A la fin du dernier épisode, nous achevions notre étape à Vang Vieng. Après une légère hésitation, nous décidons de ne pas nous arrêter à Vientiane, la capitale du Laos. Rien à faire, elle ne nous attire pas, et nous préférons garder du temps pour d’autres endroits. Nous ne faisons donc qu’y passer, pour y prendre un bus de nuit en direction de Paksé, dans le sud du pays. Niveau bus, j’ai déjà testé pas mal de choses, des couchettes indiennes rigides de crasse aux 25h assise à côté d’une vieille dame en surpoids qui ne laissait de la place que pour une seule de mes fesses. Mais là, ce bus fut bien pire.
Imaginez les soutes déjà pleines de bagages quand on arrive, les choses improbables qui s’entassent sur le toit, doublant la hauteur du bus. Deux niveaux de couchettes, 1m60 de long, pas plus. Une allée pleine de bagages, de chaises. Et, au moment où l’on se dit que ça va être long, on découvre que notre couchette est en fait celle du bout, en bas : une maxi couchettes cinq places.
Le Belge se tasse tant bien que mal contre le « hublot » (qui est en fait un plexiglas sur tout la longueur de sa couchette), qu’il s’empresse d’ouvrir tant tout est étouffant. Je me colle contre lui, essayant de laisser de la place à ses grandes jambes. Un autre couple est déjà installé quand une américaine vient se glisser au milieu. C’est elle qui est la plus à plaindre, finalement, à devoir dormir entre deux personnes qu’elle ne connaît pas (naturellement, sans consultation, les femmes de chaque couple sont restées à ses côtés ; et les hommes contre leurs « hublots »...). Nous sommes serrés les uns contre les autres, il fait à la fois chaud et très froid à cause de la clim. Certains ronflent, d’autres écoutent de la musique. Et nous ne pouvons pas bouger, encore moins sortir de notre couchette, sans risque de réveiller tout le monde.
Je vous remets la carte, histoire que vous visualisiez à quel endroit va se dérouler le récit !
Comme un souvenir d’Inde, ce sont les tuk-tuk qui nous réveillent le lendemain matin, en tambourinant sur les vitres de notre bus dont le moteur tourne encore. Il est 6h, on n’est pas spécialement frais (un mec a perdu ses pompes et nous bloque l’accès de la sortie donc le Belge, claustro, gueule et sait se faire entendre...). On négocie un tuk-sidecar à 5000 kips et direction le centre. Oui, parce que les tuk-tuk, genre de taxis triporteurs, parfois appelés rickshaws, ne sont pas les mêmes partout. D’un pays à l’autre, ça peut changer du tout au tout ; et d’une région à l’autre, également.
On en a vu de tout style : des trucs colorés, voire bariolés, des trucs plus sobres... Et, en arrivant à Paksé, on découvre les tuk-sidecars !
Nous faisons le tour de la ville pour trouver un scooter à louer et partir directement dans les Bolovens, un plateau où l’agriculture est très développée, et où l’on trouve, en théorie, de belles chutes d’eau et des forêts primaires. En réalité, qui dit saison sèche, dit maigres cours d’eau.
Nous suivons la boucle indiquée par le Routard. On s’arrête en voyant un premier panneau « waterfalls », persuadés d’être à Tad Fane. On comprend rapidement que ça n’est pas le cas, mais il s’agit d’une jolie cascade et c’est gratuit, alors on fait le tour quand même. Un peu plus loin, on arrive à Tad Fane, justement, et on voit la différence : il y a du monde, et il faut payer. Bon, la cascade est grande, oui, mais il est parfaitement impossible de se balader autour ou d’y descendre. Il y a sans doute un moyen, le « resort » installé là propose des treks, mais nous n’avons trouvé qu’un tout petit chemin qui était vraiment trop pentu et glissant. Histoire de dire qu’on sera resté plus d’une demi-heure, on sirote des jus de fruits au bar...
Juste en face de Tad Fane, une autre cascade, payante également, est délaissée du public. On s’y aventure et la surprise est plutôt bonne. La cascade n’a, certes, rien d’impressionnant comparée aux 200m de sa voisine, mais on peut s’y baigner, apprécier le calme. Il y a même un petit radeau !
On remonte en selle en début d’après-midi. Un gros nuage noir plane au dessus de nos têtes quand nous arrivons à Paksong. Persuadés qu’il va tomber des cordes d’une minute à l’autre, nous décidons de prendre une chambre dans le seul hôtel que nous trouvons, même s’il fait peur. Il pourrait servir de décor à un film d’horreur type Shining. Il donne sur la route tout en étant en retrait sur une colline. Et surtout, il est vide. Il y a plusieurs bâtiments, mais aucun client. Au vu des menus et du style, nous pensons qu’il est destiné à des week-end d’entreprise, mais ça reste très bizarre d’être dans un endroit isolé ainsi. Surtout que nous échouons dans un bâtiment du fond, bien seuls, bien loin de tout. Pourtant, c’est la meilleure nuit de ces trois semaines : pas un bruit, même pas un coq ! Et des draps de bonne taille, fait rarissime au Laos, où ils aiment avoir les pieds à l’air (et je vous rappelle que je fais 1m60...).
Nous nous promenons un peu dans la ville. Le marché est poussiéreux, les rues sont désertes. Le seul restaurant est plutôt bon mais sommaire. On regrette un peu d’être restés… On fait un tour au marché, censé être intéressant, puis on rentre profiter d’une bonne nuit.
Nous partons tôt le lendemain, et nous allons faire beaucoup de route, un peu malgré nous. On se dit qu’on va aller jusqu’à Saravane quand même, et qu’on y mangera. En chemin, on s’arrête un peu dans un village, puis dans un autre. Je fais des photos avec les enfants (la version imprimée fait toujours son petit effet avec la Pogo) tandis que le Belge se repose. Si on est un peu déçu par les paysages, au moins les gens d’ici sont gentils (non qu’ailleurs ça ne soit pas le cas !).
Quand on entre dans Saravane, on hésite à faire directement demi-tour. On roule quelques minutes dans la ville, pour voir, quand même, et puis on laisse tomber. Il y a des travaux partout, c’est encore plus poussiéreux qu’ailleurs (et le gravier ne rend pas le pilotage pratique). C’est donc sans reposer nos fesses ni remplir nos ventres qu’on rejoint Tad Lo. Il n’est pas midi, et on a fait tout ce qui était prévu pour la journée. Le coin n’est pas folichon, la guesthouse ne nous emballe pas, on trempe un peu les pieds et on décide finalement de rentrer à Paksé, et puis voilà. On avait quand même pris une chambre dans leur « camp à touristes » qu’on a rapidement rendue ; la bicoque louée ne payait vraiment pas de mine, et la faune humaine locale présentait un certain attrait pour la fête et les longues nuits bruyantes... Plus tard, on aura appris qu’on a bien fait : des compagnons de fortune croisés ci-et-là durant le voyage faisaient à peu près le même tour que nous mais, eux, s’étaient arrêté au lieudit. Sans l’apprécier : bruit, insectes voraces dont d’effroyables puces de lit.

En chemin, nous nous arrêtons un peu par hasard aux chutes de Phasouam. De prime abord, on est plutôt séduits. Le cadre est magnifique, l’intégration d’un restaurant ne dénature pas tout. Puis, on découvre le « village éthique », planqué dans la forêt mais fléché. Et, ô quelle horreur. Des petites huttes abritent des enfants habillés en costumes traditionnels qui chantent et dansent quand les touristes donnent des pièces. C’est incroyablement malsain. Quelques groupes semblent heureux de distribuer leur argent contre des photos, mais nous fuyons, mal à l’aise et un peu écœurés.
Nous arrivons à Paksé à la tombée de la nuit, et on va vite comprendre que ce n’était pas une bonne idée : tous les hôtels sont pleins. On tourne en rond pendant deux heures pour avoir le choix entre partager une chambre de quatre pour 150 000 kips, n’être que nous deux mais sans fenêtre à 80 000, ou prendre un hôtel plus luxueux à 150 000 (4 étoiles (mais asiatiques, les étoiles, hein)). Je vous laisse deviner ce qu’on a choisi…









9 commentaires
Merci Aurélie pour cette étape sur le plateau des Bolovens. C’est toujours intéressant de revoir ces paysages à une autre période de l’année. Je m’apprête également à faire un billet dessus. Pakse a été notre première escale cet été avec au menu, une belle balade à moto pendant 4 jours. Un passage vraiment sympa. Je vais suivre avec attention les publications du vendredi. 🙂
Charly : en plus c’est le genre de région qui change radicalement selon les saisons. Nous avons croisé d’autres français qui, comme nous, ont été déçus, et n’ont pas compris l’engouement pour le coin. En fait, en saison sèche, il n’y a pas beaucoup de verdure et les cascades sont ridicules. Du coup, c’est beaucoup moins agréable et on y est restés moins longtemps que prévu (ce qui nous a permis de mieux profiter de la suite, positivons !)
Vraiment une belle région, j’avais adoré aussi la faire en scooter !
Excellent tes croquis, bravo !
Fabrice : merci ! Tu y avais été sur quel mois, toi ?
On en avait parlé : c’est fou comme nos expériences sont différentes, je suis passée peu ou prou par les mêmes endroits, et c’est pour moi un des meilleurs souvenirs... La saison est donc vraiment primordiale pour ce coin-là du Laos. Et cette bonne saison c’était en mai, en pleine saison des pluies (faut juste prévoir un bon poncho)!
et je crois que je suis aussi passée par l’hôtel « Shining » : on y avait croisé un couple en mission humanitaire là-bas et ça avait enlevé le côté flippant de la chose...
Oui, Curieuse Voyageuse, j’ai pensé à toi en écrivant l’article 🙂
Marrant que vous ayez atterris dans le même hôtel ! Il fait vraiment penser à un décor de film d’horreur non ?
Ben pas tant que ça : le papi de l’accueil était sympa quand même... Mais on venait de se faire une journée de moto de tarés et du coup, on était tellement soulagé de trouvé un endroit « potable » qu’on n’a même pas calculé je crois 🙂
Ah, nous l’accueil était plutôt fait par les chiens... :/ Mais bon, on a super bien dormi, c’est le principal, et ça fait quand même du bien !
Tad Champi est bien sympa 🙂