n’im­porte où dans la région !

Vous pou­vez le join­dre par mail ocktafsulawesi(@)gmail.com ou gorontalotours(@)yahoo.com

Où dormir à Goronta­lo
Chez Har­ry et Mimin !
Har­ry et Mimin tien­nent une petite pen­sion famil­iale très jolie : des bun­ga­lows face aux riz­ières. Je n’y ai pas dor­mi, mais j’ai passé une après-midi chez eux et ils sont vrai­ment adorables.
Ils dis­pensent gra­tu­ite­ment des cours d’anglais aux enfants du quarti­er. Il est prob­a­ble que vous soyez donc mis à con­tri­bu­tion si vous êtes sur place ce jour-là !

Réserv­er sur Book­ing

(Atten­tion : ils ont démé­nagé récem­ment, et cer­taines pho­tos sur Book­ing sem­blent cor­re­spon­dre à l’an­ci­enne adresse)

Ce voy­age à Sulawe­si a été réal­isé avec le sou­tien de l’Office de Tourisme d’Indonésie ain­si que Sin­ga­pore Air­lines.

4 Commentaires

  1. Mer­ci et bra­vo pour ce bel arti­cle et ces pho­tos mag­nifiques. Alors que cette année 2020 n’est pas vrai­ment placée sous le signe du voy­age, j’ai quand même pu m’é­vad­er un instant.

  2. J’adore votre manière d’ap­préhen­der les voyages/découvertes/rencontres mais aus­si votre manière de rédi­ger, d écrire. C’est le genre de réc­its qui me don­nerait presque envie de repar­tir alors que je m’é­tais dit que je ne referais plus de longs voy­ages en avion. ..
    Mer­ci pour cette invi­ta­tion à s’é­vad­er, à ren­tr­er en com­mu­nion avec l’autre, tout sim­ple­ment à rêver ...
    Monique E.

    1. Je me suis sou­vent posée la ques­tion de savoir si ce genre de voy­age serait fais­able en France. Mais ma con­clu­sion est tou­jours que, même si c’est un pays mag­nifique qui regorge de beaux endroits où j’ai fait de super ren­con­tres, je ne m’y sens pas autant en sécu­rité. En Indonésie, dans les vil­lages où nous avons séjournés, j’ai n’ai jamais eu aucune hési­ta­tion à laiss­er ma fille s’éloign­er pour aller jouer avec les autres enfants, ni même à suiv­re des gens que nous venions de ren­con­tr­er. En France, jamais je ne répondrais pos­i­tive­ment à un homme que je con­nais à peine et qui me pro­pose d’aller dormir chez son pote puis qu’on aille ensem­ble sur une île déserte !

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