S’il y a bien une chose contre laquelle nous ne pouvons pas lutter en voyage, c’est la météo. Bon, on peut deviner que si en se rend en Norvège en février on aura probablement de la neige, de même que les périodes de mousson sont assez prévisibles. Pour autant, on n’a pas toujours le choix. Alors on fait quoi ?
Eh bien on fait avec et, mieux, on en prend son parti. C’est peut-être même le temps pourri qui fera l’originalité de vos photos. Sur le moment, on ronchonne un peu. Je ne trouvais pas ça hyper drôle de ne pas voir les chutes du Niagara à cause du brouillard, ou de devoir annuler une visite à cause de la mousson en Inde. Pourtant, ça n’est pas la garantie de photos pourries, car la météo peut devenir un bon sujet.
Jouer avec la pluie
Première chose si vous essayez de photographier la pluie, protégez votre appareil. Mais ne le rangez pas pour autant, ça peut être très amusant, la pluie ! Le principal problème que vous allez rencontrer, c’est que la pluie ne se voit pas : ça crée un espèce de voile grisâtre qui floute et affadit l’image. Au mieux on voit les trainées, mais c’est rarement esthétique. Du coup, il va falloir se concentrer sur le visible, et là, beaucoup de choses sont possibles.
On peut aller chercher les détails en mettre en évidence les gouttes, jouer avec les flaques qui sont de véritables miroirs, s’intéresser aux inondations, ou compter sur un parapluie pour rendre compréhensible le fait qu’il pleuve.
Ci-dessus, vous avez deux exemples de la pluie à Washington et de la mousson en Inde.
Et pour une fois, j’ai envie de vous montrer un exemple vidéo, en restant sur la pluie dans la capitale américaine, puisque c’est bien un domaine où photo et vidéo se rapprochent.
Nous sommes donc aux Etats-Unis. Nous arrivons de Floride, où il faisait très beau, et on remet les manteaux pour de la pluie non stop. Comme je voulais axer ce voyage-là sur la vidéo, j’essaie de filmer quand même, et axe le tout sur le sale temps : alterner gros plans sur des gouttes (en variant les formes tant bien que mal) et plans larges, histoire de bien insister sur « il fait moche ». Les plans fades passent mieux si on a la grille de lecture « pluie ».
Ensuite, pour renforcer tout ça, il faut aussi jouer sur l’image même. Une balance des blancs froide, des tons bleus, pour l’ambiance générale, et, au passage, densifier les nuages, pour qu’ils paraissent plus menaçant.
Renforcer ce qui fait le caractère de l’image
Histoire d’illustrer l’importance du post-traitement, j’ai envie de vous montrer deux exemples, pris le même jour, au Mali. Il y a eu une vague de « froid » et un brouillard voilait tous les paysages sur la fin de notre voyage. Or, à l’inverse de la pluie, il est difficile d’aller faire un gros plan sur de la brume. Il faut donc prendre sa photo en essayant de penser à ce que ça pourra donner une fois développé.
Il y a pleins de manières différentes de traiter le brouillard. On peut par exemple le faire en noir et blanc, en ne laissant que quelques éléments ressortir par de forts contrastes, ou au contraire laisser tout se fondre dans la masse brumeuse. Ici, le brouillard n’est pas assez présent pour jouer avec ça. Alors j’ai décidé de le faire passer pour une brume matinale (le fait d’avoir le soleil dans le cadre joue beaucoup). Sur les deux exemples (ci-dessus et ci-dessous), vous avez l’image brute et la version retouchée. Les étapes sont sensiblement les mêmes : reprendre la balance des blancs (parce que vous shootez en raw, hein ?), éclairer les zones trop bouchées, contraster puis, sous Photoshop, renforcer le brouillard.
Il y a quelques semaines, je vous avais montré des « décompositions », et notamment une en Mayenne qui appliquait exactement le même principe : venir peindre sur l’image avec un calque de réglage, pour éclairer ce qu’on veut faire ressortir. Et, en l’occurrence, plutôt que d’essayer de rattraper le brouillard, renforçons-le !



13 commentaires
Cet article prêche une convaincue ! Je suis très partisante des photos quand il fait moche. Je vois beaucoup de gens ranger leurs appareils phot quand le ciel n’est pas bleu. Or un ciel nuageux, BIEN nuageux, c’est tellement beau en photo !
Au début j’étais aussi très « ciel bleu », mais je me suis rendu compte de mon erreur lorsque j’ai pris sans conviction une photo qui au final est une de mes meilleures ! (la bleue, avec un bonhomme sur la plage : http://photo-synthese.org/galeries/ciels-couchers-de-soleil/)
Les photos d’inde sont vraiment super. Ce blog est vraiment très agréable à lire, alors merci beaucoup !
La pluie c’est pas motivant ... j’ai beau me forcer à sortir quand il pleut je n’arrive pas encore à jouer avec la pluie ...
Sans doute parce qu’il ne pleut pas souvent ... par chez moi
En tant que Montpelliéraine, je n’aime pas la pluie, mais je reconnais que parfois, elle permet de bénéficier d’une luminosité tout à fait exceptionnelle.
Bon j’avoue, sauf lieux spécifiques, où la pluie a un vrai rôle mélancolique, je ne vois pas l’intérêt de faire des photos ou vidéos. Je n’aime tout simplement pas le rendu des couleurs.
M’enfin, il est vrai que parfois en voyage le mauvais temps s’installe, ne nous laissant pas le choix de faire avec niveau photos, sachant qu’il serait dommage de rentrer à la maison sans rien...
C’est plus un article de voyage mais un article sur comment photographier et avoir le meilleur rendu :D.
N’étant pas un expert en photo, je note tes conseils soigneusement !
Sinon abats la mousson et la pluie !
Emeline : c’est sûr qu’un ciel bien dense, voire juste après l’orage, peut offrir des contrastes très intéressants, et souvent de jolies lumières !
Pyrros : bon, honnêtement, à Paris, je ne vais pas sortir photographier la pluie (de toute façon, j’ai honte mais je ne fais quasiment jamais de photo ici) mais en vacances, je me dis que le temps est trop limité pour ne pas sortir par mauvais temps !
LadyMilonguera : sans compter que dans certains pays, elle est aussi la garante de paysages verts, de la présence d’animaux...
Estelle : faut faire avec ce qu’on a ^^
Tanned : euh... ben en fait c’est un peu le concept de ce blog 😉
La réaction que l’on peut avoir vis-à-vis du mauvais temps est vraiment propre à chacun... Le temps peut sacrément mettre en colère certains voyageurs, ce qui me surprend toujours un peu.
Je viens de visiter le nord du Vietnam et j’étais comme une gosse dans la brume très très épaisse des montagnes. Mais autour de moi, des voyageurs annulaient carrément plusieurs étapes en raison du temps qui les gênaient particulièrement. De mon côté, j’avais l’impression d’être dans un lieu fantasmagorique, avec des rizières qui surgissaient par intermittence, et des silhouettes qui apparaissaient dans le paysage, comme sorties d’un nuage.
Je crois qu’au contraire un grand soleil... m’ennuie 🙂
Mais les impératifs, les réglages photo sont bien sûr différents. Et il faut veiller à prendre un sac en plastique pour protéger le matériel en cas de pluie. Des habitudes à prendre je crois, mais pour ceux qui attendent avec impatience pendant des mois et des mois des vacances ensoleillées je peux admettre qu’un temps couvert soit décevant.
NowMadNow
Je ne parts pas souvent à l’étranger...j’habite un petit coin de montagne de toute beauté et le voyage se fait ici ou là au détour d’un sentier ou au travers des frondaisons...Le grand beau temps amène souvent une lumière très intense difficile à traiter, en revanche, les tempêtes, les brumes et les averses donnent une dimension fabuleuse aux sujets.
NowMadNow, Tata Béa : je crois que c’est là qu’on peut différencier le fait de faire des photos et le fait de voyager. Je veux dire qu’on apprécie rarement de passer ses vacances sous la pluie, on espère toujours un temps qui nous permettra de jolies balades. Pour autant, ce même temps n’est pas du tout intéressant photographiquement parlant... Ou le paradoxe de voyageur photographe ! ces lumières d’été, après l’orage, avec les nuages qui noirs, sont quand même vachement plus picturales que le soleil éclatant sur ciel bleu ! (faudrait pouvoir choisir...)
Allez, la semaine prochaine, je vous écris un article sur les différentes manières pour dramatiser un ciel !
Je suis bien contente, je cherchais exactement un article comme celui ci dans ton site à propos des temps dits « moches ». Je suis sur la côte Pacifique du Canada très très humide et on se réveille quasi tous les matins sous une épaisse couche de brume totalement fantasmagorique qui enveloppe la forêt. J’étais pas sûre du rendu de mes photos et finalement je suis assez contente, j’aime vraiment cette ambiance de brouillard, en post traitement on peut s’amuser (même si bon je suis pas en raw 😉 ).
Je crois que ton travail en poste-traitement sublime réellement l’image initiale.
Je n’arrive pas encore à avoir en tête l’image en devenir.
Probablement parce que je ne suis pas encore capable de la réaliser non plus :/
Certains endroits sont absolument magnifiques lors du mauvais temps ce qui leur ajoute un côté mystique ou sauvage. Je reviens d’un séjour en Irlande cet été et j’ai pris de très belles photos avec un ciel complètement bouché. Alors certes la lumière n’est pas optimum mais le rendu est vraiment sympa. Cela fait aussi partie du charme de l’Irlande après tout 🙂
Ah je le cherchais cet article ! C’est tellement plus facile d’avoir de belles photos par un grand ciel bleu ! Alors que trouver les bons réglages quand il fait gris, cela me paraît très compliqué...Du coup, on va emmener tous ces précieux conseils avec nous !!!