Nous partons dans quatre jours pour Miami, presque trois semaines pile après notre retour du Laos. C’est donc le moment parfait pour écrire le Carnet de Voyages, quand c’est un peu digéré mais pas trop oublié. Je ferai un vrai carnet de voyages un peu plus tard, et ce texte m’aidera à me rafraichir la mémoire !
Pour les photos, c’était ici, et pour le résumé, c’est donc dans la suite :
Vers le Nord de la Thaïlande
Nous quittons Paris le vendredi 14 Janvier, au soir. Une escale à Oman (moi non plus, je ne savais pas trop où c’était) et nous sommes déjà samedi soir quand on atterrit à Bangkok, décalage horaire oblige. Rentrer en Thaïlande est très simple : on fait la queue, on sourit au monsieur, on tend le passeport, on se laisse prendre en photo et il donne un coup de tampon. Et tout ça gratuitement. Je ne citerai pas de noms, mais y en a un ou deux qui pourraient en prendre de la graine...
Le lendemain matin, nous prendrons le premier vol pour Chiang Rai. On opte donc pour la facilité : trouver un hôtel près de l’aéroport. J’avais lu que certains proposaient des navettes, mais impossible de les trouver. On s’en passera aisément : des « offices de tourisme » (qui n’ont rien d’officiel) se chargent de tout, moyennant commission. On est ainsi pris en charge jusqu’au lendemain, les deux taxis compris. Nous voilà au SP Power Lodge, un hôtel sans charme où il nous faut insister pour obtenir un lit double (« vous ne voulez pas deux lits séparés, vous êtes sûrs ? »), mais qui offre eau chaude, télévision, wifi et petit déjeuner. On n’en demandait pas tant, mais c’est appréciable.
Je découvre les poignées de porte thaïlandaises, que nous retrouverons aussi au Laos : il faut enfoncer un bouton à l’intérieur pour fermer la porte, même de l’extérieur. Ce qui permet de faire des blagues très drôles, comme pousser le bouton de la porte de la salle de bain pour que la prochaine personne qui ferme la porte, la bloque. Ou comment, ayant fermé les toilettes pour la nuit, je n’ai pas su les ouvrir, quand je me suis levée pour faire pipi à 3h mu mat ». J’ai dû aller déranger l’un des employés, qui jouait avec une voiture téléguidée, pour qu’il m’ouvre. Ils semblent avoir l’habitude, il avait tout un attirail pour ce genre de situation... mais aucune clef.
Dimanche matin, nous embarquons avec Air Asia, la version asiatique de Ryanair : faut être ni gros ni grand, et heureusement que le vol était court. Chiang Rai est tout au nord de la Thaïlande, et c’est de là que nous allons pouvoir le plus facilement rejoindre le Laos. Et quand je dis facilement, je n’exagère rien : tout est extrêmement fluide et s’enchaîne parfaitement.
Rejoindre Luang Namtha
Dans l’aéroport de Chiang Rai, on trouve un comptoir pour taxis prépayés, ça évite les surprises. Nous payons 200 baths pour aller jusqu’à la gare routière, pile pour le départ du bus pour Chiang Khong (130 baths). Il ne nous dépose pas tout à fait là où on le voudrait, et les tuk-tuk le savent bien : ils attendent les touristes pour les emmener à la frontière. Enfin, quand je dis frontière... C’est un vrai moulin percé, à tel point qu’il nous faut chercher le poste frontière pour le trouver, bien planqué. Un coup de tampon et nous voilà hors de Thaïlande, traversant le Mékong sur une petite pirogue pour rejoindre le Laos. Là, c’est exactement pareil, c’est à nous de chercher le poste frontière. On remplit des formulaires, on donne les passeports et surtout, on paye. 30$ pour moi, 35$ pour le Belge, plus 1$ chacun parce qu’on est dimanche (au retour on payera aussi parce qu’il sera plus de 16h...). On paye en dollars. De sombres calculs d’équivalences de monnaies, entre l’euro, le dollar et le kip laotien rendent celui-ci plus intéressant pour nous.
Un tuk-tuk plus tard nous voilà à la gare routière, tout contents d’être à l’heure pour le dernier bus de la journée en direction de Luang Namtha (il n’y en a que deux, un à 9h, l’autre à 12h30, ça nous coûte 55 000 kips chacun). Le bus, remplis de locaux, de gros cartons, d’enfants et de poules, met 4h30 à arriver à destination. Mais on perd une heure bêtement : au terminus, nous pensons naïvement être à Luang Namtha, puisque c’est la ville pour laquelle nous avions acheté un billet. Mais sur notre plan, on ne comprend pas très bien où on doit aller. On commence à marcher. On se fait indiquer une direction. On continue de marcher sans comprendre. Dans le Guide du Routard, la gare est à quelques centaines de mètres seulement du centre ville. On passe alors à côté d’une borne : Luang Namtha, 8km. Il y a en fait deux gares, mais le guide ne précise pas que celle qui est sur le plan ne correspond pas à tous les bus. On marche jusqu’à la tombée de la nuit, puis on se résout à prendre le premier tuk-tuk qui passe, parce qu’il y a des chiens partout...
Luang Namtha
Nous prenons une chambre au Darasavat (60 000/nuit). Il s’agit de petits bungalows en bois, très mignons, donnant sur un étang et la campagne. Seul défaut, c’est ni isolé ni chauffé, et à cette saison, les nuits sont fraîches. Et je ne parle pas de l’eau froide qui ne motivait pas franchement à prendre une douche.
La première journée, nous passons à l’Office de Tourisme pour réserver un trek (moins cher que dans les agences privées) et récupérer un « plan » de la région. Celui-ci indique les chemins à prendre pour un grand tour de vélo autour de la ville. Pour 10 000 kips, je loue pour la journée un petit vélo sans vitesse pendant que son altesse le Belge ne peut asseoir son popotin que sur un VTT à 15 000. Nous ferons une trentaine de kilomètres. Le trajet ne présente pas de grandes difficultés mais fait mal aux bras : les chemins caillouteux, ça ne pardonne pas. On commence par aller à la cascade de Nam Dee, un peu ridicule mais rafraîchissante. On n’y reste pas longtemps cependant, un magnifique serpent traverse le sentier juste devant nous. Ce sera d’ailleurs la journée des serpents, puisqu’on en recroisera un mort et un vivant (puis plus du tout jusqu’au tout dernier jour).
La première moitié du parcours est très sympa. On traverse des rizières sur de minuscules sentiers, qui disparaissaient parfois, nous laissant traverser les hautes herbes en chantant, pour éloigner les bestioles sympathiques qu’on trouve dans ces contrées. La deuxième moitié est moins agréable, on passe sur des routes plus larges, pleines de cailloux, de trous, et de poussière (une route au Laos est rarement goudronnée). Du coup, on rentre assez tôt à Luang Namtha.
La ville est construite de façon très simple : il y a une rue principale, où se trouvent les guesthouses, les restaurants, les agences, et puis il y a les rues parallèles, où on ne croise plus un seul blanc et où la nourriture est bien moins chère. On mange vietnamien en regardant un entrainement de foot-volley, un sport très impressionnant.
Le soir, par contre, le meilleur endroit pour manger se trouve au cœur du « quartier touristique » : le marché de nuit. Quelques tables, quelques étals, et on choisit tous les trucs bizarres qu’on veut ! On essaye des brochettes, des choux, des pièces de poulet, etc. Et une vingtaine de chiens attend, patiemment, avec de grands yeux, qu’on leur donne les restes, où qu’on tourne les yeux.
Le lendemain matin, on part pour nos deux jours de « trek ». Je ne pense pas qu’on puisse appeler trek une expédition d’une si courte durée. Néanmoins, j’ai été très surprise par sa difficulté : des putain de dénivelés ! Sur la première partie, on fait des pauses constamment tellement ça monte. Et pour nous faciliter la tâche, même si on s’en doutait, le chemin n’est pas des plus praticables. Enjamber des racines, ne pas regarder en bas, faire attention à sa tête, traverser sur des bouts de bambous, voire carrément remonter par le lit d’un ruisseau. Nous marcherons cinq heures le premier jour, et sept le second, pour rentrer par un chemin différent. Mais au final, les descentes sont plus douloureuses que les montées : bonjour les genoux.
En rentrant à Luang Namtha, nous prenons une chambre au Ulanan. Pour 10.000 kips de moins que notre précédente guesthouse, nous perdons le charme, les moustiques et les araignées, mais gagnons une télé avec une chaîne anglaise, et de la presque eau chaude. Par contre, là encore, il nous faut insister pour avoir un grand lit double. Je commence à comprendre que la coupe ultra courte faite avant le départ les perturbe. Je me dis que d’autres indices devraient les mettre sur la voie, genre mes seins, mais ce sera pareil tout au long du voyage. Pire, ce soir là nous mangeons au marché de nuit et trois quinquagénaires solitaires se joignent à nous. Deux japonais et un sud-coréen. Le Belge s’amuse à montrer ce qu’il sait dire dans les deux langues (les mangas et le taekwondo, ça aide). Nous parlons des pays que nous avons aimé. Le coréen est impressionnant, c’est son deuxième voyage à vélo de chez lui au Laos, et il est déjà allé dans beaucoup d’autres endroits, toujours à vélo. Au fil de la discussion et de la bière (la première du Japonais n°2 !), le sud-coréen (oui, vous m’excuserez, j’ai eu un peu de mal à retenir leurs noms) se détend et commence à m’expliquer que, de loin, avant de venir s’incruster, il pensait que j’étais le petit frère du Belge. Il me demande pardon, tout en rigolant, et je fais mine de ne pas me vexer, mais ça explique pourquoi on nous propose toujours deux lits...
Luang Prabang
Jeudi matin, nous partons pour Luang Prabang. Ça ne semble pas loin, sur une carte, mais il faut la journée pour y aller. Le bus (80.000 chacun) avance lentement, s’arrête souvent pour charger des tonnes de marchandises, puis les décharger. Les paysages sont magnifiques, on ne s’ennuie pas. Mais 70 km avant d’arriver, le chauffeur casse sa boîte de vitesse dans une montée sinueuse. Impossible de repartir. Tout le monde doit sortir du bus. Comme nous sommes dans une côte et que le bus ne tient que par une cale en bois et quelques pierres, on ne se fait pas prier. Nous restons sur le bas côté, à rigoler avec les autres passagers. C’est à cet instant qu’on mesure les différences culturelles : personne ne râle ! Seconde différence, une demi-heure plus tard, un autre bus est là pour nous emmener à destination. Les dirigeants de la SNCF devraient faire un stage ici !
Le nouveau bus est bien mieux que le précédent. Tout neuf, climatisé, grand, rapide. Mais le chauffeur décide de mettre une vidéo très mal filmée d’une chanteuse à la voix très aiguë avec le son à fond. Malgré les boules Quiès (l’accessoire indispensable pour moi, il n’y a qu’une nuit où je m’en suis passée...), c’est avec de gros maux de crâne que nous arrivons à Luang Prabang. Comme quoi, on était bien mieux dans notre vieux bus.
Le Belge négocie le tuk-tuk pour 6 personnes et nous nous enfilons dedans, direction le quartier des guesthouses. Leur nombre est assez dingue dans la rue, il n’y a que ça. Pourtant, il nous faudra en faire plusieurs pour en trouver une qui n’affiche pas complet et nous convienne (une fenêtre et un prix correct). Nous voilà chez Somjith (100.000 pour un balcon mais la salle de bain commune). Point positif : c’est un peu à l’écart du brouhaha de la rue principale. Point négatif : il faut enlever ses chaussures. Ça peut paraître con, mais c’est super chiant avec des chaussures de randonnée (a contrario des locaux et des touristes envahisseurs-imitateurs qui sont en claquettes). Au Laos, ils ne savent pas faire les salles de bain. Dans la même pièce, ils mettent une pomme de douche, un lavabo et les toilettes. Forcément, le sol est mouillé en permanence. Ah, et autre point commun à pratiquement tous les hôtels : les draps. Oui, ils ont tous des draps, forcément (quoique) ; mais surtout, des draps trop petits. Et je ne parle pas de 10cm, non ; quand je rentre mon 1m60 dans un lit fait au Laos, j’ai le choix entre couvrir mon buste ou couvrir mes pieds. Formidable. Et imaginez le Belge avec son mètre 82...
Nous passons la première journée à tourner dans la ville, plutôt agréable même si l’omniprésence des touristes est assez hallucinante. Je croyais le Laos relativement peu touristique, mais nous nous concentrons tous dans les mêmes endroits... On commence par une déconvenue. Alors que nous cherchons un bateau pour les grottes de Pak Ou, un homme nous dit qu’il cherche d’autres gens pour partir avec des clients qu’il a déjà. On s’accorde sur le prix, et il nous dit de revenir à midi. On se promène donc le long du Mékong, on visite un temple, puis on revient. L’autre couple censé venir n’est pas là. On attend. Toujours rien. Un peu paniqué, l’homme revient nous voir et nous dit qu’il va trouver d’autres personnes, si on attend un peu. Il aurait un copain qui... Bref, on attend. Il trouve. On attend. Et personne ne vient. Ca fait plus d’une heure qu’on fixe le Mékong quand notre homme revient, un baril d’essence à la main, en nous disant qu’on peut y aller, on sera seuls mais ça ne sera pas beaucoup plus cher. On lui explique qu’on s’était mis d’accord sur un prix au départ, que ça n’est pas notre problème si les autres l’ont planté. Le ton monte un peu et on finit par s’en aller, question de principe. C’est un peu enervés et dégoûtés d’avoir perdu ainsi une demi-journée qu’on se met en quête d’un restaurant où nous détendre. La rive du Mékong regorge de terrasses. On en choisit une qui ne paie pas de mine mais où les prix nous semblent normaux : Mékhong Kongveha. Et on fait bien, c’est tellement bon qu’on y retournera deux jours plus tard. De nos trois semaines, c’est le meilleur resto qu’on ait fait. Et avec ça, le service était impeccable, la famille très gentille. Bref, bonne adresse. Le menu est assez amusant dans ses approximations anglaises, mais reste compréhensible.
L’après midi, nous tentons d’aller voir de l’autre côté d’un des ponts de bambous. Il y en a deux, ils sont tous les deux payants, et ça ne vaut pas franchement la peine. Le premier donne accès à une « plage » avec un bar et un peu de sable. C’est « sympa » mais au bout de dix minutes on s’ennuie. Le second donne accès à... bah on n’a pas compris, en fait. On finit l’après-midi en gravissant le Mont Phousi (20 000 kips/personne), comme la plupart des touristes du coin ! De là-haut, on a une vue panoramique sur toute la ville.
Notre deuxième jour sera bien plus intéressant. Nous louons un scooter (190 000 pour un 115cc automatique sans le plein, c’est assez cher) et partons en direction de Kuang Si. A une trentaine de kilomètres de Luang Prabang, on découvre des ours, et surtout, un lieu paradisiaque, mêlant piscines naturelles et cascades, le tout dans la forêt, avec de petits sentiers, de petits ponts et une eau turquoise vraiment limpide. Tout en haut, une cascade encore plus haute, avec un panneau « to the top ». Forcément, on monte. Et on le regrette : c’est de la véritable escalade pour ne rien voir, la vue étant bouchée par les arbres !
En redescendant, le Belge s’arrête pour nager dans la plus basse piscine, histoire de tester l’eau, quand même. Et apparemment, c’était agréable !
L’après-midi, nous roulons vers le Nord, sans rien trouver de passionnant. Au final, on regrettera de ne pas être restés dans l’eau.
Pour notre troisième et dernier jour, on réessaie d’aller aux grottes de Pak Ou. Nous payons 80 000 kips chacun à une agence, sur le bord du Mékong. Ils nous emmènent à l’embarcadère où une petite cinquantaine de touristes est divisée en groupes de cinq ou six. Les bateaux partent alors à la queue leu leu. Il nous faudra plus d’une heure pour rejoindre la grotte, et découvrir que l’entrée n’était pas incluse (20 000 kips), et que ladite entrée ne comprend pas le prix des toilettes (« donation »). En chemin, on s’arrête dans un village. Dans Le Routard, ça avait l’air sympa. En vrai, c’est juste horrible. Les touristes errent, tels des zombies, dans les rues d’un village transformé en Disneyland. Il n’y a pas une seule maison qui ne soit pas une boutique, on est sollicité de tous les côtés, même par des enfants. Les magasins vendent les classiques, tissus, bijoux et bestioles dans de l’alcool de riz. Nos compagnons de bateau étant aussi passionnés que nous, on ne tarde pas à repartir. Les grottes seront également assez décevantes. Bah, ce sont des trous avec des Bouddhas partout...
Vang Vieng
Nous sommes déjà lundi quand nous partons pour Vang Vieng. C’est une ville dans laquelle nous avions beaucoup hésité à aller. Les paysages me tentaient, l’ambiance beaucoup moins. Sur notre dernier itinéraire, elle ne figurait plus. Mais finalement, comme nous avions pris de l’avance, et décidé de ne pas nous arrêter à Vientiane, nous voilà à attendre notre mini-van pour Vang Vieng (110 000 kips/personne dans une agence prise au hasard).
En fait de mini-van, c’est d’abord un tuk-tuk qui vient nous chercher à l’hôtel. Le départ est prévu pour 9h, il est 8h55, on ne s’inquiète pas trop. Il nous dépose à la gare où nous nous enfournons dans le mini-van. On découvre l’inconfort du truc : 4 rangées de trois personnes, et pas de fenêtre au fond (où nous sommes évidemment). Autant dire que nous respirons difficilement. Problème : il reste une place de libre à côté de nous. Notre chauffeur regarde donc un match de foot en attendant que quelqu’un s’y installe. Un mini-van ne part que plein. On poireaute ainsi 45 minutes. Puis une américaine arrive et nous sauve. Enfin, pour dix mètres. Nous attendons encore dix minutes pour que le chauffeur aille déposer des papiers, puis fasse le plein. Vous imaginez les « aaah » de soulagement quand il démarre », suivis des « oooh » de déception quand il s’arrête cent mètres plus loin. Car oui, autre chose amusante au Laos : le bus ou mini-van ne sera jamais prêt avant de partir. Le plein se fait avec les passagers, les courses aussi. Mieux, sur un autre trajet, le chauffeur passera chez le garagiste... pour changer un pneu. Il faut prendre ça avec le sourire, et comprendre qu’eux, ils sont toujours détendus, jamais pressés. Sur un menu, nous lirons que les initiales P.D.R. de LAO P.D.R. ne signifient pas People’s Democratic Republic, mais « please don’t rush »...
Lorsque nous partons enfin, on le regrette presque, tant notre chauffeur a l’air décidé à rattraper son retard. Il roule vraiment vite, et vraiment n’importe comment, sur des routes de montagne que, certes, il a l’air de connaître, mais qui sont des lacets assez flippants en bord de précipice. Nous sommes ballotés de tous les côtés, et c’est avec un petit mal de voiture qu’on apprécie le premier arrêt : la pause pipi. Il s’agit d’une attraction assez amusante que j’aurais vraiment dû prendre en photo : quatre bâtiments se disputent les touristes à l’endroit où tous les mini-vans semblent s’arrêter. On a ainsi l’embarras du choix quant à l’endroit qui recevra notre pipi, mais, sans les avoir testés, j’imagine qu’ils sont équivalents. Ils affichent tous le même prix, 2000 kips. En euros, c’est un prix bas, mais c’est deux fois plus cher que dans une gare routière, et il s’agit juste d’un trou et d’une porte... Ça semble rapporter, en tout cas. Mais on préfère se faufiler derrière des stères de rondins de bois à une centaine de mètres ; pour la gratuité et le paysage.
Nous arrivons 5h plus tard à Vang Vieng. On pourrait commencer à avoir l’habitude, mais non, on essaie d’abord de marcher avant de comprendre que la gare est bien loin du centre et ne correspond à rien de ce que dit notre guide. Nous prenons une chambre au Nana Guesthouse. Comme je me suis habituée à passer pour un garçon, je peux affirmer que la propriétaire est homophobe, vu les gestes qu’elle a fait au Belge. Ce qui est amusant, c’est que Vang Vieng n’est pas au Laos, c’est une colonie américaine, et les mœurs ne doivent pourtant pas toujours y être très élevées...
Expliquer ce qu’est Vang Vieng est un peu compliqué. Il faut voir la rue principale, bordée de bars/restaurants/guesthouses qui se ressemblent tous : des matelas et des coussins dans lesquels on se vautre pour regarder des séries américaines (Friends et les Griffin, généralement) ; ce sont des bars lounge, me crie le Belge : « tu bois, et tu t’allounges... ». Les cartes proposent des plats occidentaux, et les clients sont massivement américains. Quelques australiens et anglais, également, mais plus le moindre couple de retraités français. Ici, on vient faire la fête et l’activité principale est le tubing. Les enfants laotiens en font également, et on peut s’y essayer dans nombre de villes, mais Vang Vieng en est la capitale. Qu’est-ce que le tubing ? Ça consiste à se laisser flotter sur une chambre à air de camion, une grosse bouée de récup », quoi. A Vang Vieng, ils ont rajouté de l’alcool. Un taxi vous dépose en amont de la ville, avec votre bouée, et vous passez l’après-midi à vous laisser flotter, sous le cagnard, en vous accrochant aux cordes suspendues sur le chemin, pour faire le plein aux bars qui bordent la rivière.
Pour résumer, c’est une ville très particulière. Pourtant, s’y arrêter vaut le coup : les paysages sont magnifiques. Après, il faudra résister à la tentation de la nourriture « comme à la maison », quand ça fait une semaine qu’on est au régime nouilles – riz – nouilles. Prendre un hôtel excentré aide...
A l’inverse des groupe d’américains qui louent un scooter par personne (sans visiblement savoir en faire) pour se déplacer en groupe, nous optons pour le vélo, direction toutes les grottes des alentours. On trouve les mêmes vélos sans vitesse que partout ailleurs, à 10 000 kips. J’en prends un tandis que le Belge opte à nouveau pour un VTT ; au double du prix. On a découvert, la veille, lors de notre petite balade à pied, qu’il y avait deux ponts pour traverser la rivière. Celui du sud sert pour les voitures mais ils font payer même les piétons. Celui du nord est fait avec trois planches mais gratuit et on peut y passer en vélo ou scooter en restant prudent. On a vu quelques laotiens profiter du faible niveau de l’eau pour passer directement, sans prendre les ponts...
Le long du chemin principal, des pancartes indiquent les grottes et autres lieux à visiter. Bien sûr, tout est payant. Si vous êtes chômeur au Laos, investissez dans une chaise, une table et un bloc papier : vous pourrez demander un droit de passage à tous les touristes. L’astuce, ça peut même être de prendre le même nom qu’un autre endroit connu, pour profiter de ceux qui se trompent. Ainsi, il y a deux « Blue Lagoon ». A droite, trois cabanes et de l’eau stagnante. A gauche, quelques bancs et un bout de rivière un peu plus claire. Pas de quoi appeler ça un lagon, certes, mais en fin de matinée des têtes blondes affluent pour y patauger ; et les locaux adorent reluquer les américaines en bikini, ce qui fait très glauque... La grotte qui va avec est intéressante et immense, même si très dangereuse : ça glisse méchamment. Comme nous sommes tombés tous les deux, nous n’avons pas poussé jusqu’au fond, et nous avons bien fait, car un autre touriste s’y trouvait en même temps que nous et s’est fait bien mal... Et je ne sais pas comment on peut espérer de l’aide, au fond d’une grotte !
Les premières grottes sur le chemin valent aussi la peine, bien qu’assez flippantes, mais il vous faudra payer le gamin qui joue les guides en plus du droit d’entrée... On en visite quatre, chacune avec ses spécificités ; couloir exigu, araignée de la taille d’une main.
Rejoindre Paksé
Mercredi, nous partons à 13h pour notre plus long trajet. Nous allons d’abord jusqu’à Vientiane, pour ensuite changer de bus, direction Paksé et le Sud. Comme nous achetons les billets ensemble, nous n’avons pas de question à nous poser, nous serons pris en charge de bout en bout. Il me semble qu’on a payé 190 000 kips chacun.
A Vientiane, en attendant, nous testons un restaurant français, les 10 Délices, tenu par une française. En France, j’aurais trouvé la cuisine à peine passable, mais ici, ça fait du bien, quand même. Et ça nous requinque (oooh, de vraies toilettes, et propres, et avec du papier !) pour l’horrible nuit qu’on s’apprête à passer. Nous sommes dans un bus couchettes. Quand on nous dépose à la gare, le coffre est déjà plein et des bagages s’entassent devant. Comme on ne sait pas ce qu’ils vont faire, on décide de garder le nôtre (on n’en a qu’un pour deux) avec nous. Pour lui, il y aura la place dans le petit rangement à nos pieds. Par contre, nos jambes auront plus de mal : la couchette doit faire 1m60 sur 50cm. On est donc recroquevillés... Pire, nous nous retrouvons au fond, et pour rentabiliser l’espace, il n’y a plus deux couchettes et une allée, mais une couchette à cinq. J’ai donc dormi entre une inconnue et mon Belge, ça limite les mouvements...
Les Bolovens
Comme un souvenir d’Inde, ce sont les tuk-tuk qui nous réveillent le lendemain matin, en tambourinant sur les vitres de notre bus à peine arrivé. Il est 6h, on n’est pas spécialement frais. On négocie un tuk-sidecar à 5000 kips et direction le centre. On hésite un peu à partir directement pour les Bolovens, mais le Belge se sent assez bien pour conduire. Il nous faut donc trouver un scooter, un petit-déjeuner, et un distributeur de billets. Pour ce dernier, on va galérer un peu, et je n’obtiendrai pas plus de 700 000 kips (c’est un million partout ailleurs) après en avoir fait plusieurs. J’imagine qu’il était à sec... Pour le petit déjeuner et le scooter, on va attendre que tout ouvre, peu à peu. On apprend qu’il est impossible de louer autre chose qu’un scooter manuel, ici. Le Belge devra se résoudre à faire remonter ses restes.
Nous suivons la boucle indiquée par le Routard, avec dans l’idée de passer la première nuit à Saravane et la seconde à Tad Lo. La route est plutôt bonne, avec du goudron et tout. On s’arrête en voyant un premier panneau « waterfall », persuadés d’être à Tad Fane. On comprend rapidement que ça n’est pas le cas, mais il s’agit d’une jolie cascade et c’est gratuit, alors on fait le tour quand même. Un peu plus loin, on arrive à Tad Fane, justement, et on voit la différence : il y a du monde, et il faut payer. Bon, la cascade est grande, oui, mais c’est impossible de se balader vraiment autour ou d’y descendre. Il y a sans doute un moyen, le « resort » installé là propose des treks, mais nous n’avons trouvé qu’un tout petit chemin qui était vraiment trop pentu et glissant. Histoire de dire qu’on sera resté plus d’une demi-heure, on sirote des jus de fruits au bar... Pas de bière pour le Belge, il conduit !
Juste en face de Tad Fane, une autre cascade, payante également, est délaissée du public. On s’y aventure et la surprise est plutôt bonne. La cascade n’a, certes, rien d’impressionnant comparé aux 200m de sa voisine, mais on peut s’y baigner, apprécier le calme. On remonte en selle en début d’après-midi. Un gros nuage noir plane au dessus de nos têtes quand nous arrivons à Paksong. Persuadés qu’il va tomber des cordes d’une minute à l’autre, nous décidons de prendre une chambre dans le seul hôtel que nous trouvons, même s’il fait peur et même si la ville n’a aucun intérêt. Nous trouverons la guesthouse dont parlait le guide en ressortant : elle est bien planquée loin de la route principale. Mais c’est trop tard, on a pris l’hôtel, même s’il est flippant et cher, et même si finalement il ne tombera pas une seule goutte malgré le ciel noir.
L’hôtel se trouve derrière deux stuppas, sur une colline. Il pourrait servir de décor à un film d’horreur type Shining. Il donne sur la route tout en étant en retrait. Et surtout, il est vide. Il y a plusieurs bâtiments, mais aucun client. Au vu des menus et du style, nous pensons qu’il est destiné à des week-end d’entreprise (sans WiFi...), mais ça reste très bizarre d’être dans un endroit isolé ainsi. Surtout que nous échouons dans un bâtiment du fond, bien seuls, bien loin de tout. Pourtant, c’est la meilleure nuit de ces trois semaines : pas un bruit, même pas un coq ! Et des draps de bonne taille !
Nous nous promenons un peu dans la ville. Le marché est poussiéreux, les rues sont désertes. Le seul restaurant est plutôt bon mais sommaire. On regrette un peu d’être restés...
Nous partons tôt le lendemain, et nous allons faire beaucoup de route, un peu malgré nous. On se dit qu’on va aller jusqu’à Saravane quand même, et qu’on y mangera. Et chemin, on s’arrête un peu dans un village, puis dans un autre. Je fais des photos avec les enfants (la version imprimée fait toujours son petit effet) tandis que le Belge se repose. Si on est un peu déçu par les paysages, au moins les gens d’ici sont gentils (pas qu’ailleurs ça ne soit pas le cas !).
Quand on entre dans Saravane, on hésite a faire directement demi-tour. On roule quelques minutes dans la ville, pour voir, quand même, et puis on laisse tomber. Il y a des travaux partout, c’est encore plus poussiéreux qu’ailleurs. C’est donc sans reposer nos fesses ni remplir nos ventres qu’on rejoint Tad Lo. Il n’est pas midi, et on a fait tout ce qui était prévu pour la journée. Le coin n’est pas folichon, la guesthouse ne nous emballe pas, on décide de rentrer à Paksé, et puis voilà.
En chemin, nous nous arrêtons un peu par hasard aux chutes de Phasouam. Au premier abord, on est plutôt séduit. Le cadre est magnifique, l’intégration d’un restaurant ne dénature pas tout. Et puis on découvre le « village éthique », planqué dans la forêt mais fléché. Et mon Dieu quelle horreur. Des petites huttes abritent des enfants habillés en costumes traditionnels qui chantent et dansent quand les touristes donnent des pièces. C’est incroyablement malsain. Quelques groupes semblent heureux de distribuer leur argent contre des photos, mais nous fuyons, mal à l’aise et un peu écœurés.
Paksé
Nous arrivons à Paksé à la tombée de la nuit, et on va vite comprendre que ce n’était pas une bonne idée : tous les hôtels sont pleins. On tourne en rond pendant deux heures pour avoir le choix entre partager une chambre de quatre pour 150 000 kips, n’être que nous deux mais sans fenêtre à 80 000, ou prendre un hôtel plus luxueux à 135 000. Je vous laisse deviner ce qu’on a choisi... Le Belge a négocié pour avoir la chambre à 120 000 (dans un 4 étoiles) ; avec son WiFi.
Champassak
Nous ne restons qu’une nuit sur Paksé. Le lendemain matin, nous partons directement pour Champassak. Un peu au hasard, on prend un mini van (55 000 kips) dans une agence. On nous laisse sur la rive du Mékong, où une pirogue nous attend. Au lieu de nous déposer à l’autre embarcadère, il va vers une guesthouse. D’habitude, je n’aime pas ce genre de procédé, mais personne ne nous attend pour nous proposer quoi que ce soit, et c’est justement celle que nous avions repérée dans le guide : Anouxa. Le petit bungalow nous coûtera 70 000 kips, mais la cuisine n’est pas très variée et assez chère. Par contre, la vue sur le Mékong depuis les hamacs sera appréciée...
Nous avalons un petit déjeuner avant de louer deux vélos sans vitesses (10 000 kips) et sans selle réglable (ils n’avaient pas de clefs...) pour faire la dizaine de kilomètres qui nous sépare de l’attraction du coin : le Wat Phu, un site archéologique. La balade vaut le coup, mais on découvre en même temps les joies du Sud : ça cogne pas mal . Il faut vraiment y aller tôt.
Le lendemain, nous louons un scooter pour aller un peu plus loin. Pour 100 000 kips, la guesthouse nous prête un vieux 110cc manuel presque à sec et deux casques à visière bien pourris. On tire un peu la gueule, mais en fait il a de bons amortisseurs et mes fesses apprécient. Par contre, la pédale de frein se bloque constamment. En plus d’être dangereux, ça nous vide notre plein...
Nous partons donc par le Nord de la ville pour traverser le Mékong avec le bac (10 000 kips pour le scooter) et rejoindre la grande route. De là, nous filons vers le Sud, en suivant la direction d’Attapeu. La première partie de la route est bonne, nous rentrons rapidement dans le parc national (10 000 kips/personne) où se trouve notre première étape, Ban Khiet Ngon, un petit village connu pour son troupeau d’éléphants. Jusqu’à présent, nous n’avons croisé que deux pachydermes, sur un chemin pas loin de Luang Prabang, et j’en étais plutôt déçue. C’est tout de même censé être le pays du million d’éléphants ! Nous croisons donc les doigts pour en voir au village. On tourne un peu en rond quand, à la sortie, on finit par en voir un qui arrive. Le mahout sourit en nous voyant comme des gamins puis tourne dans un champs... qui s’avère être un marécage (vous savez, ces étendues que vous pensiez être de l’herbe alors qu’il y a un mètre d’eau en dessous). Nous restons là, ravis, à regarder l’éléphant se faire laver.
Juste à côté du village, se trouve Phou Asa, un sommet étrange où le sol est recouvert de roche volcanique. On se fait indiquer le chemin, pas tellement sûrs que ça soit accessible. Et en effet, on se retrouve à laisser le scooter en bas d’une côte, impossible à monter tant les gravillons nous font déraper. Nous continuons à pied jusqu’en haut, malgré le peu d’ombre et l’oubli impardonnable d’une bouteille d’eau. Nous croisons d’autres éléphants, mais ceux-ci sont là pour porter des touristes. La balade à dos de pachyderme est un classique pour venir jusqu’à Phou Asa. A dire vrai, nous croiserons d’autres éléphants promenant des gens, mais aucun touriste sans éléphant à part nous. L’un d’eux nous précisera d’ailleurs que ça n’est pas très confortable !
Nous retournons au village pour acheter de l’eau et rejoindre un autre village, mais on s’aperçoit rapidement que l’essence à filé. On décide de s’arrêter au premier vendeur, mais on va peiner à le trouver tant tout est vide. On est en plein milieu de l’après midi, au milieu de nulle part, avec un scooter qui n’a bientôt plus d’essence, et on s’imagine déjà devoir le pousser sur des kilomètres en plein soleil... On finit par réussir à trouver une « station » (une petit baraque où l’essence ressemble à de la grenadine et se trouve dans des bouteilles en plastique). Soulagés, on repart, lentement mais sûrement, vers Champassak...
4000 iles
Après une nouvelle nuit au calme, nous prenons un minibus pour notre dernière étape au Laos. Nous l’avons réservé à l’auberge, 60 000 kips, pour ne pas se prendre la tête à chercher. Nous arrivons rapidement à l’embarcadère. Tout le monde descend du bus, il faut prendre un bateau pour finir le trajet. Mais alors qu’on s’éloigne, le chauffeur nous rappelle : « boat ticket here ». Il s’est installé derrière un bureau. On revient vers lui et pour 30 000 kips nous prenons un billet pour Don Khône. On n’a pas perdu grand chose, mais on s’est fait avoir bêtement. On trouvait ça bizarre, pourtant, que le chauffeur vende les billets. Devant les bateaux, on voit le vrai comptoir, moins cher, et les vendeurs semblent profondément agacés par les pratiques de notre chauffeur... On essaie de ne pas y penser, c’est une somme ridicule, et on ne s’est pas encore réellement fait arnaquer depuis qu’on est au Laos.
La pirogue nous dépose au Nord de Don Khône. Nous marchons un peu avant de prendre un bungalow au Somphamit (60 000 kips). C’est plus que rudimentaire, mais on a une terrasse sur le Mékong, avec un hamac. Eau froide, draps douteux, et aucune isolation. Sans parler de la baraque qui tremble dès que quelqu’un bouge, même un voisin. Mal de mer... Et comme si ça ne suffisait pas, nos jambes sont dévorées par les puces de lit (les premières jusque-là, et les seules) et les propriétaires sont relativement pénibles : on ne peut pas passer devant eux sans qu’ils essaient de nous vendre quelque chose (vélo, bus...) et quand on s’en va, plus aucune politesse, plus aucun sourire.
On avale un déjeuner dans un des petits restaurants qui bordent la route principale, puis nous partons à pied vers les chutes de Li Phi. Arrivés à hauteur du pont, deux hommes dans une cahute nous interpellent : on doit payer pour passer sous le pont. On répond qu’on ne veut pas prendre le pont (il mène à l’île d’en face), juste continuer vers le sud. Ils nous répondent qu’il faut quand même payer pour quitter la zone touristique. Je regarde le Belge. Je sais qu’on pense la même chose : on fait demi-tour, on prend la première à droite, puis encore à droite, et on coupe à travers rizière pour rejoindre notre route, et nous voilà de l’autre côté du « poste-frontière », non mais oh.
La route est assez longue, et une fois encore, le soleil tape pas mal. Les bancs ombragés de la cascade seront appréciés... Pour 20 000 kips, nous accédons à une trentaine de boutiques de souvenirs, une plage où le sable est fin mais l’eau croupissante et à la vue sur le « gouffre du fantôme », où le courant est tel que tout objet flottant reste coincé sous la cascade, cadavres compris. Fort heureusement, c’était propre ce jour-là !
Le soir, nous dînons dans ce qui est censé être le meilleur restaurant, le Sana. Et on déchante (franchement, ce ne serait pas drôle d’écrire un carnet de voyage sans tout critiquer !). Le cadre est sympa, un peu chic. Nous faisons limite pouilleux avec nos pantalons sales et nos grosses chaussures. La terrasse donne sur le Mékong (en même temps, tout ou presque donne sur le Mékong, ici !) et pour ne pas attirer les moustiques, l’ambiance est à la lumière tamisée (très tamisée). Mais ça empêche aussi de voir ce qu’on mange. C’est à l’aide d’un téléphone portable qu’on va donc devoir virer la vingtaine de piments qui traîne dans nos assiettes respectives. La nourriture la plus épicée que nous ayons goûtée jusqu’ici. Le lendemain, j’ai repris le même plat « no spicy at all », et c’était mangeable, même si insipide. Bref, on lui aura laissé sa chance, mais c’est la preuve que ce n’est pas dans les restos à touristes qu’on trouve la meilleure nourriture... Malgré le prix.
Pour notre deuxième jour, nous décidons d’aller voir les dauphins. Il y a une petite colonie qu’on peut apercevoir au sud de l’île, à la frontière avec la Cambodge. Nous pédalons donc de bon matin pour être à 7h30 dans le village. La vue vaut la peine, mais après une heure à scruter l’horizon, aucun dauphin... Nous sommes bien trop loin. Il est 8h30 et nous hésitons à prendre un bateau pour s’approcher. Deux anglais acceptent de se joindre à nous pour diviser les 60 000 kips par quatre. La pirogue tangue tellement qu’il est peu probable qu’il soit vraiment raisonnable d’être autant (à 5) dedans, mais nous rejoignons un rocher sans nous renverser. Nous grimpons tour à tour pour rester là, à attendre. Et enfin, on en voit un, puis un autre, et youhou, un troisième aileron. Parce que oui, forcément, c’est pas un zoo, le dauphin ne vient pas manger dans nos mains ni sauter au dessus du bateau. Mais ça reste agréable d’être au calme, le matin, à espérer voir quelque chose. Pourtant, lorsqu’on repart, une heure plus tard, on est un peu frustrés. Il y avait un ou deux autres bateaux en même temps que nous qui, eux, se sont beaucoup plus approchés. Du coup, on tente d’aller à un autre endroit, fléché, une petite plage d’où partent d’autres bateaux. Comme les chances de voir les dauphins sont plus grandes le matin et le soir qu’en pleine journée, nous restons toute la journée sur place, dans un petit restaurant. On discute avec le patron, les autres clients. On ne fait rien et on se détend. Et on mange, aussi. Et on teste l’alcool de riz offert par le patron, le lau lao ; enfin, surtout le Belge, parce que c’est un peu trop fort pour mes lèvres délicates...
En fin de journée, nous partons enfin pour notre deuxième tour de bateau (60 000 kips par embarcation, comme le premier), et là, c’est une grosse déception : la balade sur le Mékong dure une vingtaine de minutes avant d’arriver au point de vue, c’est joli, mais c’est compris dans l’heure. Du coup, nous restons 15 minutes sur place (je ne compte pas la pause pipi du « chauffeur »...) à entrapercevoir des ailerons derrière d’autres bateaux...
Ubon Ratchatani
Pour 120 000 kips, nous achetons un billet qui nous amène des 4000 Îles jusqu’à Ubon Ratchatani, en Thaïlande. Je ne sais pas combien on aurait économisé en faisant autrement, mais c’est bigrement plus simple. On part à 11h et on se laisse porter jusqu’à destination. Le passage de la frontière est amusant, personne ne sachant vraiment que faire : un guichet donne un papier qu’on échange à un second guichet contre un autre papier pour revenir au premier guichet obtenir notre coup de tampon. Et dans tout ça, on perd 1$, parce qu’il est plus de 16h, et qu’il faut pas déconner, c’est des heures sup ». Avec un bus de touristes, ils se font plus que le salaire mensuel moyen au Laos...
A Ubon Ratchatani, les prix des tuk-tuks sont fixes (de la gare routière au centre, tout du moins) et on ne partage pas... Impossible de faire monter avec nous deux japonnais... Nous allons directement à l’Ubon Hôtel, un truc un peu délabré mais bien placé (450 baths pour une chambre double de base). Et pour manger, direction le marché de nuit. On découvre la gentillesse des thaïlandais. Alors que nous nous tenons devant une gargote avec nos brochettes à tout regarder, une jeune femme nous aborde pour proposer de l’aide : on lui explique que les brochettes sont froides et qu’on voudrait les passer au grill, et elle joue les traductrices. Et tout ça sans mauvaise intention derrière. On est sous le charme. La nourriture est délicieuse, les gens adorables.
On passe la journée du lendemain à découvrir la ville. On ne peut pas dire qu’il y ait grand chose à y faire... On fait le tour des temples, des parcs. On discute avec une institutrice qui prend des photos de tous les blancs qu’elle croise, puis avec un moine qui joue les guides. Heureusement, pour nous éviter la sieste, le défilé du nouvel An Chinois fait retentir ses tambours et ses pétards. On avait bien vu les lanternes rouges, mais sans faire le lien. Le défilé est minuscule, et nous sommes les seules spectateurs, mais on regarde, contents d’avoir une « animation ».
A la nuit tombée, la ville s’anime. Tout le monde sort du travail et rejoint le grand parc qui devient un endroit formidable. Dans la plus grande harmonie, des centaines de thaïlandais font leur sport quotidien : basket, tennis, badminton, foot, foot-volley et hand-volley (...), gym, footing, et même pétanque. Dans un coin, on trouve du matériel de musculation, dans un autre, des rameurs et des vélos d’appartement.
Bangkok
Vendredi matin, nous rejoignons la gare. 205 baths plus tard, nous voilà confortablement installé en troisième classe pour une journée complète de train, 12h, direction Bangkok. Nous avons fait le plein de cochonneries chimiques mais ce n’était pas nécessaire : toutes les cinq minutes, et ce toute la journée, des vendeurs ambulants passent en criant pour vendre nourriture et boissons (du thé dans un sac plastique, des viandes non identifiées dans du journal, etc... C’est un peu plus cher qu’en ville, normal.
Nous arrivons en retard à Bangkok. Il fait déjà nuit. On s’engouffre dans un taxi qui ne sait pas trouver notre hôtel et nous laisse « dans le quartier ». On parcourt Phahurat, le quartier indien, à la recherche de la « 238 Guesthouse ». Il est trop tard pour en changer quand nous découvrons que les « chambres bien équipées » du Lonely Planet sont toute pourries. 500 baths pour de l’eau froide, une chambre pas très feng shui et une vue sur de la tôle dégueulasse. On sort manger et en voulant se coucher, on réalise qu’il n’y a ni draps, ni serviette de toilette ni même papier toilette. Dans l’absolu, on a le nécessaire pour s’en passer, mais je vais quand même à la réception récupérer des draps douteux et dépareillés, ça nous évitera de salir nos sacs-à-viande. J’en profite pour demander le code du réseau WiFi, mais il s’avère qu’il est payant. J’ai envie de rire, mais tant pis.
La journée à Bangkok va être courte. Notre avion est le soir-même. Nous marchons dans le quartier chinois, prenons le métro pour le Stade Lumpinee que le Belge tenait absolument à voir. Il fait des emplettes dans les boutiques des alentours, puis nous nous dirigeons vers le Palais Royal. Palais dont on ne verra que l’extérieur, parce que la foule nous dissuade assez vite d’aller plus loin... On rentre au Wat Pho gratuitement sans trop savoir comment (en fait c’était une sortie...) puis on se met en quête de gongs... Recherche qui va durer très longtemps et nous mener jusqu’à une rue spécialisée dans les gros Bouddhas dorés et autres décos religieuses.
Et puis la journée s’achève. Un taxi rose nous dépose à l’aéroport, et nous avons maintenant hâte de revenir en Thaïlande pour en voir un peu plus...

6 commentaires
Je serai au Laos dans quelques mois, j’utiliserai certainement des adresses lues ici.
😉
Au moins ça aura servi à quelqu’un, alors !
J’ai hâte de lire ce que tu en penseras (mais je ne peux pas être tenue pour responsable si une « bonne adresse » est devenue mauvaise, hein ! Pas de remboursement ! )
Tout pareil : je pars au Laos d’ici quelques semaines, et je vais bien garder cette page sous le coude 🙂
Merci d’avoir pris le temps de partager tout cela ici...
Hé bien j’ai hâte de lire vos impressions sur vos blogs respectifs 😉
chouette récit et avec de l’humour en plus ! je reviendrai relire tout ca, le jour où on se sera enfin décider. Merci en tout cas pour tout tes ecrits.
Superbe site, supers conseils ! C’est exactement ce que j’attendais.