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Carnet d’un Japon hors des sentiers battus : automne et momijigari

Le Japon en automne, ce sont des couleurs incroy­ables. Il faut imag­in­er les érables rougeoy­ants à côté du jaune des gink­gos, et toutes les nuances d’orange répar­ties dans le reste de la flo­re. Les japon­ais célèbrent la sai­son, voy­a­gent pour aller voir les plus beaux érables. Ils ont un mot pour désign­er le change­ment de couleur des feuilles en automne (koyo), et un mot pour l’observation de ces couleurs (momi­ji­gari).

Je vous embar­que pour un voy­age à tra­vers un Japon loin des grands axes touris­tiques, pour décou­vrir la beauté de l’automne au pays du Soleil-Lev­ant.

Mon voy­age com­mence à Omiya, dans la ban­lieue de Tokyo.
Depuis le bus, je décou­vre la sky­line de la cap­i­tale japon­aise, au loin. Les lumières sont fasci­nantes. Ne pas avoir le temps d’y aller restera une grande frus­tra­tion pour moi. Mais j’ai une pre­mière quête à accom­plir ce soir-là, mes pre­miers achats du voy­age : trou­ver de la colle et du scotch. C’est incon­gru, mais j’ai cassé mes lunettes (hand­made in Japan, un comble) dans l’avion. Tel Mac­Gyver-san, j’ai bricolé un truc avec le film ali­men­taire de mon sand­wich, pour voir quelque chose, quand même, mais je ne peux pas rester ain­si très longtemps.

01_japon_001_omiya_arriveeJapon en Automne
Et c’est ain­si que je me suis retrou­vée dans une de ces nom­breuses bou­tiques qui vendent de tout à toute heure. Et, pre­mier choc cul­turel par rap­port à la France : celles-ci ne vendent pas que de l’alcool et des plats pré­parés ! La glue tien­dra jusqu’à l’avion du retour. Et je peux enfin revoir le monde nor­male­ment ! Je fête cela au restau­rant... Sauf que, même si je vois, je ne com­prends pas mieux le japon­ais. La serveuse ne par­le pas un mot d’anglais. Qu’importe, j’ai eu mon quo­ta de malchance avec mes lunettes, je me retrou­ve avec une appétis­sante assi­ette de sushis. Par­fois, le hasard marche bien !

Je sors vis­iter le quarti­er. Je m’extasie sur un porte-para­pluies, regarde les ados s’entraîner sur des choré­gra­phies de ce qui me sem­ble être de la J-pop, marche dans les rues, con­tin­u­ant de me fier au hasard.

02_japon_002_omiyaJapon en AutomneJapon en Automne
Omiya est une petite ban­lieue rel­a­tive­ment calme, mais déjà je peux con­firmer un de mes préjugés sur le Japon : je m’y sens en sécu­rité, même de nuit dans des ruelles som­bres ! Ce voy­age s’annonce bien, je peux m’endormir heureuse, regar­dant les lumières de la ville illu­min­er le pla­fond de ma cham­bre.

Le lende­main, je quitte la province de Saita­ma pour celle de Chichibu. Depuis le bus, je fixe le mont Fuji, majestueux.

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Je rejoins le Tsuki­noishi Momi­ji Park, à Naga­toro, l’un des nom­breux lieux où les japon­ais se pressent pour regarder les érables devenus rouges.C’est impres­sion­nant, et pas que pour les couleurs. Je suis cernée par des pho­tographes très sérieux, cha­cun regar­dant scrupuleuse­ment dans son viseur une com­po­si­tion mil­limétrée sur un trépied. J’ai rarement vu autant de touristes aus­si bien équipés et aus­si con­scien­cieux. Pas de doute, je suis bien au roy­aume de Canon et Nikon !

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Le long du parc coule une riv­ière, attrac­tion touris­tique locale totale­ment mécon­nue des touristes étrangers mais très appré­ciée ici. On peut la suiv­re à pied, pour béné­fici­er du paysage, ou s’offrir quelques fris­sons en la descen­dant en bateau. Au vu de la queue pour mon­ter dans une embar­ca­tion, ce raft­ing soft est un suc­cès cer­tain. Mais je suis venue ici pour les paysages, pas pour les sen­sa­tions fortes. Je rejoins donc le funic­u­laire qui me mène au mont Hodosan, pour un beau panora­ma de la région.

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Japon en Automne
Saviez-vous qu’il existe un mot japon­ais pour désign­er le ray­on de soleil qui fil­tre au tra­vers des feuilles d’arbres ? Komore­bi.
(mer­ci à la lec­trice qui m’a don­né l’info !)

La richesse du vocab­u­laire japon­ais traduit très bien ce que l’on ressent en vis­i­tant le Japon à ce moment si par­ti­c­uli­er de l’année : leur fas­ci­na­tion con­tagieuse pour la nature, leur facil­ité à con­tem­pler des choses sim­ples et à s’en émou­voir. Il y a beau­coup de poésie dans le Japon autom­nal.

[pul­lquote align=right] Restau­rant Yurin Club
704 Naga­toro, Chichibu-gun, Naga­toro-machi 369‑1305
[/pullquote]

Et cette poésie se retrou­ve jusque dans les assi­ettes. Dans un restau­rant au cadre par­fait, je décou­vre l’art du dres­sage japon­ais : mes plats sont décorés avec des détails rap­pelant la sai­son. Les plats les plus sim­ples se trans­for­ment ain­si en petites œuvres d’art.

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J’attendais avec impa­tiente de mon­ter dans un shinkansen (dans mes pre­miers voy­ages, il y a eu le transsi­bérien puis les USA en train dont le Cal­i­for­nia Zephyr ; tra­vers­er le Japon par voies fer­rées reste un petit rêve...), un de ces trains futur­istes qui cir­cu­lent sur les lignes japon­ais­es à très grande vitesse. Durant mon voy­age, je prendrai plusieurs fois le train, et serai à chaque fois impres­sion­née. Les gares sont pro­pres, sans fumeurs, les pas­sagers se respectent les uns les autres, lais­sant les gens descen­dre avant de mon­ter dans un calme olympi­en.

Le train fait par­tie des lieux où j’ai le plus con­staté cette rigueur japon­aise si décon­cer­tante que néces­saire. Ain­si, ici, on n’échange pas de place entre pas­sagers, on ne négo­cie pas pour être avec quelqu’un, on ne se met pas à la fenêtre si on a la place couloir, même si l’autre place est pour­tant vide. Bref, cha­cun garde la place indiquée sur son tick­et... et tout le monde joue le jeu.
Si cette rigueur m’a par­fois sem­blé absurde (c’est dans la nature française, de négoci­er des petits arrange­ments, non ?) je la com­prends et finale­ment, c’est elle qui est garante d’un tel bon déroule­ment, d’un calme absolu dans le train. Ici, il est recom­mandé de faire douce­ment lorsqu’on écrit sur le clavier de son ordi­na­teur, et per­son­ne ne met son lecteur mp3 à fond !

Par con­tre, j’ai négo­cié pour pou­voir garder deux de mes tick­ets de train, qu’on est cen­sé ren­dre en sor­tant de la gare ! Quand même !

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J’arrive à la gare d’Echigo Yuza­wa.
Avant d’aller me promen­er dehors, je fais un rapi­de tour à l’intérieur ; l’occasion de m’étonner de nou­velles curiosités. Je suis ain­si très amusée des petits dessins sur les éti­quettes d’une bou­tique, per­me­t­tant de savoir quel fruit ou légume se trou­vent dans le pot. Puis, il y a deux choses un peu dingues dans la gare : un musée du saké, et un spa au saké. Oui, un spa. Comme vous le voyez sur la pho­to, la dame est bien en train de vider une bouteille de saké dans l’eau. Et, tenez vous bien, les enfants ont une réduc­tion. Ça m’a beau­coup fait rire, mais ras­surez-vous, le saké est en fait très dilué dans l’eau du spa, au point qu’on ne le sent pas du tout. Par con­tre, il n’est pas dilué du tout au musée. Puisque plutôt que musée, il fau­dra surtout utilis­er le terme « dégus­ta­tion géante ».

Je me suis ain­si retrou­vée face à un mur cou­vert de dis­trib­u­teurs de saké, cha­cun dif­férent. Et autant de sels dif­férents. Un petit jeton dans la fente, on rem­plit son verre, un peu de sel sur la main, on lèche et hop, on avale. On est cen­sé trou­ver des assor­ti­ments, mais mon palais de néo­phyte n’a vu aucune dif­férence d’un saké à l’autre (juste « rraaaaah ça pique»).
Ah, et il n’y avait pas de femme nue au fond de mon verre. Lorsque j’ai demandé pourquoi, la dame du musée m’a regardé avec des yeux ronds. J’ai reposé la ques­tion plus tard, et n’ai trou­vé aucun japon­ais au courant de cette his­toire de scènes éro­tiques dans les ver­res de saké... J’en déduis que cette cou­tume est en fait une gigan­tesque manip­u­la­tion du gou­verne­ment japon­ais pour faire venir les clients des restau­rants japon­ais parisiens. Ou que mes inter­locu­teurs n’ont pas voulu cho­quer mes chastes oreilles.

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Echi­go Yuza­wa est un petit coin char­mant, per­du dans les mon­tagnes. Ici, les feuilles sont déjà bien tombées et il fait un petit peu plus froid mais je n’ai qu’une envie, explor­er cette nature mag­nifique.

Je me lève aux aurores. Un taxi m’attend dans la nuit. Je lui mon­tre un nom grif­fon­né sur un bout de papi­er : Daigen­ta Lake.
Un lieu repéré la veille au soir, en errant sur Google Earth.

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Japon en Automne

Le chauf­feur est adorable. Il me dépose, me mon­tre un chemin qui doit cor­re­spon­dre. Je com­mence à marcher dans la forêt. Le sen­tier fait le tour du lac. Je regarde l’heure, jette un œil au ciel. Il est un petit peu plus de 6h, les pre­miers rayons appa­rais­sent au dessus des mon­tagnes. Je savoure cet instant. Le silence est absolu, la quié­tude est totale. Je sens que je vais aimer le Japon.

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Mon matériel photo sur ce voyage

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Sac Nation­al Geo­graph­ic Africa
– Appareil reflex Canon 5d mark II
Objec­tif Canon 16–35 II – Objec­tif Canon 50 1.4 – Fil­tres dégradés LEE

A propos de l'auteur

Je suis photographe et j'ai la chance de voyager partout dans le monde. Sur ce blog, vous trouverez à la fois des récits de voyages (seule, avec Monsieur Oreille, ou Petite Oreille ma fille que j'essaie d'emmener partout depuis qu'elle est bébé !) et des conseils pour réussir vos propres photos de voyage.

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37 Commentaires

  1. Ton itinéraire me fait envie. J’aime beau­coup arpen­ter les lieux per­dus du Japon alors je note car je n’ai pas encore fait ceux-la. J’imagine qu’il va y avoir une suite à cet arti­cle, j’attends avec impa­tience !

  2. J’avais rêvé en voy­ant tes pho­tos sur Insta­gram et main­tenant je savoure les mots et les images. Un régal ce voy­age au Japon, un des pays d’Asie qui m’attire.

  3. Bel arti­cle, ça me rap­pel pleins de sou­venirs... J’avais aus­si été très impres­sion­né par la pro­preté des gares et la qual­ité des trains clas­sique et shinkansens en général par rap­port à chez nous (j’habite en Bel­gique). (J’ai fait Kyoto – Hiroshi­ma, Hiroshi­ma – Tokyo en shinkansen). As-tu eu le temps de voire le marché aux pois­sons de Tsuk­i­ji à Tokyo ? Il est vrai­ment extra­or­di­naire pour son ambiance et les plats de sushis, dans les restau­rants avoisi­nant, le sont tout autant. Les gens fai­saient la queue pour avoir une place dans les meilleurs restaus du marché. La prochaine fois, j’irai plus tard pour les couleurs flam­boy­antes de cette sai­son. 🙂

  4. Depuis que je suis allé au Japon il y a quelques moins, je ne rêve que d’y retourn­er. Et dès que j’en ai l’occasion, je par­ti­rais aus­si sur des sen­tiers moins touris­tiques.

    En tout cas, la mise en page est sym­pa, l’article intéres­sant et les pho­tos sub­limes. Bien joué !

  5. Un très bel arti­cle, un de tes meilleurs je pense. On a vrai­ment l’impression de t’accompagner pen­dant ce voy­age. De plus, ces couleurs autom­nales sont mag­nifiques, quelle beauté ! Bra­vo à toi 🙂
    PS : j’aime bien cette présen­ta­tion avec incrus­ta­tion de détails de tes voy­ages (pièces, feuilles etc), c’est orig­i­nal et ça apporte un plus ! Mais ça doit te pren­dre beau­coup de temps non ?

    1. Mer­ci 🙂
      Effec­tive­ment, ça me prend beau­coup de temps et je ne le fais du coup pas sur tous les arti­cles. Mais ici, avec ces prospec­tus « kawai » et tout ces détails, j’étais oblig­ée !

  6. waouh­h­hh... ce car­net de voy­age est juste mag­nifique, les pho­tos superbes et j’imagine que ta col­lec­tion de tick­ets, cartes, fly­er divers doit val­oir à elle seule le détour ! j’adore ! je rêve d’y aller, tes impres­sions me le con­fir­ment, je suis un peu à l’autre bout de ce monde-là pour le moment mais je suis ravie de m’y évad­er grâce à tes mots et tes pho­tos... mer­ci 😉

  7. Superbes ce réc­it et con­tent que le Japon t’ai plu. Je com­prends totale­ment ta frus­tra­tion de ne pas avoir eu le temps d’explorer cer­tains endroits, mais ce ne sera que par­tie remise au final 😀 Et puis tu ver­ras, il y a plein de choses à voir et à explor­er par ici, tout plein, tout plein et pour tous les goûts. On se crois­era peut-être sur les ter­res nip­pones un de ces qua­tre.

  8. Sub­lime ! Moi qui rêve un jour de me ren­dre au Japon (et en Bir­manie), cela me con­forte dans l’idée d’y aller en Automne et au Print­emps (pour les cerisiers).

    Car­net de voy­age qui donne envie de par­tir, j’adore !

    PS : le lien pour le sac nation­al geo­graph­ic n’est pas le bon 😉

  9. Dernier jour au Japon après 7 semaines passées à admir­er les momi­jis. Cette sai­son, encore peu con­nue hors des fron­tières nip­pones, est un émer­veille­ment pour les yeux et les objec­tifs. Mer­ci pour ce très beau reportage qui fait écho à notre voy­age.

  10. Je suis parie au Japon trop tôt pour prof­iter telle­ment du momi­ji, alors mer­ci pour tes mag­nifiques pho­tos qui nous en met­tent plein les yeux. J’adore les mon­tages que tu fais avec tous les élé­ments ramenés, bra­vo car c’est vrai­ment du boulot, mais ça rend trop bien !!

    Pour Tokyo, j’ai envie de te dire, ne soit pas trop déçue, c’est vrai que c’est une ville com­plète­ment folle, mais c’est beau­coup de béton, et hon­nête­ment, ce n’est pas très beau... (enfin de ce que j’en ai vu, mon con­joint qui a vécu en ban­lieue de Tokyo pen­dant 6 mois n’aime pas non plus cette ville) et puis peut être auras tu l’occasion d’y retourn­er un jour

  11. Très jolies ces couleurs, j’aime bien ton oeil de pho­tographe, notam­ment sur celle du mon­sieur qui passe la tête par la fenêtre du train ou sur la pho­to de ce vieux mon­sieur qui con­tem­ple les couleurs de l’Automne

  12. Je décou­vre ton blog très chou­ette, je ne con­nais le Japon qu’au print­emps, c’est donc avec grand plaisir que j’admire ces feuilles d’érable et de ginko aux couleurs autom­nales. Le mot « komore­bi», une amie japon­aise me l’avait appris et je trou­ve leur langue et leur rela­tion à la nature telle­ment belle.
    Je rejoins le com­men­taire ci-dessus de Jérémie, les femmes nues quand on a tout bu c’est pour le diges­tif chi­nois, très dif­férent du sake japon­ais. Ou peut être qu’après une dizaine de ver­res elle finit par appa­raitre 😉

  13. bon­jour,
    superbes pho­tos, à quelle peri­ode est-tu par­tie pour avoir ces belles couleurs ? je suis fan du japon et j’y suis allé pour la 4ème fois la 2ème moitié de novem­bre mais les couleurs n’étaient pas très mar­quées.
    Je viens de chang­er mon site et il n’y a pour l’instant pas grand chose à voir (et il manque notam­ment toutes mes pho­tos du japon, dont celles de novem­bre)

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