Immersion à Sumatra : Pandai Sikek, deux semaines chez les Minangkabau

Car­net de voy­age de mon immer­sion à Pandai Sikek avec ma fille : deux semaines chez l’habitant, en famille, chez les Minangk­abau, une eth­nie musul­mane et matri­ar­cale.

Entre avril et mai, Petite Oreille et moi sommes par­ties 5 semaines à Suma­tra, en Indonésie, pour un pro­jet un peu spé­cial : réalis­er une série de vidéos pour Eva­neos, qui organ­ise des voy­ages sur-mesure en direct avec des agents locaux. Le con­cept : partager le quo­ti­di­en de deux familles, dans deux vil­lages (voir le pre­mier arti­cle pour en savoir plus). Ce fut un voy­age excep­tion­nel pour ma fille comme pour moi. Et avant de vous mon­tr­er les vidéos (à la ren­trée !), voici quelques bribes con­sacrés à la pre­mière par­tie de notre voy­age en Indonésie : notre séjour en Suma­tra Occi­den­tal.

Le jour où nous sommes arrivées à Pandai Sikek

On n’arrive pas comme ça à Pandai Sikek. Enfin, si, n’importe qui peut arriv­er au vil­lage. Il est facile à trou­ver en venant de Padang, il suf­fit de pren­dre la grande route vers Bukit­ting­gi, puis de tourn­er à Koto Baru. Mais hors de ques­tion que Petite Oreille et moi soyons déposées directe­ment chez nos hôtes. Non. Il faut respecter le céré­mo­ni­al. Nous nous ren­dons à la mairie pour les présen­ta­tions offi­cielles. C’est un joli bâti­ment qui domine le vil­lage depuis une colline. Tout le monde par­le indonésien. Très vite. Mais je ne com­prendrais pas mieux s’ils par­laient lente­ment.
En l’espace de quelques min­utes on m’a présen­té une dizaine de per­son­nes et fait asseoir dans un petit salon aux fau­teuils cou­verts de plas­tique. Je n’ai retenu aucun nom. Petite Oreille est par­tie jouer avec une employée. Je l’observe pass­er et repass­er dans le couloir, elle a l’air de s’amuser. On a déposé un café devant moi sans me laiss­er le temps de déclin­er. Je hoche la tête en souri­ant quand on me par­le. Je com­mence à me deman­der dans quelle his­toire je me suis embar­quée. Était-ce vrai­ment une bonne idée de pass­er deux semaines entières dans ce petit vil­lage ?

Une dame arrive. Elle est la seule à ne pas porter d’uniforme. C’est notre hôte. J’essaie d’échanger quelques mots en anglais.
What’s your name ? Dar. What’s your husband’s name ? He’s dead.
Mince. Elle com­mence bien cette immer­sion.

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Dar est souri­ante. Elle sem­ble ravie de nous accueil­lir. Toute la mairie (ou presque) se met en route pour nous emmen­er à la mai­son. Pen­dant les deux prochaines semaines, c’est là que nous logerons. Deux semaines d’immersion pen­dant lesquelles Petite Oreille et moi partagerons le quo­ti­di­en de cette famille, et du vil­lage.

Lorsque nous entrons dans la mai­son, une femme est en pleine prière, au milieu de la cui­sine. Tout le monde la con­tourne pour s’attabler, comme si de rien n’était. Des voisins, des pas­sants, entrent pour dire bon­jour. Je ne retiens tou­jours aucun prénom mais je m’efforce de sourire.

Et puis peu à peu, la mai­son se vide. Nous voilà seules avec nos hôtes.

Il me fau­dra plusieurs jours pour com­pren­dre qui est qui par rap­port à qui. Cette manie indonési­enne d’appeler tout le monde Tata ne m’a pas franche­ment aidée ! Car ici, on appelle des per­son­nes de la généra­tion d’au-dessus Tata ou Ton­ton, et les per­son­nes de même âge Sœur ou Frère, même s’il n’y a aucun lien du sang. Le moment où cela m’a été expliqué fut d’ailleurs l’occasion de nom­breux quipro­qu­os !

Tek Dar (tek = tata dans la langue locale) vit donc chez Tek Non. Elles sont sœurs, leurs enfants sont grands et par­tis vivre à la ville. Elles héber­gent les deux petites-filles d’une de leurs deux autres sœurs, Euge­nia et Tes­sa. Les deux ado­les­centes passent leurs journées entre l’école et la mai­son famil­iale voi­sine, avant de regag­n­er la mai­son de Tek Non à la nuit tombée. Je n’ai pas vrai­ment com­pris pourquoi les deux jeunes filles venaient dormir là. J’ai juste croisé leur père, briève­ment.

Sur le pre­mier cro­quis, ce sont elles. Dar, Petite Oreille, Non, Euge­nia et Tes­sa. Notre famille d’adoption pen­dant ces deux semaines de loge­ment chez l’habitant. Aucune ne par­le anglais. Mais on arrivera tou­jours à échang­er.
Le sec­ond cro­quis, c’est la famille de Riska. Mais elle, je vous en par­le après !

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Dar et Non vivent dans une mai­son tra­di­tion­nelle. L’habitation est spa­cieuse et lumineuse, avec un ameuble­ment très min­i­mal­iste. Les trois cham­bres don­nent toutes sur le salon. Une petite bou­tique se trou­ve à côté de l’entrée, dans une grande cui­sine / salle à manger.
Ici, chaque mai­son a son bassin. Un ingénieux et com­plexe sys­tème d’irrigation per­met de faire cir­culer l’eau de la riv­ière dans tout le vil­lage, tra­ver­sant les cul­tures et les bassins. Et qu’est-ce qu’il y a dans les bassins ? Hé bien des pois­sons ! On leur jette les restes de nour­ri­t­ure et les enfants pas sages.

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C’est Non elle même qui tient la bou­tique, et Petite Oreille en fera rapi­de­ment un endroit de jeu. Mais en ce pre­mier soir, elle n’ose pas encore trop s’y aven­tur­er. Nous sommes tout juste arrivées en Indonésie. Paris – Ams­ter­dam – Kuala Lumpur – Jakar­ta – une nuit à Padang et nous voici à Pandai Sikek. Le dépayse­ment est total. La fatigue aus­si. Après le repas, Non la prend dans les bras. Elle lui caresse les cheveux, l’embrasse sur le front. Des bras de Dar, ma fille passe rapi­de­ment à ceux de Mor­phée. La journée a été riche en émo­tions, et le voy­age ne fait que com­mencer.

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Le moment où j’ai rencontré Riska

Au moment où j’ai ren­con­tré Riska, je ne savais pas encore l’importance qu’elle prendrait durant notre séjour. Elle est venue le pre­mier jour, avec sa fille, en voi­sine curieuse. Puis est rev­enue le lende­main. Elle par­lait un peu anglais et avait très envie de dis­cuter.

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Au matin du qua­trième jour, elle est arrivée avec une let­tre. Sur la feuille, rec­to-ver­so, elle m’expliquait longue­ment qu’elle voulait être mon amie. Elle avait passé la soirée à pré­par­er sa mis­sive sur Google Trans­late. C’était adorable, et pour­tant j’ai pris peur. Ayant déjà un peu bourlin­gué en Asie, je sais que les arnaques sont fréquentes et revê­tent sou­vent le masque de la gen­til­lesse. J’ai décidé d’essayer de rester naïve, de laiss­er sa chance à une belle his­toire. Et je ne l’ai pas regret­té.
Jamais je n’avais ren­con­tré pareille per­son­ne. Pen­dant deux semaines, Riska est venue nous voir tous les jours, prenant à cœur de nous mon­tr­er son vil­lage, ses tra­di­tions, sa cul­ture. Nos filles ont le même âge, à quelques jours près. Nous avons le même âge. Plus je dis­cute avec elle, plus je sens que nous nous ressem­blons, le fos­sé cul­turel est loin de nous sépar­er. Au con­traire.

Riska vit avec sa mère. La société Minangk­abau est matri­ar­cale. La femme a le pou­voir, c’est elle qui garde l’argent, hérite des biens. C’est donc le mari qui vient habiter chez la femme. Le con­joint de Riska tra­vaille à Bukit­ting­gi, la grande ville la plus proche. C’est là qu’ils se sont ren­con­trés. Elle était pro­fesseur là-bas. Mais même dans un société matri­ar­cale, c’est Riska qui a quit­té son emploi pour s’occuper de Tasya à sa nais­sance. Dans quelques semaines, la petite fille ira à l’école mater­nelle, et sa maman com­mencera alors un nou­veau tra­vail à la mairie.

La mai­son de Riska est grande et mod­erne, con­stru­ite en dur par son père. Entre les meubles en bois sculp­té et le matériel hi-tech, on voit tout de suite que c’est une famille riche. Les six frères et sœurs de Riska sont par­tis tra­vailler dans le domaine médi­cal à Batam, une petite île au large de Sin­gapour. Riska n’en par­le pas, mais je sens bien la frus­tra­tion et l’ennui. Elle est restée parce que quelqu’un devait s’occuper de sa mère, mais elle tourne en rond dans ce petit vil­lage. Bril­lante et cul­tivée, elle ne s’imaginait sans doute pas mère au foy­er.

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Riska s’occupe aus­si d’un petit garçon, Azam. C’est un petit peu comme un fils adop­tif, par voie de fait. Ses par­ents sont par­tis du jour au lende­main alors qu’il n’avait que neuf mois. Per­son­ne ne sait où ni pourquoi. C’était il y a 8 ans. Azam et souri­ant, très doux. Il joue les grands frères avec Petite Oreille. Ça rend Tasya jalouse, elle voudrait garder sa copine rien que pour elle...
Mais Azam va à l’école laïque le matin, et à l’école coranique l’après-midi, alors toute la journée, Tasya peut jouer tran­quille­ment avec nous, et venir explor­er les envi­rons.

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Ci-dessus : Riska nous a emmenéee assis­ter à l’entraînement de foot, pen­dant que le soleil le couchait sur le vol­can Mara­pi.
Ci-dessous :  chez l’oncle de Riska, Azam, Petite Oreille et Tasya essaient de guider un insecte vers le jardin...

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Le moment où Petite Oreille a piqué le lit de la Nenek

Si, en tant que trente­naire, je devais dire Tek Non et Tek Dar, Petite Oreille, elle, les appelait Nenek («néné » avec l’accent local), grand-mère. Tek Non com­mence sa journée à 5h, comme tout le monde ici. A 4h30, le muezzin entame son dis­cours mati­nal, et c’est un bavard, impos­si­ble de se ren­dormir. Une prière, et quelques min­utes plus tard, Non est déjà prête pour se ren­dre au marché. Il est tout petit mais a lieu tous les matins. On y achète des fruits, des poules, du pois­son, ou des ali­ments déjà pré­parés. Ensuite Non com­mence sa journée de tra­vail, partagée entre le champ et la petite bou­tique. Elle n’a pas d’horaire, elle ouvre quand elle veut. De toute façon, si la bou­tique est fer­mée, les voisins toquent à la porte de la mai­son.

Elle y vend une var­iété sur­prenante de pro­duits dont le seul point com­mun est d’être en embal­lage indi­vidu­el. Des nouilles, des sachets unidos­es de sham­po­ing, des panse­ments, des bon­bons. La bou­tique a un gros suc­cès auprès des écol­iers qui s’y arrê­tent pour le goûter.

Au sol, un mate­las. Les journées de Non sont longues, alors elle fait sou­vent la sieste, entre deux clients. Mais pen­dant notre séjour, elle n’a pu beau­coup dormir : son lit était squat­té par une Petite Oreille qui s’était prise d’affection pour elle.

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Le jour où ma fille a été kidnappée

Ma fille est rapi­de­ment dev­enue la coqueluche du quarti­er. Un jour, nous sommes ren­trées alors qu’Eugenia était à la mai­son avec toutes ses copines. For­cé­ment, elles ont joué avec Petite Oreille, s’amusant à lui appren­dre des mots indonésiens. Un groupe de jeunes filles qui lui font des bisous et s’intéressent à elle, c’est par­fait pour Petite Oreille. Et quelques min­utes plus tard, voilà qu’elle par­tait dans la mai­son du père d’Eugenia et Tes­sa, sans moi. Cueil­lir des fleurs de bougainvil­li­er et pos­er pour des dizaines de self­ies, elle était bien, là-bas !

(Toutes ces jeunes filles ont des comptes Insta­gram très act­ifs !)

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La fois où on est allées voir Dar à son atelier

Nous nous prome­nions avec Riska et Tasya quand il s’est mis à pleu­voir. On s’est mis­es à l’abris dans l’entrée d’une mai­son. Mais quand Riska a toqué à la porte, j’ai com­pris qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle mai­son : c’est l’atelier de Dar.
Dar tisse le sonkget. Pandai Sikek est réputé pour ce tex­tile, très fin, où des fils d’or et d’argent s’insèrent au milieu de la soie pour créer des motifs. C’est superbe, et c’est aus­si extrême­ment cher. Dar a deux métiers à tiss­er dans son ate­lier. Nous la regar­dons faire un long moment. Puis elle sort ses albums de famille, dans lesquels des vieilles pho­tos d’elle aux cheveux courts et blou­son en cuir, côtoient des coupure de presse et des sou­venirs de voy­age. Elle a présen­té son tra­vail dans de nom­breux salons, ren­con­trés de nom­breuses per­son­nal­ités grâce au songket. Elle met le doigt sur une pho­to et mur­mure avec un sourire « Hillary Clin­ton ». L’ex-secrétaire d’État des États-Unis est à côté de Dar, en train d’observer la tech­nique arti­sanale du Son­ket. C’était à Jakar­ta.
Dar est dis­crète, mais je devine aisé­ment qu’elle excèle dans son art.

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Et comme la pluie ne cesse pas, Dar et Riska entre­pren­nent de me relook­er avec le cos­tume tra­di­tion­nel. Me voir avec la robe et la coiffe les fait beau­coup rire. Et voy­ant Petite Oreille qui meurt d’envie d’essayer aus­si, elles lui con­fec­tion­nent égale­ment un cos­tume à sa taille.
Aujourd’hui, cet habit n’est plus porté de façon quo­ti­di­enne. Toute les femmes arborent des robes longues (ou des pan­talons) dans des matières moins frag­iles, même si un grand soin est tou­jours apporté à la tenue dès qu’il s’agit de sor­tir du vil­lage.

Le jour où on est allées à l’école

A par­tir de 4 ans, les enfants vont à l’école mater­nelle tous les matins, sauf le dimanche. J’avais demandé si Petite Oreille pou­vait assis­ter à une mat­inée, mais c’est à une véri­ta­ble vis­ite que nous avons eu droit ! On pour­rait imag­in­er qu’une école coranique est un lieu austère. Mais à Suma­tra, la reli­gion est joyeuse. L’école est inté­grale­ment peinte, avec des couleurs dans tous les sens. La cour est rem­plie de jeux pour grimper, se bal­ancer, tra­vailler l’équilibre et la motric­ité. Au fond, un petit potager est entretenu par les élèves. L’institutrice m’explique qu’il s’agit d’un pro­gramme inter­na­tion­al qui promeut une vie saine.

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Nous ren­trons dans une pre­mière pièce. C’est une grande salle de jeux. Des instru­ments de musique, des tobog­gans... et la plus grande piscine à balles que j’ai jamais vue ! Plus loin, les enfants sont en classe. Nous sor­tons le globe gon­flable, qui rem­porte un grand suc­cès, bien sûr. Petite Oreille mon­tre Suma­tra, la France, explique que nous sommes venues en pas­sant par Kuala Lumpur, Jakar­ta et Padang. L’objet fascine autant les enfants que les maîtress­es qui se lan­cent dans un petit cours de géo­gra­phie.

 

La fois où nous sommes allées voir Non au champ

Dès qu’il fai­sait beau le matin, Non par­tait au champ. Elle enfi­lait se tenue spé­ciale. Pan­talon, bottes, cha­peau, robe orange et pochette à télé­phone portable autour du cou. Je ne savais pas vrai­ment où se trou­vait le champ, mais Petite Oreille et moi avons rapi­de­ment pris l’habitude de nous promen­er dans les petits chemins. Le vil­lage est entouré de cul­tures. Chaque par­celle qui ne con­tient ni mai­son ni bassin est cul­tivée. On y trou­ve de tout : riz, bien sûr, mais aus­si piments, con­com­bres, choux... Les reliefs et le sys­tème d’irrigation per­me­t­tent à tous d’avoir de l’eau. Des petits canaux sil­lon­nent et quadrillent ain­si tous les envi­rons du vil­lage. Longer une riz­ière, tra­vers­er un pont de bam­bou, observ­er les grenouilles...

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Et puis un jour, Petite Oreille s’est stop­pée net. C’est Non, c’est Non ! Une sil­hou­ette nous fait signe, au loin. Et voilà Petite Oreille qui tra­verse le champ en courant pour se jeter dans les bras de la veille dame, vis­i­ble­ment heureuse de nous voir.

Elle était en train de tailler les papay­ers qui bor­dent son champ. Je n’imaginais le ter­rain si grand. C’est impec­ca­ble­ment entretenu. Une petite cabane abrite le matériel, au bout du champ. Un dra­peau indonésien flotte fière­ment au dessus.

C’est une agri­cul­ture maraîchère tra­di­tion­nelle. La majeur par­tie de la récolte servi­ra directe­ment à la con­som­ma­tion de la famille. Une forme d’autonomie que nous pour­rions envi­er, même si elle représente un tra­vail quo­ti­di­en. Planter, désher­ber, entretenir...

Les plan­ta­tions sont faîtes sur des mon­tic­ules recou­verts de plas­tique. Un trou par plant. Tek Non alterne des légumes, mélange les plantes.

Au fil de nos prom­e­nades, j’ai vu de nom­breux habi­tants asperg­er leurs champs de pro­duits. Insec­ti­cides, pes­ti­cides, dif­fi­cile de savoir ce que con­te­naient les bon­bonnes. Ils ne se cou­vrent pas le vis­age pour répan­dre ces liq­uides. Je ne sais pas s’ils ont remar­qué qu’à chaque fois, je demandais à Petite Oreille de pass­er rapi­de­ment sans respir­er...
Ce n’est pas à moi d’avoir un juge­ment sur leurs usages de pro­duits chim­iques, d’engrais. Ils tra­vail­lent tous toute la journée, il est nor­mal de vouloir se faciliter la vie en util­isant ce genre de pro­duits. Mais j’ai été sur­prise de voir à quel point leur usage était courant.

Le jour où Petite Oreille s’est prise pour une princesse indonésienne

Riska avait décidé de nous emmen­er à Padang Pan­jang. Elle m’en par­lait depuis plusieurs jours. Elle adore cet endroit. On y loue des cos­tumes de mariage tra­di­tion­nels, le temps de quelques pho­tos devant un très beau bâti­ment avec un fameux toit en bagonjong. Tasya et Petite Oreille enfi­lent leurs cos­tumes, et c’est par­ti pour un shoot­ing impro­visé !

Note : ce ne sont pas des cos­tumes de mar­iées, on ne marie pas des petites filles de trois ans ! Ce sont les cos­tumes qu’elles porteraient si elles assis­taient au mariage d’un proche.

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À gauche, les rumah gadang, ou rumah bagonjong, habi­tats tra­di­tion­nels minangk­abau, sont recon­naiss­ables à leurs toits tout en courbes mais ils ont aus­si la par­tic­u­lar­ité d’avoir des façades sculp­tées et peintes.

À droite, Tasya et Petite Oreille se pro­tè­gent d’un groupe de jeunes indonésiens qui les trou­vaient trop mignonnes !

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La fois où on s’est incrustées dans un mariage

- Y’a un mariage à Pagu Pagu, on y va !
– Euh, ok
– Faut que tu mettes une robe par con­tre.
– Euh, j’en ai pas.
– Attends, enfile ça !

Éclats de rire. Éclats de rire qui redou­blent quand nous arrivons chez Ces. C’est une amie de Riska, qui a deux petits filles, plus jeunes que les nôtres. Déguis­er la française est un jeu amu­sant, vis­i­ble­ment. Elles apos­tro­phent Petite Oreille pour lui deman­der ce qu’elle en pense. Elle aime bien. Ouf. Mon accou­trement frise le ridicule. La robe est mag­nifique, mais j’ai gardé mon pan­talon dessous car je suis inca­pable de mon­ter sur le scoot­er en ama­zone, comme elles le font toutes ici. Et mes chaus­sures achèvent le look. Deux grolles mar­rons qui n’ont pour seul atout que d’être imper­méables. Mi-Quéchua mi-chic, me voilà à Pagu Pagu, devant la mai­son des mar­iés.

- Alors, qui se marie ?
– Je ne sais pas.
– Hein ? Vous ne les con­nais­sez pas ?
– Bah non !
– On va quand même pas aller au mariage de gens qu’on ne con­nait pas !?
– Mais si, viens.

Ces et Riska s’amusent de ma gène. Nous voici weed­ing crasheuses.

 

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Les mariages minangk­abau durent qua­tre jours. Il y a de nom­breuses règles à respecter, et beau­coup d’invités. C’est la mère de la fille qui demande la main du garçon, et dis­cute des ter­mes du mariage avec la famille de celui-ci. Le mar­ié vien­dra ensuite vivre dans la mai­son de sa belle-mère, ou dans la mai­son de son épouse.

Ce jour-là, c’était juste­ment le jour du mar­ié. La journée lui est dédié, c’est la céré­monie du change­ment de nom. Tous les hommes de la famille, les proches, sont réu­nis dans une pièce. Dehors, d’autres hommes sont attablés sous un grand bar­num. Ils enchaî­nent cig­a­rette sur cig­a­rette en atten­dant le défilé de plats, pré­parés par les femmes, dans la cui­sine de la mai­son.

De tout le séjour, je n’ai côtoyé pra­tique­ment que des femmes. Les quelques hommes que j’ai croisés étaient très en retrait. Ils étaient polis, souri­ants, heureux d’échanger quelques mots, mais ne s’imposaient pas dans la dis­cus­sion et restaient générale­ment dans un coin pen­dant que nous monop­o­li­sions le salon.

Ces et Riska dis­cu­tent avec tout le monde, me mon­trent les plats, font goûter des « trucs » à Petite Oreille. La quan­tité de nour­ri­t­ure qui défile devant nous est impres­sion­nante. Per­son­ne ici n’est en sur­poids, mais dans chaque mai­son on vous reçoit avec de la nour­ri­t­ure, et on insiste pour que vous mang­iez. Ce mariage ne déroge pas à la règle, il faut nour­rir les invitées, et même les wed­ding crasheuses !

 

La fois où Petite Oreille a appris a pêcher

Depuis le début de notre séjour chez l’habitant, Petite Oreille se régale. Elle dévore tous les soirs son riz et plusieurs pois­sons, à la sur­prise de nos hôtes. Et à la mienne aus­si, je l’avoue.

Tous nos repas con­ti­en­nent du riz, tou­jours chaud grâce au cuiseur de riz qui trône dans la cui­sine. Et selon les envies de Dar et Non, le riz est agré­men­té d’aliments dif­férents. Légumes, œufs, pois­sons, krupuk de peau de bœuf. (Tout comme je n’ai pas osé leur dire que je bois pas de café, je n’ai pas non plus osé leur dire que je suis végé­tari­enne... Dif­fi­cile ici de ne pas avoir d’animal à table.)

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Lagi ikan ! Enak !
Petite Oreille se délecte du pois­son frit, mais s’amuse aus­si à nour­rir les pois­sons du bassin. Non lui donne des restes de riz ou des gâteaux à jeter dans l’eau. Petite Oreille reste par­fois une heure à dis­tribuer patiem­ment les morceaux, pour tout répar­tir équitable­ment entre les pois­sons, mais unique­ment ceux qu’elle aime bien. Genre le rouge, là, bah il est pas gen­til alors je lui en donne pas.
Ils sont énormes. Le rouge, là, le pas gen­til, doit bien faire 40cm. Et puis il y a des dizaines de petits pois­sons. Et c’est ceux-là qu’on va juste­ment pêch­er. Non m’explique que la ligne n’est pas assez solide pour les gros, mais en vrai, je la soupçonne de s’y être attachée, à ses gros ani­maux aqua­tiques.

Un après-midi, alors que Petite Oreille partageait son goûter avec les pois­sons, Non a donc sor­ti son matériel de pêche. C’est rudi­men­taire. Un bateau, du fil, un hameçon bricolé. Elle dépose les pois­sons dans un seau, Petite Oreille trou­ve ça super rigo­lo. Et si elle n’a aucun pitié pour les pois­sons, elle est toute triste pour le ver de terre coupé en morceau. Ouf, ma fille a quand même un peu de cœur !

Tes­sa et Euge­nia ren­trent de l’école. La cadette apos­tro­phe sa grand-tante. Vis­i­ble­ment, pêch­er l’amuse autant que Petite Oreille. Nous finirons ain­si l’après-midi, au bord des bassins, à rem­plir le seau de pois­sons. Puis Non fait le tri, elle remet à l’eau ceux qui sont trop petits. Le cha­ton de la mai­son réus­sit à en vol­er un, sous les éclats de rire généraux. Il ne reste plus qu’à les assom­mer, évider, pré­par­er. Tes­sa laisse Non faire cette par­tie net­te­ment moins sym­pa...

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Le jour où nous avons fait du tourisme à Bukittinggi

Juste après Padang, Bukit­ting­gi est la deux­ième ville de Suma­tra Occi­den­tal, la province dans laque­lle nous nous trou­vons. Pandai Sikek n’est pas très loin. Riska m’en par­lait depuis plusieurs jours, elle voulait nous y emmen­er. Ce matin-là, Dar et Non avaient revê­tu leurs beaux habits. Tout était organ­isé, Petite Oreille et moi n’avions qu’à suiv­re. En route ! J’ai attrapé un tote-bag, enfourné le k-way de Petite Oreille, une gourde, un car­net, une bat­terie de rechange et mon 50mm. Trois scoot­ers sont arrivés. Trois hommes que je ne con­nais­sais pas. Dar et Non se sont assis­es en ama­zones, cha­cune sur un scoot­er dif­férent. Petite Oreille s’est glis­sée entre Dar et son chauf­feur. Ils nous ont déposées au bord de la grande route, où nous attendaient Riska et Tasya. Quelques min­utes plus tard, nous nous glis­sions dans un mini-bus.
Il en défile en per­ma­nence, cha­cun allant à des endroit dif­férents. Nos hôtes con­nais­sent le réseau sur le bout des ongles, même si je n’ai pas su ce qui dif­féren­ci­ait un bus d’un autre... Tout le monde se tasse à l’intérieur. Le con­fort est som­maire, mais cha­cun fait atten­tion à ne pas empiéter trop sur le voisin. Une promis­cuité polie.

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Un change­ment de bus plus tard, nous arrivons à notre pre­mier arrêt, le point de vue sur le cay­on de Sianok. Le lieu est un peu étrange. Il y a des macaques partout, des fontaines avec des dauphins, une aire de jeux pour enfants, des mémo­ri­aux mil­i­taires et les ves­tige d’un tun­nel japon­nais. Ce parc est en fait un con­den­sé de l’histoire de Bukit­ting­gi qui fut le quarti­er général de l’armée japon­aise pen­dant la sec­onde guerre mon­di­ale et fut aus­si le cen­tre du gou­verne­ment répub­li­cain lors de la révo­lu­tion indonési­enne. (Jusqu’en 1949, Suma­tra était une colonie hol­landaise)

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Dar, Petite Oreille, Non, Tasya, Riska, devant le canyon. Je crois que je n’avais jamais fait ce genre de pho­tos, mais elles y tenaient. On a dû en faire 50, avec tous les télé­phones, avec Dar et Petite Oreille, puis Non et Petite Oreille... Tout le monde pho­togra­phie tout, tout le temps. Tout le monde a un smart­phone rem­pli de pho­tos, et de self­ies.

Nous regagnons ensuite le cen­tre ville et l’attraction prin­ci­pale de Bukit­ting­gi : Jam Gadang, lit­térale­ment, la grosse hor­loge. C’est le Big Ben indonésien, une fierté locale qui aurait quelques par­tic­u­lar­ités dans les mécan­ismes hor­logers que seule Jam Gadang et sa cou­sine lon­doni­enne pos­sè­dent. Mais ne me deman­dez pas plus de détails, à ce moment du voy­age mon vocab­u­laire indonésien était très lim­ité !

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Nous avons ter­miné la prom­e­nade au KFC. La scène me sem­blait à la fois extrême­ment banale et totale­ment incon­grue. Mes hôtes, mag­nifique­ment habil­lées, avec leurs beaux hid­jab brodés, en train de se partager du poulet frit dans un fast-food. Mais il faut savoir deux choses : on trou­ve des vendeurs de poulet frit partout, qui s’appellent tous KFC, et le « KFC offi­ciel » sert de vrais morceaux de poulet (cuisse, aile, avec les os).

 

Le jour où nous sommes tombées nez à nez avec un biawak,
à quelques mètres de la maison

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C’est le matin. Il fait beau. Je crois bien, d’ailleurs, que c’est la pre­mière fois qu’il y a un si grand soleil depuis que nous sommes là. Petite Oreille se réveille douce­ment. J’essaie de finir mon café. Non m’en fait un tous les matins. Le pre­mier jour, je n’ai pas osé lui dire que je n’aime pas, et main­tenant je suis coincée. Elle est en train de bal­ay­er autour du bassin à pois­sons. Soudain, elle m’appelle. Elle me fait signe de venir.

Biawak.
Sur un rocher, juste à côté, un gros lézard. Genre vrai­ment gros. Plus grand que trois Petite Oreille. C’est un varan, un cousin du drag­on de Komo­do. Je file chercher ma fille et mon appareil pho­to. Non, tu ne peux pas aller le caress­er. Il est moins dan­gereux que son peu komode cousin, mais il reste impres­sion­nant.

Non nous explique, l’air de rien, que ce gros rep­tile est sou­vent là le matin. Juste à côté de la mai­son. Ok. Le coquinou essaie de piquer des pois­sons dans le bassin, de temps en temps.

 

Le jour où nous sommes reparties

L’hébergement chez l’habitant n’a qu’un défaut : les adieux sont dif­fi­ciles. Quit­ter un hôtel agréable est une chose. Quit­ter une famille d’adoption, des gens qu’on a appris à con­naître, en est une autre. Alors ce jour-là, nous avons marché jusque chez Riska, pour lui dire au revoir, avec des promess­es de revenir un jour. Sa mère avait les larmes aux yeux. Je crois qu’elle a vu sa fille et sa petite fille heureuses pen­dant deux semaines, et que la per­spec­tive de revenir à leur vie quo­ti­di­enne l’attristait surtout pour elles.
Riska est rev­enue chez Non pour une deux­ième ses­sion d’adieux. On s’est ser­rées dans les bras pour la pre­mière fois. J’ai souri pour mas­quer ma gorge nouée. Petite Oreille est restée longtemps col­lée à la vit­re. Mais au pre­mier tour­nant, les petites sil­hou­ettes ont dis­paru.

Sumatra

 

Quelques informations pour vivre une expérience similaire

Vis­iter Suma­tra Ouest (Suma­tra Barat) est assez aisé pour les voyageurs. Les trans­ports en com­muns sont très dévelop­pés, et vous trou­verez facile­ment un scoot­er à louer pour la journée. De France, il n’existe pas de vols directs vers Padang (nous avons enchaîné 4 avions pour venir jusque là !) mais la région est ensuite assez facile à plac­er dans un itinéraire de 3 semaines à Suma­tra.

Padang n’est pas une ville très agréable. Il y a une jolie (et gigan­tesque) mosquée, quelques beaux bâti­ments. Faîtes rapi­de­ment le tour et mon­tez dans un bus pour aller explor­er les val­lées envi­ron­nantes ! J’ai fait le choix de rester dans le vil­lage pour en cap­tur­er des instants, mais la région mérite qu’on s’y attarde et qu’on s’y perde, entre les vol­cans et les cas­cades, les riz­ières et les mon­tagnes.

Sumatra

L’hébergement chez l’habitant n’est pas quelque chose de clas­sique dans cette par­tie de l’Indonésie (vous le trou­verez plus facile­ment sur Bali, haut lieu du tourisme du pays). Les gens sont chaleureux, accueil­lants. Ils vous inviteront facile­ment chez eux pour quelques heures, mais débar­quer plusieurs nuits demande un peu d’organisation !
Il vous fau­dra donc vous tourn­er vers des agences. Dans le cadre de ce pro­jet, tout a été pré­paré par Eva­neos, qui créé des voy­ages sur-mesure en direct avec des agents locaux.

 

Quelques images de plus

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Une vendeuse dans une des nom­breuses petites bou­tiques du vil­lage. Tout le monde vend de tout, dans un joyeux bazard organ­isé !

 

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Petite Oreille et Nafla, la fille de Ces, dans une gar­gotte où nous nous étions arrêtées pour le repas. Nafla a quelques mois de moins que ma fille, mais ni ça ni la dif­férence de langue ne les a empêchées de jouer ensem­ble.

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Les maisons typ­iques et leurs bassins. Der­rière, le mont Singgalang reste envelop­pé dans les nuages...

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Ci-dessus : le sechage du riz.
Ci-dessous : nos prom­e­nades dans les champs

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De gauche à droite : 
Le Mara­pi, un soir où il n’était pas cou­vert de nuages
Une petite rue de Pandai Sikek, la vie quo­ti­di­enne
Le soir où le Mara­pi est entré en érup­tion ! (Et où per­son­ne n’a eu peur, parce que vis­i­ble­ment, c’est nor­mal)

Ci-dessous : quelques instants en famille. Petite Oreille kid­nap­pée par Dar, en ses­sion dessin, avec Non, en train de jouer avec Tasya

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Le voy­age #Immer­sion­Suma­tra a été réal­isé en parte­nar­i­at avec Eva­neos, qui organ­ise des voy­ages en direct avec des agents locaux.
Mer­ci à Option Way ain­si qu’à l’Office de Tourisme d’Indonésie pour leur sou­tien dans ce pro­jet.

8 Comments

  1. Mag­nifique réc­it ! Mag­nifiques pho­tos (comme d’hab).
    Je suis bluffée par tes cro­quis ! Et admi­ra­tive par ton aven­ture. Aller chez l’habitant n’est pas fait pour tout le monde...

  2. Quel bon­heur ton arti­cle : du réc­it de voy­age comme j’aime. De l’authenticité, du partage, de l’émotion et de mag­nifiques pho­tos ! C’est beau de partager ça avec sa fille 🙂

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