Le Japon en automne, ce sont des couleurs incroyables. Il faut imaginer les érables rougeoyants à côté du jaune des ginkgos, et toutes les nuances d’orange réparties dans le reste de la flore. Les japonais célèbrent la saison, voyagent pour aller voir les plus beaux érables. Ils ont un mot pour désigner le changement de couleur des feuilles en automne (koyo), et un mot pour l’observation de ces couleurs (momijigari).
Je vous embarque pour un voyage à travers un Japon loin des grands axes touristiques, pour découvrir la beauté de l’automne au pays du Soleil-Levant.
Mon voyage commence à Omiya, dans la banlieue de Tokyo.
Depuis le bus, je découvre la skyline de la capitale japonaise, au loin. Les lumières sont fascinantes. Ne pas avoir le temps d’y aller restera une grande frustration pour moi. Mais j’ai une première quête à accomplir ce soir-là, mes premiers achats du voyage : trouver de la colle et du scotch. C’est incongru, mais j’ai cassé mes lunettes (handmade in Japan, un comble) dans l’avion. Tel MacGyver-san, j’ai bricolé un truc avec le film alimentaire de mon sandwich, pour voir quelque chose, quand même, mais je ne peux pas rester ainsi très longtemps.

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Et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans une de ces nombreuses boutiques qui vendent de tout à toute heure. Et, premier choc culturel par rapport à la France : celles-ci ne vendent pas que de l’alcool et des plats préparés ! La glue tiendra jusqu’à l’avion du retour. Et je peux enfin revoir le monde normalement ! Je fête cela au restaurant... Sauf que, même si je vois, je ne comprends pas mieux le japonais. La serveuse ne parle pas un mot d’anglais. Qu’importe, j’ai eu mon quota de malchance avec mes lunettes, je me retrouve avec une appétissante assiette de sushis. Parfois, le hasard marche bien !
Je sors visiter le quartier. Je m’extasie sur un porte-parapluies, regarde les ados s’entraîner sur des chorégraphies de ce qui me semble être de la J‑pop, marche dans les rues, continuant de me fier au hasard.

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Omiya est une petite banlieue relativement calme, mais déjà je peux confirmer un de mes préjugés sur le Japon : je m’y sens en sécurité, même de nuit dans des ruelles sombres ! Ce voyage s’annonce bien, je peux m’endormir heureuse, regardant les lumières de la ville illuminer le plafond de ma chambre.
Le lendemain, je quitte la province de Saitama pour celle de Chichibu. Depuis le bus, je fixe le mont Fuji, majestueux.

Je rejoins le Tsukinoishi Momiji Park, à Nagatoro, l’un des nombreux lieux où les japonais se pressent pour regarder les érables devenus rouges.C’est impressionnant, et pas que pour les couleurs. Je suis cernée par des photographes très sérieux, chacun regardant scrupuleusement dans son viseur une composition millimétrée sur un trépied. J’ai rarement vu autant de touristes aussi bien équipés et aussi consciencieux. Pas de doute, je suis bien au royaume de Canon et Nikon !

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Le long du parc coule une rivière, attraction touristique locale totalement méconnue des touristes étrangers mais très appréciée ici. On peut la suivre à pied, pour bénéficier du paysage, ou s’offrir quelques frissons en la descendant en bateau. Au vu de la queue pour monter dans une embarcation, ce rafting soft est un succès certain. Mais je suis venue ici pour les paysages, pas pour les sensations fortes. Je rejoins donc le funiculaire qui me mène au mont Hodosan, pour un beau panorama de la région.

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Saviez-vous qu’il existe un mot japonais pour désigner le rayon de soleil qui filtre au travers des feuilles d’arbres ? Komorebi.
(merci à la lectrice qui m’a donné l’info !)
La richesse du vocabulaire japonais traduit très bien ce que l’on ressent en visitant le Japon à ce moment si particulier de l’année : leur fascination contagieuse pour la nature, leur facilité à contempler des choses simples et à s’en émouvoir. Il y a beaucoup de poésie dans le Japon automnal.
[pullquote align=right] Restaurant Yurin Club704 Nagatoro, Chichibu-gun, Nagatoro-machi 369‑1305
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Et cette poésie se retrouve jusque dans les assiettes. Dans un restaurant au cadre parfait, je découvre l’art du dressage japonais : mes plats sont décorés avec des détails rappelant la saison. Les plats les plus simples se transforment ainsi en petites œuvres d’art.
J’attendais avec impatiente de monter dans un shinkansen (dans mes premiers voyages, il y a eu le transsibérien puis les USA en train dont le California Zephyr ; traverser le Japon par voies ferrées reste un petit rêve...), un de ces trains futuristes qui circulent sur les lignes japonaises à très grande vitesse. Durant mon voyage, je prendrai plusieurs fois le train, et serai à chaque fois impressionnée. Les gares sont propres, sans fumeurs, les passagers se respectent les uns les autres, laissant les gens descendre avant de monter dans un calme olympien.
Le train fait partie des lieux où j’ai le plus constaté cette rigueur japonaise si déconcertante que nécessaire. Ainsi, ici, on n’échange pas de place entre passagers, on ne négocie pas pour être avec quelqu’un, on ne se met pas à la fenêtre si on a la place couloir, même si l’autre place est pourtant vide. Bref, chacun garde la place indiquée sur son ticket... et tout le monde joue le jeu.
Si cette rigueur m’a parfois semblé absurde (c’est dans la nature française, de négocier des petits arrangements, non ?) je la comprends et finalement, c’est elle qui est garante d’un tel bon déroulement, d’un calme absolu dans le train. Ici, il est recommandé de faire doucement lorsqu’on écrit sur le clavier de son ordinateur, et personne ne met son lecteur mp3 à fond !
Par contre, j’ai négocié pour pouvoir garder deux de mes tickets de train, qu’on est censé rendre en sortant de la gare ! Quand même !
J’arrive à la gare d’Echigo Yuzawa.
Avant d’aller me promener dehors, je fais un rapide tour à l’intérieur ; l’occasion de m’étonner de nouvelles curiosités. Je suis ainsi très amusée des petits dessins sur les étiquettes d’une boutique, permettant de savoir quel fruit ou légume se trouvent dans le pot. Puis, il y a deux choses un peu dingues dans la gare : un musée du saké, et un spa au saké. Oui, un spa. Comme vous le voyez sur la photo, la dame est bien en train de vider une bouteille de saké dans l’eau. Et, tenez vous bien, les enfants ont une réduction. Ça m’a beaucoup fait rire, mais rassurez-vous, le saké est en fait très dilué dans l’eau du spa, au point qu’on ne le sent pas du tout. Par contre, il n’est pas dilué du tout au musée. Puisque plutôt que musée, il faudra surtout utiliser le terme « dégustation géante ».
Je me suis ainsi retrouvée face à un mur couvert de distributeurs de saké, chacun différent. Et autant de sels différents. Un petit jeton dans la fente, on remplit son verre, un peu de sel sur la main, on lèche et hop, on avale. On est censé trouver des assortiments, mais mon palais de néophyte n’a vu aucune différence d’un saké à l’autre (juste « rraaaaah ça pique »).
Ah, et il n’y avait pas de femme nue au fond de mon verre. Lorsque j’ai demandé pourquoi, la dame du musée m’a regardé avec des yeux ronds. J’ai reposé la question plus tard, et n’ai trouvé aucun japonais au courant de cette histoire de scènes érotiques dans les verres de saké... J’en déduis que cette coutume est en fait une gigantesque manipulation du gouvernement japonais pour faire venir les clients des restaurants japonais parisiens. Ou que mes interlocuteurs n’ont pas voulu choquer mes chastes oreilles.

Echigo Yuzawa est un petit coin charmant, perdu dans les montagnes. Ici, les feuilles sont déjà bien tombées et il fait un petit peu plus froid mais je n’ai qu’une envie, explorer cette nature magnifique.
Je me lève aux aurores. Un taxi m’attend dans la nuit. Je lui montre un nom griffonné sur un bout de papier : Daigenta Lake.
Un lieu repéré la veille au soir, en errant sur Google Earth.
Le chauffeur est adorable. Il me dépose, me montre un chemin qui doit correspondre. Je commence à marcher dans la forêt. Le sentier fait le tour du lac. Je regarde l’heure, jette un œil au ciel. Il est un petit peu plus de 6h, les premiers rayons apparaissent au dessus des montagnes. Je savoure cet instant. Le silence est absolu, la quiétude est totale. Je sens que je vais aimer le Japon.
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Mon matériel photo sur ce voyage

Sac National Geographic Africa – Appareil reflex Canon 5d mark II
Objectif Canon 16 – 35 II – Objectif Canon 50 1.4 – Filtres dégradés LEE





39 commentaires
le japon <3 magnifique !
Merciiiiiiiiii de nous faire voyager à l’oeil !
c’est quand même mieux en vrai 😉
Oui je me doute... Mais on fait pas le même boulot !!
Ton itinéraire me fait envie. J’aime beaucoup arpenter les lieux perdus du Japon alors je note car je n’ai pas encore fait ceux-la. J’imagine qu’il va y avoir une suite à cet article, j’attends avec impatience !
Effectivement, il y aura une deuxième partie bientôt 😉
J’avais rêvé en voyant tes photos sur Instagram et maintenant je savoure les mots et les images. Un régal ce voyage au Japon, un des pays d’Asie qui m’attire.
Bel article, ça me rappel pleins de souvenirs... J’avais aussi été très impressionné par la propreté des gares et la qualité des trains classique et shinkansens en général par rapport à chez nous (j’habite en Belgique). (J’ai fait Kyoto – Hiroshima, Hiroshima – Tokyo en shinkansen). As-tu eu le temps de voire le marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo ? Il est vraiment extraordinaire pour son ambiance et les plats de sushis, dans les restaurants avoisinant, le sont tout autant. Les gens faisaient la queue pour avoir une place dans les meilleurs restaus du marché. La prochaine fois, j’irai plus tard pour les couleurs flamboyantes de cette saison. 🙂
Depuis que je suis allé au Japon il y a quelques moins, je ne rêve que d’y retourner. Et dès que j’en ai l’occasion, je partirais aussi sur des sentiers moins touristiques.
En tout cas, la mise en page est sympa, l’article intéressant et les photos sublimes. Bien joué !
Un très bel article, un de tes meilleurs je pense. On a vraiment l’impression de t’accompagner pendant ce voyage. De plus, ces couleurs automnales sont magnifiques, quelle beauté ! Bravo à toi 🙂
PS : j’aime bien cette présentation avec incrustation de détails de tes voyages (pièces, feuilles etc), c’est original et ça apporte un plus ! Mais ça doit te prendre beaucoup de temps non ?
Merci 🙂
Effectivement, ça me prend beaucoup de temps et je ne le fais du coup pas sur tous les articles. Mais ici, avec ces prospectus « kawai » et tout ces détails, j’étais obligée !
Bonjour, en effet ces très jolis, ces petits détails de voyage incrustés dans l’article. Vous les scannez pendant votre voyage directement ? si oui, avec quel matériel ?
Je les conserve précieusement pour les scanner au retour 😉
Les verres, c’est un truc de chinois ! Et leur saké est un alcool de riz distillé... Rien à voir avec la classe japonaise
Tu sais que j’ai cherché sur Google sans trouver aucune explication à ce sujet ?
http://www.chine-informations.com/forum/fille-nue-au-fond-du-verre-a-sake_35745.html
waouhhhh... ce carnet de voyage est juste magnifique, les photos superbes et j’imagine que ta collection de tickets, cartes, flyer divers doit valoir à elle seule le détour ! j’adore ! je rêve d’y aller, tes impressions me le confirment, je suis un peu à l’autre bout de ce monde-là pour le moment mais je suis ravie de m’y évader grâce à tes mots et tes photos... merci 😉
Ton carnet me donne envie d’y retourner ! Les couleurs d’automne sont magnifiques !
Super, ce carnet de voyage ! Les images changent des clichés sur le Japon, merci !
Superbes ce récit et content que le Japon t’ai plu. Je comprends totalement ta frustration de ne pas avoir eu le temps d’explorer certains endroits, mais ce ne sera que partie remise au final 😀 Et puis tu verras, il y a plein de choses à voir et à explorer par ici, tout plein, tout plein et pour tous les goûts. On se croisera peut-être sur les terres nippones un de ces quatre.
J’ai bien l’intention d’y retourner, et en famille cette fois-ci !
Magnifique carnet de voyage qui me fait encore plus rêver du Japon. Merci !
Le Japon, en Automne, le rêve, ces belles feuilles font rêver !
Tes photos sont superbes, comme toujours 🙂
Quel superbe article !
Tombe à point nommé ! Merci !
juste Waouhh !!
Quel magnifique pays!...Les photos sont superbes !
Sublime ! Moi qui rêve un jour de me rendre au Japon (et en Birmanie), cela me conforte dans l’idée d’y aller en Automne et au Printemps (pour les cerisiers).
Carnet de voyage qui donne envie de partir, j’adore !
PS : le lien pour le sac national geographic n’est pas le bon 😉
merci, je viens de le corriger 😉
Dernier jour au Japon après 7 semaines passées à admirer les momijis. Cette saison, encore peu connue hors des frontières nippones, est un émerveillement pour les yeux et les objectifs. Merci pour ce très beau reportage qui fait écho à notre voyage.
Je suis parie au Japon trop tôt pour profiter tellement du momiji, alors merci pour tes magnifiques photos qui nous en mettent plein les yeux. J’adore les montages que tu fais avec tous les éléments ramenés, bravo car c’est vraiment du boulot, mais ça rend trop bien !!
Pour Tokyo, j’ai envie de te dire, ne soit pas trop déçue, c’est vrai que c’est une ville complètement folle, mais c’est beaucoup de béton, et honnêtement, ce n’est pas très beau... (enfin de ce que j’en ai vu, mon conjoint qui a vécu en banlieue de Tokyo pendant 6 mois n’aime pas non plus cette ville) et puis peut être auras tu l’occasion d’y retourner un jour
Disons que c’est une habitude de grande curieuse : toujours avoir envie de voir ce qu’on a pas eu le temps de voir !
Très jolies ces couleurs, j’aime bien ton oeil de photographe, notamment sur celle du monsieur qui passe la tête par la fenêtre du train ou sur la photo de ce vieux monsieur qui contemple les couleurs de l’Automne
Merci 🙂
Magnifique!... Ça donne trop envie !
Comme toujours, ce carnet de voyage est magique tant dans le fond que la forme. Tu nous a montré une autre facette de ce si beau pays.
Je découvre ton blog très chouette, je ne connais le Japon qu’au printemps, c’est donc avec grand plaisir que j’admire ces feuilles d’érable et de ginko aux couleurs automnales. Le mot « komorebi », une amie japonaise me l’avait appris et je trouve leur langue et leur relation à la nature tellement belle.
Je rejoins le commentaire ci-dessus de Jérémie, les femmes nues quand on a tout bu c’est pour le digestif chinois, très différent du sake japonais. Ou peut être qu’après une dizaine de verres elle finit par apparaitre 😉
Salut,
Le Japon vu d’un autre angle ! Elles sont vraiment magnifiques ces photos, je suis conquis.
bonjour,
superbes photos, à quelle periode est-tu partie pour avoir ces belles couleurs ? je suis fan du japon et j’y suis allé pour la 4ème fois la 2ème moitié de novembre mais les couleurs n’étaient pas très marquées.
Je viens de changer mon site et il n’y a pour l’instant pas grand chose à voir (et il manque notamment toutes mes photos du japon, dont celles de novembre)