fbpx

Une fuite

par Madame Oreille

Je vous livre ici le con­tenu d’un car­net de route. 
J’ai longtemps hésité avant de pub­li­er ce réc­it, très dif­férent de ce que vous pou­vez habituelle­ment lire sur ce blog.

J’y par­le de choses per­son­nelles et intimes.
Je tiens à prévenir les lecteurices les plus sen­si­bles que cer­tains pas­sages évo­quent des scènes de vio­lence, notam­ment sexuelle.

Dans le train, juil­let 2020.

J’entame ce car­net comme un tes­ta­ment. L’envie de hurler au monde mon his­toire. Que quelqu’un sache ce qu’il s’est passé. Comme si ça pou­vait chang­er quelque chose.

Je suis partie.

Il y a plein de façons de par­tir. Par­tir tra­vailler, par­tir en week-end, par­tir en voy­age. Et puis il y a les grands départs. Ceux dont on ne revien­dra pas. Quand on se pré­pare à une nou­velle vie, un nou­veau départ.

Pen­dant des années, j’ai voy­agé pour fuir. Je suis passée maîtresse dans l’art du départ. Pli­er les t‑shirts, ranger les culottes, attrap­er deux bross­es à dents et embar­quer ma fille quelque part, loin. Loin.

Met­tre de la dis­tance, nous offrir une res­pi­ra­tion. Nous étions heureuses pen­dant quelques jours, quelques semaines. Tro­quer la peur con­tre les rires.

Au milieu des riz­ières d’In­donésie, dans les champs de thé du Sri Lan­ka ou quelque part dans les cam­pagnes français­es, nous pou­vions rede­venir une mère et sa fille. Elle jouait avec les autres enfants. J’avais l’im­pres­sion de lui offrir une belle vie mal­gré tout. Une parenthèse.

Je savais que ça ne dur­erait pas. Nos fuites n’é­taient que de courte durée. Chaque départ appelait un retour. J’avais beau par­tir le plus longtemps pos­si­ble, il fal­lait tou­jours ren­tr­er. Adieu les rires, l’in­sou­ciance. Les amis ren­con­trés sur place allaient nous man­quer, mais nous regret­te­ri­ons surtout l’im­pres­sion d’une vie nor­male, pleine de légèreté.

Je regarde le paysage défil­er. J’aurais aimé écrire une envolée lyrique sur le roulis du train, les bruits de la machine. Mais c’est un TGV. Tout ce que j’entends, ce sont les gens autour de moi.
Tu serais mon con­seiller ban­caire. Voilà une heure qu’elle lui explique com­ment diver­si­fi­er son pat­ri­moine immo­bili­er ain­si que le principe des actions. Tu ne peux pas être un grand financier sans être atten­tif au monde qui t’entoure. Tu vois, y’en a qui ont réus­si à anticiper la crise du Covid en sor­tant l’argent avant que la bourse ne s’écroule ! Elle est blonde, petites lunettes, marinière rouge et blanche. Elle enchaîne sur les class­es moyennes français­es qui font con­fi­ance aux uni­ver­sités, pour toi y’a ce qui s’appelle les grandes écoles, mais il faut d’abord qu’ils t’ac­ceptent. Le gamin réplique “mais j’ai de bonnes notes !”. Il doit avoir 9 ou 10 ans.
À côté de moi, deux jeunes ado­les­cents com­par­ent les fess­es de la copine de Rapi­noe, celle qui est bonne, au foot hein, et de la gar­di­enne de l’équipe de France. Voilà 3h que le train est par­ti. Ils ont joué à “Devine qui c’est ?” avec des joueurs de foot. Puis au petit bac avec des joueurs de foot.
“Mais il ne faut pas que tu oublies que le plus impor­tant dans la vie, ce sont les valeurs humaines”, con­clut la maman de devant.

Place 11. Le train file à tra­vers les champs. Place 11, comme le 11 jan­vi­er. Le jour où j’ai su qu’il fal­lait que je parte.

[20:25, 11/01/2019, mes­sage What­sapp vers mes par­ents] Aurélie : Je l’écris ici tant que c’est frais mais je ne veux pas que vous pre­niez peur. Ce soir, Alice* fai­sait un caprice, Luc* est mon­té jouer les grands princes. Je lui ai demandé de ne pas inter­venir. Il a men­acé de me jeter par la fenêtre. De me mon­ter à l’é­tage pour me jeter de l’é­tage.
« tu vas sauter »[20:27, 11/01/2019] Aurélie : Il m’a jetée sur le tipi. Il m’a poussée vio­lem­ment, agrip­pée par le poignet. Avec des insultes. Con­nasse. Alice pleu­rait. Il puait l’al­cool. « quand ma fille demande quelque chose, on lui donne »[20:33, 11/01/2019] Aurélie : Le tipi est cassé

J’ai choisi une boucle, un itinéraire où on revient au point de départ. Ce n’est pas un voy­age ini­ti­a­tique où la marche tran­scende l’héroïne. Je vais tourn­er en rond. Mes pas n’ont plus d’im­por­tance, je n’ai aucun con­trôle sur ma vie. Oh, j’ai essayé. Je me suis battue. J’ai passé des nuits dans des dossiers. J’ai accu­mulé les preuves. Tout ce que je trou­vais. Mais la jus­tice m’a broyée.

Le bruit du classeur qu’on referme. La voix froide qui annonce. Je rendrai ma déci­sion le 22 novem­bre, d’i­ci là Alice reste sco­lar­isée à Houilles. Sans un regard. Je m’ef­fon­dre. Ma tête tourne. Mon avo­cate me presse vers la sor­tie. On reste impas­si­ble devant un juge. Même lorsque intérieure­ment on a envie de hurler. Rester à Houilles ? Retourn­er chez moi, chez nous, avec lui ?

C’est un jour d’au­tomne comme un autre à Ver­sailles. En d’autres occa­sions, j’au­rais vis­ité la ville. Les feuilles craque­nt sous mes pieds. Lui repart tran­quille­ment. Moi, ma vie s’effondre.

C’est à cet instant que j’ai com­pris que j’allais devoir me bat­tre. Que rien ne me serait facile. J’avais con­fi­ance en la jus­tice. Je pen­sais que si on avait un bon dossier, on nous croy­ait. Je pen­sais qu’ils nous pro­tégeraient, ma fille et moi. Je pen­sais que si je doc­u­men­tais tout, que je démon­trais qui il était, j’aurais le droit de par­tir. Je pen­sais que ce jour mar­quait la fin du cal­vaire, ce n’é­tait en réal­ité que le début.

J’en­tends la voix de son avo­cate dans ma tête. Madame Amiot cherche à faire pass­er Mon­sieur pour un mon­stre, alcoolique, vio­lent, misog­y­ne, raciste... La vérité, c’est que ce ne sont que des dis­putes de cou­ple, et que c’est Madame qui les provoque pour pou­voir se plac­er en victime.

Une prise de sang, pour prou­ver qu’il n’est pas alcoolique. Quelques témoignages de gens que je ne con­nais pas pour dire qu’il est for­mi­da­ble. Et puis des men­songes, bien sûr. Et s’il ne s’est jamais occupé de sa fille, c’est parce que j’ai un emploi du temps allégé. Quant à sa col­lec­tion d’armes, il aurait suf­fit que je demande pour qu’il s’en débar­rasse, voyons.

C’est bien con­nu. Les 149 femmes mortes en 2019 auraient d’ailleurs pu y penser. Hé, s’il te plait chéri, j’aime pas trop quand tu men­aces de me tuer, tu peux arrêter ?

Mon voisin est silen­cieux. Il a acheté un mag­a­zine à la gare, pour se don­ner une con­te­nance, sans doute. Mais il n’a pas lâché son télé­phone depuis que nous avons quit­té Paris. Quant à moi, je garde les yeux vers la fenêtre. Le masque cache en par­tie mon vis­age. Et heureuse­ment. Ce masque en tis­su, c’est ma cara­pace face au monde extérieur. Je con­tem­ple les som­mets qui com­men­cent à se dessin­er. Et per­son­ne ne peut savoir ce qu’il se passe sous le masque.

J’ai eu quelques jours pour trou­ver un endroit où vivre. Aucune famille sur place, mais oblig­a­tion de dépos­er ma fille tous les matins à l’é­cole. Je n’ai pas eu le choix. Si elle loupait un jour de classe, je per­dais toute chance d’avoir la garde. Je la condamnais. 

Petite ville de ban­lieue sans réel charme, aucun hôtel. J’ai épluché Book­ing, Air BnB, Clé Vacances, Abri­tel. J’ai appelé. Déjà pris, ne veut pas d’en­fant, pas disponible. J’ai élar­gi mes recherch­es jusqu’à trou­ver un petit appart dans une ville voi­sine. 1500€ les trois semaines. Ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’est que le délibéré aurait deux semaines de retard. Puis encore deux semaines. Puis encore une semaine. Il me faudrait donc trou­ver un autre apparte­ment, en cat­a­stro­phe, et vivre au jour le jour sans savoir quand la déci­sion tomberait... 

J’ai la gorge ser­rée par la colère. Com­ment une société peut-elle pré­ten­dre pro­téger les femmes dans ces con­di­tions ? Si je n’avais pas eu la chance d’avoir de l’ar­gent, j’au­rais été con­damnée à retourn­er chez moi, dans la mai­son que j’ai payée.

Puisque oui, pen­dant que je devais trou­ver des endroits où vivre avec ma fille, pen­dant que je sabor­dais mon activ­ité pro­fes­sion­nelle en ne pou­vant tra­vailler et en n’ayant aucune vis­i­bil­ité sur les mois à venir, m’oblig­eant à annuler peu à peu les pro­jets, hé bien lui vivait tran­quille­ment dans la mai­son. J’ai fourni l’ap­port, le crédit est à nos deux noms. Je con­tin­ue de pay­er, sans pou­voir y vivre. C’est la triple peine. Je dois pay­er pour son toit à lui, je dois loger ma fille, je dois vivre dans la peur à prox­im­ité de lui.

J’ai cru que j’avais oublié les sar­dines. Je me voy­ais ranger la tente après avoir tout testé, mais je ne voy­ais pas les sar­dines. Je n’avais pas pu les planter dans le car­relage du salon, bien sûr. Je les avais lais­sées dans leur pochette. J’avais mon­té la tente pour m’entraîner, une dernière fois. Une tente une place, légère. Mais avais-je pen­sé à met­tre les sar­dines dans le sac ?
Je m’imag­i­nais, arrivée sur mon pre­mier bivouac, décou­vrant que j’avais oublié les sar­dines. J’ai vidé mon sac sur le siège du RER. Les sar­dines étaient dedans, j’ai poussé un soupir de soulagement. 

L’idée d’aller faire le Tour du Mont Blanc était venue quelques semaines plus tôt. J’avais un mois seule. Un mois sans ma fille. Je vivais chaque semaine sans elle comme un déchire­ment. Ce mois serait une tor­ture. Je le savais. On m’arrachait ma fille pour la con­fi­er à son géni­teur. Lui qui ne s’était jamais occupé d’elle avait aujourd’hui les pleins pou­voirs. Pou­voir de la sépar­er de moi. Pou­voir de lui faire du mal.
Il fal­lait que je fasse quelque chose de ce temps. Que je m’occupe les mains, la tête, les jambes. Alors j’ai choisi d’aller marcher. J’espérais que bouger mes jambes me viderait la tête. Je pen­sais qu’avoir le souf­fle coupé ferait pass­er l’envie de hurler. En réal­ité, il y a des images qui ne vous quit­tent jamais. Et marcher en silence pen­dant 10h ne les chas­se pas.

Allongée par terre, je regarde autour de la pièce. Il est debout, face à moi, il par­le fort. Alice est sur le canapé. Elle nous regarde. Le tipi est cassé. Je suis dessus. L’armature s’est brisée lorsqu’il m’a pro­jetée dessus. Je vais te jeter de la fenêtre du pre­mier étage, a‑t-il promis. Les mots sor­tent de sa bouche comme des cail­loux qu’il me jette, un flot con­tin­ue d’in­sultes. Alice ne bouge pas. J’ai essayé de m’ap­procher d’elle, de la ras­sur­er. Il m’a soulevée par le col. Ancien boxeur, une tête de plus que moi. Je ne fais pas le poids. Je me traîne jusqu’à la porte. Je crie. À l’aide.

Tout s’ar­rête. Je prends ma fille dans mes bras. Je pleure. Elle aus­si. Je lui dis qu’elle n’y est pour rien. Je ne sais pas laque­lle de nous deux a le plus besoin de se blot­tir con­tre l’autre.

J’en­voie des mes­sages à mes par­ents. Je leur racon­te tout. Il est redescen­du dans le sous-sol. J’en­tends le bruit des canettes. Je ne sais pas s’il va mon­ter dormir avec nous. Je ne sais pas si je serai tou­jours en vie demain matin. Alors je serre ma fille con­tre moi, et j’écris. Que quelqu’un sache.

Il faut tout de suite trou­ver un avo­cat, prévient ma mère en arrivant. Elle ne me lais­sera plus seule avec lui. Et nous enta­mons ensem­ble le com­bat. Il faut que je parte. Que je mette de la dis­tance entre lui et moi. Qu’il ne puisse plus me faire du mal. Qu’il ne puisse surtout pas se venger sur notre fille.

Je trem­ble. Ma main sur ma bouche ne peut con­tenir les sons que j’émets mal­gré moi. Je suis dans le hall du tri­bunal de Ver­sailles. Ma mère a passé son bras autour de mes épaules. Ma main peine à tenir le papi­er. Les san­glots par­courent mon corps entier. Chaque phrase est plus vio­lente que la précé­dente. Madame ne peut pas prou­ver la dan­gerosité de mon­sieur. Mon­sieur sem­ble être un père dévoué. Garde alternée.

C’est la veille des vacances. Joyeux Noël.

J’arrive à la gare des Houch­es. Le train con­tin­ue vers Cha­monix, et moi je cherche l’indication du sen­tier. Le chemin com­mence par une route sans trot­toir. C’est un cou­ple de promeneurs qui me l’indique, eux cherchent à retourn­er à leur cham­bre d’hôte. Une grande mon­tée m’attend. Chemin pour 4x4, puis sen­tier plein de cail­loux. Je marche sous les arbres. Ce départ n’a rien d’agréable.
Un Christ en béton de 25m de haut se dresse face à la val­lée. Quelques tables et bancs sont instal­lés der­rière lui. Je pose mon sac pour prof­iter de la vue. Face à moi, le Mont-Blanc et ses glac­i­ers. Je souf­fle un peu. Mon sac est lourd, surtout après plusieurs mois de confinement.

Je dis­cute avec une mère et ses ados qui finis­sent le Tour. Puis avec une deux­ième famille. Voir des enfants heureux me tord l’estomac. Tout ce que j’ai pu faire pour ma fille s’est retourné con­tre moi. Qu’elle soit décrite comme épanouie, curieuse, bonne élève, n’a pas été la preuve que j’étais une bonne maman, mais qu’il ne se pas­sait rien de grave.

Je con­tin­ue de mon­ter. Je souf­fre. J’ai du mal à respir­er et j’ai la tête qui tourne. Je mets ça sur l’altitude, même si je ne suis guère à plus de 1500m. J’ai mal dor­mi la nuit dernière. Comme la nuit d’avant. J’avance à petit pas en me deman­dant quelle est la dernière fois où une nuit s’est passée sans que je fasse de cauchemars.

J’en­tends ses pas dans l’al­lée. Ma gorge se noue. Les cail­loux sous ses chaus­sures. J’ai envie de vom­ir. Il sait ce qu’il va se pass­er. Moi aus­si. Il n’a même plus besoin de négoci­er. Autre­fois, il pre­nait le couf­fin, allait pos­er Alice dans la pièce voi­sine. Elle appelait, elle pleu­rait. Elle était si petite. Je pri­ais pour que tout aille vite. J’avais les yeux humides, les dents ser­rées. J’avais mal. Mal parce que l’ac­couche­ment était encore récent. Mal parce que chaque cri de ma fille me tail­ladait les poumons. Son mou­ve­ment de va et vient me don­nait la nausée. J’avais la tête qui tourne. J’avais envie de lui crier d’ar­rêter, de me laiss­er aller chercher Alice. Je fer­mais les yeux. Qu’il finisse, vite. Et je courais, dégouli­nante, la retrou­ver tan­dis qu’il s’en­dor­mait, satisfait. 

Appuyée con­tre le bord de la baig­noire, je lui tourne le dos. Je lui demande de ne pas me touch­er. Je ne sup­porte plus ses mains. Tout me dégoûte en lui. Il remonte son pan­talon. Je ne le regarde pas. Je ne sais plus s’il lance un « bonne journée ». Il a dû le dire, à une époque. Je tire le rideau et tourne le robi­net. Com­bi­en de litres faut-il laiss­er couler pour ne plus se sen­tir sale ?

Je suis par­tie mais pas vrai­ment. J’ai voulu m’enfuir mais je suis restée là, prise au piège. Inter­dite de met­tre de la dis­tance entre lui et moi. Le soir, en fer­mant mes volets, je scrute l’ob­scu­rité pour véri­fi­er qu’il n’est pas là. Et le matin, je me ras­sure en me dis­ant qu’il n’a pas l’adresse. Pour l’instant.

Je m’arrête au bord du chemin. Un replat domine la val­lée. Je m’assois. Je regarde le Mont-Blanc en me dis­ant que ça vaut peut-être le coup, cette ran­don­née, quand même. J’attends que le soleil baisse pour planter ma tente. Chercher un endroit à peu près plat. Vir­er les cail­loux. Tapis de sol, cham­bre, arma­ture, sar­dines. Je regarde le soleil se couch­er. Les mon­tagnes pren­nent des teintes rosées, orangées. 

J’écoute le silence. Je me demande si j’ai peur, là, toute seule, dans ma tente minus­cule. J’entends les brindilles qui glis­sent con­tre le bas de la toile. Je ferme les yeux. J’ai mis 650km entre lui et moi aujourd’hui, rien ne peut m’arriver. 

Que je le veuille ou non, être une vic­time fait par­tie de moi. Cela ne me définit pas, mais ça impacte toute ma vie, mon quo­ti­di­en. C’est parce que je suis une vic­time que je sur­saute à chaque bruit de scoot­er. C’est parce que je suis une vic­time que je scrute chaque sil­hou­ette loin­taine un peu trop famil­ière. C’est parce que je suis une vic­time que j’ai des cauchemars. C’est parce que je suis une vic­time que je suis en colère.

Et ce matin-là, c’est dans la colère que je puise l’én­ergie pour mon­ter jusqu’au som­met. Le sen­tier ser­pente à tra­vers la forêt, avant d’enfin me laiss­er apercevoir quelque vue dégagée. Je prends mon temps. Je rem­plis ma gourde dans un cours d’eau. Je laisse pass­er les ran­don­neurs pressés. J’admire la bruyère. Com­ment on fait pour ne penser à rien, déjà ?

C’est aus­si la colère qui m’a fait tenir ces six derniers mois. Et l’espoir, un peu. Impos­si­ble de le per­dre totale­ment, mais impos­si­ble de s’y laiss­er aller pleine­ment. C’est dan­gereux, l’espoir, quand on sait qu’aucune issue n’est possible. 

J’ai mis du temps à assumer le terme vic­time. À associ­er l’idée de vio­lence con­ju­gale à ma vie. À dire le mot viol. Je n’ai jamais eu le vis­age tumé­fié. De l’extérieur, nous avions une vie par­faite. Il ne sera jamais con­damné. Je ne serai jamais recon­nue comme vic­time par la jus­tice. Comme des mil­liers d’autres femmes.

Je m’arrête grig­not­er quelques abri­cots à côté du chalet de Bel­lachat. Il est tôt. Je me serais bien lais­sée ten­ter par une tarte aux myr­tilles, mais le restau­rant n’est pas ouvert. Je laisse par­tir un homme qui chante à tue-tête loin devant. Au bout du chemin rocailleux, le Brévent, 2525m et des dizaines de touristes, venus admir­er la vue en télécabine.

Je me sou­viens de la pre­mière semaine. L’huissier est passé. J’étais sur le park­ing de Cas­tora­ma. Je ne sais plus ce que j’étais venue acheter. Était-ce une lampe pour le nou­v­el apparte­ment, ou des car­tons pour le démé­nage­ment ? J’ai signé le papi­er. L’ordonnance du juge­ment. Je n’avais plus le droit d’aller chercher ma fille à l’école. Je ne la rever­rai pas avant une semaine com­plète. Elle n’avait pas son doudou, aucun vête­ment à sa taille, ni pyja­ma ni culotte. Mais il avait sa fille. Il avait le droit, alors il allait la pren­dre. Elle était à lui. Et ni elle ni moi n’avions notre mot à dire.

Pen­dant trois mois, les semaines impaires se sont ressem­blées. Le lun­di, elle m’expliquait com­bi­en elle était heureuse avec papa, que c’était lui sa vraie famille puisqu’elle avait son nom. Elle me dis­ait qu’elle n’avait jamais con­nu le bon­heur avant, qu’il n’y avait que main­tenant, avec lui, qu’elle était bien. Que nos sou­venirs n’étaient que des men­songes. Elle s’isolait dans sa cham­bre. Elle ne voulait pas me voir.
Le mer­cre­di, nous avions la journée pour nous. Douce­ment, je la retrou­vais. Elle recom­mençait à me regarder dans les yeux. Elle recom­mençait à rigol­er.
Le week-end pas­sait tou­jours trop vite, et chaque dimanche était un nou­veau déchire­ment.
Au fil des semaines, elle a com­mencé à arrêter de me repouss­er. À se con­fi­er. À m’expliquer le tiraille­ment, mais aus­si la peur, les colères. Je crois qu’elle a fini par com­pren­dre que, peu importe toutes les hor­reurs qu’elle pour­rait me dire, je serai tou­jours sa mère, là pour elle, les bras ouverts, inconditionnellement. 

La descente du Brévent par le col n’est pas facile. Les nuages noir­cis­sent le ciel, il ne faut pas s’attarder. Rocailles, névés, échelles à pren­dre à l’envers. Plusieurs fois, je perds le chemin. J’aperçois d’abord un chamois, fugace, tra­ver­sant la neige. Puis des bou­quetins, plus loin. Je m’approche, douce­ment, mais deux marcheurs arrivant en face de moi les font fuir.

Je pour­su­is la descente quand j’en vois un autre, au détour d’un chemin. Il prend la pose. Me toise. Je retire mon sac à dos. Il se met dans la lumière. Le ray­on caresse par­faite­ment sa tête. Je m’approche. Douce­ment. Je sors l’appareil pho­to. Je déclenche. Une fois. Deux fois. Trois fois. Il se laisse faire. Il me regarde. Un instant, j’ai l’impression qu’il a envie de com­mu­ni­quer.
Les gouttes com­men­cent à tomber. Je range l’appareil dans mon sac. Le temps de relever la tête, et le bou­quetin a dis­paru. Je charge mon sac sur mon dos. Je descends quelques mètres, et dans un dernier regard, je le vois, posté sur un promon­toire rocheux, m’observant.
Je ne sais pas com­bi­en de temps je suis restée avec lui. Je ne sais pas quelle heure il est. Il com­mence à pleu­voir. Je ne croise plus per­son­ne. Je décide de m’arrêter au prochain endroit un tant soit peu plat que je trouve.

Lorsque j’ouvre la tente, au petit matin, de jeunes bou­quetins broutent à quelques mètres. Je ne fais pas de bruit. Je les regarde. Ils me sur­veil­lent du coin de l’œil, comme s’ils avaient com­pris que je ne présen­tais aucun danger. 

Je me suis sou­vent demandée com­ment j’avais pu rester aus­si longtemps avec lui. La vérité, c’est qu’au début, on ne se rend pas compte de la vio­lence qui monte. Il ne m’a pas frap­pée au pre­mier ren­card. Il ne m’a pas vio­lée la pre­mière nuit. Il ne m’a même pas insultée dans les pre­mières semaines. Non. Il était par­fait. Gen­til. Prévenant. Généreux. Char­mant. Nous étions d’accord sur tout. Il avait eu une enfance dif­fi­cile, et en gar­dait un côté gueule cassé. Le gen­til voy­ou.
Tout est allé très vite, sans que je me pose réelle­ment de ques­tion. On a rapi­de­ment emmé­nagé ensem­ble. Et puis il y a eu les pre­mières colères. Les pre­miers cris. Les pre­mières insultes. Les objets qui valsent. Je par­don­nais. Je trou­vais des excus­es, son enfance, l’alcool, une mau­vaise journée. Et le lende­main, tout allait mieux. Pour quelques heures.
Je me dis­ais que ça passerait. Que ça s’amélior­erait avec le temps. Qu’avec beau­coup d’amour, il perdrait son impul­siv­ité. Que je pou­vais l’aider à canalis­er cette vio­lence en lui.

Sac sur le dos, je regarde les mar­mottes jouer à cache-cache dans le pier­ri­er. Je ne suis pas en grande forme. Mon mate­las est per­cé. J’ai ten­té une répa­ra­tion, mais c’est le plas­tique qui devient poreux en vieil­lis­sant. Il se dégon­fle. Je vais le garder, je n’ai aucun endroit où le jeter et il fait office de couche isolante mal­gré tout. Les tem­péra­tures chutent dès le couch­er du soleil, et il a plu une bonne par­tie de la nuit.
Le chemin se pour­suit dans la rocaille, puis en bal­con, jusqu’à une auberge. J’en prof­ite pour faire une pause. Devant une tarte aux myr­tilles surgelée hors de prix, je savoure la douceur du soleil. 

L’auberge est reliée à la val­lée par une télé-cab­ine. De nom­breux vacanciers afflu­ent. Ils vont pass­er quelques heures au Lac Blanc, l’un des lieux les plus touris­tiques de mon itinéraire, mais aus­si l’un des plus beaux. On y arrive après une mon­tée. Rien de tech­nique. Rien de dif­fi­cile. Juste une mon­tée qui sem­ble s’allonger au fur et à mesure qu’on croit se rap­procher du but.
Un vent froid m’accompagne jusque sur le bord du lac. En ce début d’été, il est entouré de névés, et cer­tains flot­tent à sa sur­face, offrant un très pho­togénique con­traste entre le bleu vif de l’eau et le blanc des glaces.
La scène a quelque chose de cap­ti­vant. Apaisant et fasci­nant à la fois.

T’es plus con qu’une chaise qui voit un cul. Je vais te tuer. Con­nasse. Je vais t’en don­ner une, tu vas dormir trois jours. Sale Pute. T’es où ? Tu bais­es qui ? Demain, on fait les gros titres, tu vas crev­er. Ta gueule. Je suis chez moi. C’est ma fille. Je fais ce que je veux. T’es frigide. Sale pute. En vérité t’étais avec qui ? Tu retrou­ves un peu d’hon­nêteté ou ça a dis­paru avec ta dig­nité et le reste ? Achète toi une per­son­nal­ité. Une per­son­nal­ité achetée, une libido offerte. Ca va très sou­vent ensem­ble, y’a des offres de ouf comme ça. Si je t’en mets une, tu vas dormir trois jours Si j’ai pas de nou­velles à 21h, j’appelle la police. Sale Pute. Fais-toi soign­er. N’essaye même pas de par­tir, ou tu ne rever­ras plus ta fille.

Les nuages recou­vrent peu à peu les som­mets. Ce soir, on annonce des orages. Alors en dernière minute, je décide de m’offrir une nuit au chaud. Dans un lit. Avec un petit-dej. Je déchante rapi­de­ment quant à ma hâte de pren­dre une douche chaude : elles sont fer­mées. J’emprunte une bas­sine à la gar­di­enne du refuge. L’eau est glacée. Elle arrive directe­ment du lac. Un vent tout aus­si glacial bal­aie les san­i­taires. Plonger mon gant de toi­lette dans l’eau suf­fit à ce que le froid pénètre ma peau. Je frotte fréné­tique­ment. Enlever la couche invis­i­ble des sou­venirs. Dehors, le brouil­lard a envahi les montagnes. 

Au matin, le refuge se vide. Je décide de rester un peu. La météo annonce de la pluie et des orages sur les deux prochains jours. Et je suis bien ici. Coupée du monde, au milieu de la brume, je regarde les bou­quetins jouer sur les névés.
Je marche un petit peu, autour du lac. J’attends que le mau­vais temps passe. Je descends voir les lacs des Cheserys, juste en dessous puis je remonte en direc­tion du lac de Per­sévérance, au-dessus. Sitôt engagée sur ce sen­tier, il n’y a plus per­son­ne. Silence com­plet. J’arrive face à un immense névé, très pen­tu. Une trace laisse devin­er quelques pas­sages, avant moi, pour le tra­vers­er. Je m’engage dessus. Et je le regrette quelques mètres plus tard. La pente est trop abrupte pour essay­er un demi-tour. Et j’ai lais­sé mes bâtons de marche à l’auberge. Je plante mes doigts dans la neige, m’assurant de met­tre tout mon poids sur la jambe opposée à la descente. J’avance douce­ment. Ma main vire au rouge. Mes doigts me brû­lent. Quelle idée à la noix ! 

La douleur est vive, lorsque je porte mes doigts à ma bouche, une fois le névé tra­ver­sé. Je grimpe à tra­vers un pier­ri­er, empreinte d’espoir. J’attends le paysage somptueux, caché au bout de ce chemin mys­térieux. Je monte encore. J’ai retrou­vé l’usage de mes doigts. Je me fau­file jusqu’au point le plus haut.
Des cail­loux à perte de vue. Une éten­due minérale en nuances de gris, d’ocre et de verts. Les quelques mar­mottes se sont vite calfeu­trées. Je souf­fle un peu. Les nuages enrobent le Mont-Blanc, face à moi. Je cherche des yeux un échap­pa­toire, un chemin alter­natif qui m’éviterait de tra­vers­er de nou­veau le névé. Je monte sur quelques rochers. Je tourne et con­tourne. Rien à faire : la tra­ver­sée dans la neige reste l’option la plus sécurisante. 

Les doigts dans la neige, j’avance un pied après l’autre, douce­ment. La pente mène droit sur quelques tas de cail­loux et le lac, encore gelé. Il com­mence à fon­dre par endroit. On voit le bleu transpercer la glace. Quelques chou­cas coassent au loin. Je me con­cen­tre sur mes pieds.

Je décide de pass­er une sec­onde nuit au refuge. Je voudrais voir les lacs par un temps dégagé. Et je n’ai pas envie de marcher dans le brouil­lard, entre deux avers­es. Je n’ai pas de date de retour. Pas de réser­va­tion. Je peux pren­dre mon temps, allonger le séjour. Le refuge, plongé dans le brouil­lard, a quelque chose d’apaisant, de rassurant.

Je dis­cute avec une alle­mande. Je ne sais pas son nom. Elle me sem­ble un petit peu plus jeune que moi. Elle est par­tie seule, elle aus­si, mais elle suit un autre itinéraire, jusqu’en Suisse. Et comme moi, elle s’est rabattue sur le refuge au vu du mau­vais temps. Ma moti­va­tion à finir le tour avait bais­sé avec la gri­saille, mais pass­er la soirée à dis­cuter avec une autre ran­don­neuse me donne un regain d’én­ergie. On ouvre les cartes, on com­pare les itinéraires. On dis­cute de voy­age et de lit­téra­ture. Le temps d’une soirée, j’ai le cœur léger.

Il y a quelque chose d’agréable à être ain­si volon­taire­ment blo­quée au refuge. L’écrin du brouil­lard nous met hors du temps. La journée s’écoule lente­ment sans que je ne m’ennuie. Je regarde les nuages bouger. J’observe les bou­quetins tra­vers­er les névés. C’est un calme absolu, ouaté, où la vis­i­bil­ité se réduit par­fois à quelques mètres, mais où l’esprit peut vaguer. J’essaie de me vider la tête. Ne surtout pas penser à Alice. Me con­cen­tr­er sur le brouil­lard qui enroule les aigu­illes. Ne pas penser qu’au fond de moi, je n’ai aucune envie d’être ici, toute seule, tan­dis qu’elle est sans moi. Ne pas penser que je ne sais pas ce qu’elle fait de ses journées, si elle va bien, si elle a mes mes­sages. Me con­cen­tr­er sur ces nuages qui masquent le Mont Blanc. 

Je passe l’après-midi à atten­dre les bou­quetins, plan­quée dans les rochers. Ils dis­parais­sent aus­si vite qu’ils appa­rais­sent, avalés par le brouil­lard. Et puis je rejoins le refuge, une dernière fois. La météo reste incer­taine, mais j’ai décidé d’avancer.
Le soir venu, je dîne avec les seuls hôtes du refuge : un groupe de qua­tre parisiens. Je maud­is la serveuse d’avoir mis mon assi­ette à une table avec des hommes. Ils finis­sent leur tour du Mont Blanc. Ils sont fiers d’eux. Ils ont souf­fert, il fal­lait porter le sac. On ne se par­le pas. Ils lis­tent leurs exploits, et la dis­cus­sion se pour­suit dans le dor­toir. “Ahah, on est des fous, je ne con­nais per­son­ne qui aurait fait la même chose”. Ils passent en revue leur itinéraire, faisant défil­er les pho­tos sur le smart­phone pour se remé­mor­er les anec­dotes. La navette entre Tri­ent et Argen­tière, le bus en Suisse, le taxi, et demain, ils rejoin­dront le som­met du Brévent en téléphérique avant de finir la dernière étape en train. C’est plus de la ran­do, c’est un road-trip. Ils sont bruyants, cen­trés sur eux-mêmes. Ils passent leur temps à se plain­dre du poids de leur sac (alors qu’ils n’ont pas de matériel de bivouac) tout en s’autocongratulant d’être géni­aux, entre deux blagues sex­istes, homo­phobes ou racistes, au choix.
Mes ren­con­tres précé­dentes avaient été empreintes d’humilité. Des cou­ples, des groupes de copines, heureuses de marcher, recon­nais­sant l’effort mais sans se pren­dre pour des gens extra­or­di­naires. Je me retiens toute la soirée de leur dire que, dès le pre­mier jour, j’ai croisé des familles avec des enfants qui finis­saient le même tour.

Au petit matin, le brouil­lard est tou­jours là. Je traîne un peu après le petit déj. Je prends le temps de bien ranger mon sac. Tout le monde pense que ça va rester comme ça toute la journée. Je quitte l’auberge en fin de mat­inée, encore indé­cise quant à mon point de chute du soir. Je descends vers les lacs qui joux­tent l’auberge. Pre­mière éclair­cie. Je décide d’attendre un petit peu, et d’autres éclair­cies me con­for­tent dans l’idée de pass­er la nuit ici.
C’est un endroit con­nu, où les traces de feux de camps sont bien vis­i­bles, un peu partout autour du lac. Je m’attends à ce qu’il y ait du monde, le soir venu, mais je me dis que le paysage, au petit matin, sera cer­taine­ment superbe. Je repère un coin plat et pose mon sac. Les ran­don­neurs com­men­cent à arriv­er. Cha­cun s’installe dans son coin, atten­dant la tombée de la nuit pour mon­ter la tente. Je dis­suade un jeune cou­ple de s’installer à 30cm de moi, et je dis­cute avec une famille, qui a fait plusieurs fois le Tour et me con­forte dans l’idée de ten­ter une vari­ante, le lende­main.
C’est à ce moment que com­mence le bal­let des bou­quetins. Une femelle et quelques jeunes s’approchent du lac. Ils déam­bu­lent entre les tentes, sans crainte. Les petits jouent entre eux, sautil­lent. L’un d’eux tente d’initier une bagarre. Il se dresse sur ses pattes arrière pour se laiss­er retomber, cornes en avant, sur un autre petit qui n’a aucune envie de jouer à ça. Le bagar­reur s’approche de sa mère, recom­mence la manœu­vre. Se dress­er sur les pattes arrière, pencher la tête, et met­tre tout son poids dans les cornes. La mère ren­tre dans son jeu, gen­ti­ment. Le petit y met toutes ses forces, et elle pare les attaques avec douceur. 

Plus haut, c’est un groupe de mâles qui broute tran­quille­ment. Je m’installe sur un cail­lou, à dis­tance, pour les observ­er. Les cornes sont impres­sion­nantes, mais ils n’ont rien de belliqueux. Ils avan­cent en broutant, tran­quille­ment, et je me retrou­ve rapi­de­ment au milieu d’eux. Je recule un petit peu, préférant garder un mètre de sécu­rité avec ces énormes cornes. L’arrivée du brouil­lard mar­que la fin du spec­ta­cle, et le retour de la bru­ine. Il est l’heure d’aller se met­tre à l’abri.

Ma tente n’est ni grande, ni chaude, mais elle me suf­fit. Il y a quelque chose de la renais­sance dans le fait de quit­ter un homme vio­lent. Il faut redé­cou­vrir ses goûts, retrou­ver une per­son­nal­ité. C’est une affaire de survie. Se créer un cocon pro­tecteur. S’approprier un espace. Avoir le droit d’exister.
Je ferme les yeux. Ici, je peux me repos­er sans crainte. Ici, je suis loin de lui.

J’ai essayé de par­tir, autre­fois. Je savais que ça fini­rait mal. Je savais que ça ne pou­vait dur­er. J’ai même cru, un temps, qu’une autre vie, heureuse, pou­vait m’attendre, loin de lui. J’avais ren­con­tré P. par hasard. Nos weeks-ends ensem­ble étaient autant de par­en­thès­es insou­ciantes. Je ne rêvais que d’une chose, tout quit­ter, m’enfuir, refaire ma vie, loin. Mais à chaque retour à la mai­son, je me retrou­vais face à lui, tétanisée, inca­pable de dire quoi que ce soit. J’ai essayé de lui par­ler hors de l’appartement. Ce week-end à Turin, ces vacances au Viet­nam. Ce fut pire. Il savait que je voulais par­tir. Et il savait com­ment me faire peur. C’est à ce moment-là que les men­aces de mort ont com­mencé. Si tu pars, je vous bute toutes les deux. C’est aus­si à ce moment-là que je suis tombée enceinte. 

Je sors de ma tente quelques min­utes avant que le soleil ne se lève. Le froid me saisit immé­di­ate­ment, tout comme la beauté du paysage qui s’offre à moi. L’Aiguille Verte et le Mont-Blanc com­men­cent juste à être caressés par la lumière rose car­ac­téris­tique des pre­miers rayons. Quelques curieux sor­tent douce­ment des tentes. Le silence règne. Le mas­sif entier se reflète dans le lac et per­son­ne ne sem­ble vouloir bris­er la magie de l’instant par un commentaire.

Je fais dur­er le plaisir avant de retourn­er à ma tente, repren­dre la rou­tine. Rouler le duvet. Com­primer mon mate­las dégon­flé. Compter les sar­dines. Pli­er la tente. Ranger le sac. Avaler une barre de céréales et quelques abri­cots. Ser­rer mes lacets. Viss­er le sac sur mes épaules. Rem­plir la gourde. En route.

Les nuages com­men­cent à mon­ter depuis la val­lée, mais la journée s’annonce pour­tant dégagée. Je passe les pre­mières heures à descen­dre. Tout d’abord par un petit sen­tier, au milieu des rhodo­den­drons. Je croise quelques bou­quetins qui prof­i­tent du soleil mati­nal, puis quelques ran­don­neurs qui mon­tent au Lac Blanc pour la journée. Plus je descends, plus la pente devient raide et caill­ou­teuse. Je souris à chaque marcheur, en signe d’encouragement.

Le sen­tier tra­verse un park­ing, puis se pour­suit le long d’une route. C’est une vari­ante de l’itinéraire clas­sique du Tour du Mont-Blanc, sup­posée offrir de beaux panora­mas en bal­con, tout en étant moins fréquen­tée. Pour l’instant, je ne suis guère con­va­in­cue. Je marche seule, certes, mais le bruit des voitures cou­vre la rivière… 

J’arrive à Val­lorcine en fin de mat­inée, pre­mier vil­lage que je croise depuis le départ, et dernière étape avant la fron­tière Suisse : c’est le moment de faire le rav­i­taille­ment. J’erre un long moment dans le vil­lage avant de trou­ver l’épicerie qui s’apprête à fer­mer. Quelques fruits, du fro­mage, du pain, un yaourt pour le plaisir. Je mange léger, il me reste un peu de marche avant d’arriver à l’étape du soir, et je m’en félicite dès les pre­miers mètres : la côte est si pentue que je demande con­fir­ma­tion du chemin à un coureur de trail. Mais si, nous sommes bien sur la vari­ante, il faut suiv­re le chemin pour raque­ttes. D’accord. Je monte. Le soleil com­mence à taper. Je fais des paus­es, troque mon pan­talon con­tre un short. Le chemin ser­pente au milieu de la forêt, ça sem­ble cohérent avec ma carte jusqu’à ce que j’at­teigne un croise­ment. Per­son­ne. Aucun pan­neau. J’hésite longtemps. Je décide de pour­suiv­re vers ce qui sem­ble logique. Je n’ai plus d’eau. Je marche encore. Tou­jours aucun pan­neau qui indique Tri­ent. Je continue.

Le chemin me mène au pied d’une piste de ski, où coule un ruis­seau. Je rem­plis ma gourde, en fil­trant l’eau. Elle est fraîche. Je sais que je suis per­due. Mais je suis à l’ombre, avec de l’eau. Je réfléchis. Je vais dans la bonne direc­tion. Je ne suis juste pas sur le bon sen­tier. Il ne doit pas être très loin. Je n’hésite pas longtemps entre rebrouss­er chemin et remon­ter la piste de ski, et je choi­sis de pren­dre de la hau­teur, pen­sant naïve­ment que j’apercevrai le sen­tier depuis le som­met. J’aurais dû hésiter plus longtemps ! Je suis épuisée lorsque j’arrive en haut, et guère plus avancée dans ma quête d’un sen­tier. Je con­tin­ue plein est, me dis­ant que je fini­rai bien par tomber sur un chemin. Mais c’est un berg­er que je croise d’abord. Il me dit qu’il n’est pas rare de trou­ver des ran­don­neurs per­dus, ici. Ce qui me ras­sure un peu, quelque part. Nous dis­cu­tons, et il m’indique un sen­tier, sur l’autre ver­sant de la mon­tagne, à quelques cen­taines de mètres. 

Je tra­verse une petite forêt, une riv­ière, et me retrou­ve enfin sur un sen­tier, soulagée. L’après-midi est déjà bien entamée, et mon corps com­mence à avoir envie de faire une pause. J’ac­célère jusqu’à un croise­ment. Quelques pan­neaux, enfin ! Aucun ne men­tionne ma des­ti­na­tion. Aucun n’indique le pic­togramme TMB, l’itinéraire du Tour du Mont-Blanc. Je sors ma carte, j’essaie de me repér­er. Val­lorcine, Catogne, Col de Balme. Le Châte­lard sem­ble me rap­procher de Trient. 

Le chemin descend en fond de val­lée. Je croise d’autres pan­neaux. Tou­jours aucune men­tion de Tri­ent. Je pour­su­is jusqu’à attein­dre la route. J’ai mal aux pieds. Je me sens vidée de toute énergie. Je suis loin, et je ne com­prends pas vrai­ment com­ment c’est possible. 

J’entends une voiture pass­er, je me retourne et sors le pouce. Il fonce. Une deux­ième, une troisième, une qua­trième. Je con­tin­ue de marcher. La cinquième s’arrête. Salut, tu vas où ? Tri­ent, n’importe quel camp­ing. Un père et son fils. Il a le même âge qu’Al­ice. Il regarde un livre sur les dinosaures, après avoir passé la journée à faire du vélo. Je dis­cute un peu avec le père. Je me suis per­due. Le bivouac est inter­dit en Suisse, je dois m’arrêter au camp­ing. C’est beau par chez vous. 
Je sens mon estom­ac se nouer. Je ne sais pas si c’est la faim, ou le fait de voir un père qui s’occupe de son enfant. Il s’arrête sur une place, je rejoins le camp­ing. J’ai mal aux jambes. J’ai envie de vom­ir. Je monte ma tente en vitesse, avale un morceau, met un peu de crème à l’arnica sur mes mol­lets, et m’allonge. Nous sommes trois au camp­ing, cette nuit. Un cou­ple en van, et moi. Aucun gar­di­en. De toute façon, y’a pas grand chose à garder. 

Je me réveille avec l’estomac en vrac. Il faudrait que je parte tôt. J’ai quelques lacets et un bon dénivelé avant de retrou­ver l’itinéraire du jour. Mais je n’en ai pas envie. Je traîne. Je n’arrive pas à marcher. J’ai envie de vom­ir. Je range laborieuse­ment ma tente et prof­ite des tables du camp­ing pour manger mon petit-déje­uner. Je ne sais pas quoi faire. Je n’ai pas envie de faire le deuil de ma fille. Pen­dant 5 ans, j’ai tou­jours été là pour elle. J’étais là quand il était ivre. J’étais là quand il fal­lait s’interposer. J’étais là quand elle fai­sait un cauchemar. J’étais là pour ses pre­miers pas, ses pre­miers mots, le vélo sans roulettes ou la lec­ture toute seule. D’un coup, je me retrou­ve éjec­tée de sa vie. Maman en pointil­lé, à mi-temps. Inca­pable de la pro­téger. Con­damnée à devoir l’écouter me con­fi­er les colères de son père, la peur qu’elle ressent, sans pou­voir agir. Cette impuis­sance me ronge. Je suis sup­posée assur­er la sécu­rité de mon enfant. Et je la remets une semaine sur deux à un homme qui me fait peur.  

Je me sens vide, broyée. Je reste assise. Est-ce qu’à un moment tout s’a­paise ?
Com­ment on con­tin­ue d’avancer, sans colère ? Je n’ai plus la force de marcher.
Il y a un arrêt de bus devant le camp­ing. Ce soir, je serai à Paris.

* Les prénoms ont été changés.

Ce texte a été écrit pen­dant l’été 2020.

J’ai récupéré la garde de ma fille quelques semaines plus tard. L’his­toire se ter­mine donc mieux, à défaut de bien. Ce sera peut-être l’ob­jet d’un chapitre 2, un jour.

Pour éclair­er le réc­it : lorsqu’un père demande la garde alternée, il a 9 chances sur 10 de l’obtenir (chiffres 2017 du min­istère de la jus­tice). Les vio­lences con­ju­gales, même recon­nue, ne con­stitue pas un motif de retrait de la garde. Les faibles pour­cent­ages de pères prof­i­tant de gardes alternées sont dus au faible pour­cent­age de père deman­dant la garde. Au final, les pères n’ob­tenant pas de garde alors qu’ils l’avaient demandée représen­tent 2% des sit­u­a­tions (et c’est tou­jours motivé par des vio­lences et mau­vais traite­ment envers les enfants). 

Poursuivre la lecture vers un autre article..

57 commentaires

Alexandra 26 novembre 2020 - 9:23

Je suis venue pour le Mont Blanc et tes pho­tos sub­limes (tou­jours), et j’ai été saisie par ce texte qui m’a émue aux larmes... Sou­tien absolu. De tout cœur avec toi.

Répondre
Hélène 12 décembre 2020 - 21:17

C’est si joli­ment écrit pour un réc­it si dur, malhreuse­ment le cas de beau­coup trop de femmes. J’aimerais que la jus­tice avance plus vite et que des codes soient acce­si­bles a tout le monde pour aider les femmes bâtues. Force et courage à vous et à votre famille.

Répondre
Iaoranamoana 26 novembre 2020 - 9:31

Un com­pagnon vio­lent ne fait jamais, jamais un bon père. Beau­coup de courage à toi pour ce chemin qui, s’il se finit mieux, reste quand même à trac­er pour toi. Beau­coup de courage à ta fille. Tu es là, tu t’es battue, et dans un sys­tème qui broie les femmes, tu as survécu. Je te souhaite le meilleur ❤️

Répondre
Lucie 26 novembre 2020 - 9:34

Ton réc­it est vrai­ment poignant. En te suiv­ant sur Twit­ter ces derniers mois, j’avais perçu que quelque chose n’al­lait pas. C’est vrai­ment courageux de le racon­ter et ça me con­forte dans l’idée de la néces­sité des com­bats fémin­istes. Courage pour la suite

Répondre
mmarie 26 novembre 2020 - 9:45

Je te décou­vre aujour­d’hui – toi, ta plume, tes pho­tos – à tra­vers ce récit.
J’aimerais trou­ver les mots qui ras­surent et réchauf­fent. T’of­frir une épaule ami­cale, un endroit et un temps où vider ton sac.
En pen­sées avec toi

Répondre
Marion 26 novembre 2020 - 10:30

Je viens de finir ton témoignage et je ne sais pas trop quoi dire... A part que je te souhaite beau­coup de force et de courage pour la suite. Bra­vo d’avoir livré bataille, d’avoir réus­si à vous sor­tir de là.

Répondre
Clementine Tangerine 26 novembre 2020 - 11:31

J’é­tais à la fois émer­veil­lée par tes mag­nifiques pho­tos, comme tou­jours, et émue... en lisant ton histoire.

Courage pour la suite. Et plein de bon­heur, à toi et ta fille. ♥ xx

Répondre
Lucie 26 novembre 2020 - 12:12

Quelques indices lais­sés sur Twit­ter depuis quelques mois. Une colère cachée sans jamais pou­voir t’ap­porter le sou­tien néces­saire avec la peur d’être indis­crète. J’ai tou­jours pen­sé que la fuite était une bonne chose et ton réc­it ne fait que con­forter cette idée. Cepen­dant ce que je vois ici n’est pas une femme qui a pris la fuite, mais une per­son­ne qui a su se bat­tre avec force et patience. La garde de ta fille est une vic­toire que tu peux chérir pré­cieuse­ment. Les mots me man­quent (pas les larmes) mais les tiens sem­blent là en panse­ment de tes plaies, pour con­tin­uer avec rage de vivre fièrement.
Pour moi, tu es cette femme qui m’a ten­du la main un jour de Grand Bivouac, en me pro­posant de venir à votre table alors que j’é­tais prise en étau dans des pen­sées néga­tives. Alors n’ou­blie pas qui tu es : une per­son­ne inspi­rante, qui fini­ra un jour le Tour du Mont-Blanc... avec sa fille. ♥ Et ça, il ne pour­ra jamais te le prendre.

« May the force be with you ». Tout mon soutien.

Répondre
Wariongi 26 novembre 2020 - 12:56

C’est boulever­sant, glaçant et telle­ment injuste. Je te souhaite beau­coup de courage et une belle vie future pour toi et ta fille.

Répondre
Chacha 26 novembre 2020 - 13:11

Comme les copines de la tribu voy­ages, cer­tains de tes tweets m’avaient inter­pel­lé mais la timid­ité m’a empêché de t’en­voy­er un MP. Je ne voulais pas que tu prennes cela pour de la curiosité mal­seine .quoiqu’il en soit je ne l’ai pas fait et j’en suis désolée.
Alors qu’on envi­ait tous tes voy­ages à l’autre bout du monde, tu t’échap­pais de l’hor­reur de ton quotidien.
Je ne dis sou­vent que nous ne savons pas ce que les gens vivient réélle­ment une fois la porte de chez eux fer­mée. Der­rière des sourires sur papi­er glacé, il y a par­fois l’impensable.
Je t’embrasse fortn fort toi & ta fille, je vous souhaite le meilleur du monde.

Je suis de tout coeur avec toi & si d’une manière ou d’un autre je peux vous aider n’hésite surtout pas.

Répondre
Martine 26 novembre 2020 - 13:17

Je suis navrée de lire le cal­vaires que tu as vécu.
Je suis de tout cœur avec toi. Je ne peux que te souhaiter bon courage pour la suite.

Répondre
Maxence 26 novembre 2020 - 13:26

J’ai l’im­pres­sion que ce sont plutôt des femmes qui vis­i­tent ce blog... et bien je suis là pour rétablir un peu de parité (!).
A la base, je suis venu car j’ai adoré vos pho­tos. Par curiosité, je me suis plongé dans votre réc­it, et vos mots sont très forts, votre his­toire est boulever­sante. Il me sem­ble qu’en effet, vous êtes loin d’être la seule...
En tout cas, bra­vo pour votre courage, car par­tir n’est pas facile, mais c’est mal­heureuse­ment la seule solution.
Je vous souhaite le meilleur pour les prochains chapitres.
Oh, et si un jour vous ren­con­trez quelqu’un à nou­veau, ini­tiez le rapi­de­ment à la CNV (com­mu­ni­ca­tion non violente) 😉
Bonne continuation 🙂

Répondre
Rémi 26 novembre 2020 - 13:53

Mer­ci de partager ton his­toire per­son­nel. J’imag­ine la dif­fi­culté pour toi de divulguer ça, le tra­vail que tu as du faire sur toi pour sur­mon­ter toutes ses epreuves. j’imag­ine aus­si le soulage­ment que cela peut faire d’écrire, de pos­er des mots, d’ex­pli­quer, de ne plus cacher ça. Force à toi pour la suite.

Répondre
Audrey 26 novembre 2020 - 13:55

Je n’ai pas l’im­pres­sion d’avoir lu une fuite mais un cal­vaire suivi d’un départ libéra­teur. Le patri­ar­cat nous ser­ine que si on ne s’ac­croche pas à ces hommes qui nous font mal, on fuit, on ne fait pas assez d’ef­forts. Tu as assez souf­fert, tu n’avais pas à souf­frir, c’est lui qui devrait fuir de honte devant ta colère et celle de toutes les femmes. Je suis heureuse que tu aies retrou­vé la garde de ta fille et même si je con­nais­sais ces sta­tis­tiques glaçantes sur la garde accordée au père, con­stater une fois encore que les hommes vio­lents sont con­sid­érés comme de bons pères me donne envie de tout cass­er. Je te souhaite du courage et de la paix pour la suite.

Répondre
Mathilde 26 novembre 2020 - 14:04

Ton arti­cle est boulever­sant, j’en ai les larmes aux yeux. Je n’ai pas les mots, mais en tout cas je voudrais te souhaite un bon courage pour la suite et con­tin­uer de tra­vers­er les épreuves. On se rend compte qu’il en faut du courage pour par­tir et arriv­er à se libér­er de l’emprise d’un con­joint vio­lent et que rien ne sem­ble fait pour faciliter la vie aux femmes qui subis­sent des vio­lences con­ju­gales. Bra­vo pour ton témoignage car en par­ler publique­ment est égale­ment dif­fi­cile je pense.

Répondre
anne-fleur 26 novembre 2020 - 14:10

La parole des femmes est telle­ment invis­i­ble, c’est révoltant. Tu te bats si fort, bra­vo pour tout ce que tu as fait et pour cette force d’a­vancer pour vous deux ! Les asso pour femmes vic­times de vio­lence peu­vent faire un bien fou. Par­ler, être recon­nue et soutenue.
Tu as déjà accom­plie un chemin bien dif­fi­cile, par­tir. Je te souhaite tout le meilleur pour la suite.

Répondre
Sophie 26 novembre 2020 - 14:56

Un réc­it boulever­sant. Tu as eu le courage de te bat­tre pour ta fille, pour une autre vie. Tu as le courage de partager aus­si à tra­vers ce réc­it glaçant. Comme le dit Chacha, on ne sait jamais vrai­ment ce qui se passe dans la vie des gens, pour moi aus­si tu étais la blogueuse voy­age qui s’é­clatait dans son méti­er, je ne pen­sais pas du tout que der­rière cette vit­rine pou­vait se jouer tout autre chose. Après ce par­cours dif­fi­cile, je te souhaite comme l’on dit : tout le bon­heur du monde.

Répondre
Malicyel 26 novembre 2020 - 15:08

Je suis telle­ment désolée que tu aies vécu tout ça, et telle­ment con­tente que tu aies su par­tir. Et je te com­prends telle­ment quand tu dis que la vio­lence ne se man­i­feste pas for­cé­ment au pre­mier ren­dez-vous. Qu’elle ne com­mence pas tout de suite. J’ai pu le voir chez une amie. Et dans mon pro­pre cou­ple, même s’il n’y a jamais eu quoi que ce soit envers moi, j’en ai perçu les prémices et... ça me fai­sait peur. Pour­tant, je suis restée, parce que j’avais prévenu que si cer­taines choses se pas­saient de nou­veau c’é­tait fini, parce que je voy­ais qu’il avait de suite obéi à ma « men­ace », parce qu’il met­tait du sien et que si il voy­ait que je réagis­sais mal quand il s’én­er­vait, il me ras­sur­ait tout de suite. Parce que son dis­cours évolu­ait aus­si et parce qu’il n’avait jamais eu per­son­ne pour lui dire que ce n’é­tait pas « nor­mal » de réa­gir ain­si, parce que j’y croy­ais en fait. On est plus ensem­ble aujour­d’hui, il n’a jamais été vio­lent ni par la parole ni par les gestes envers moi. Mais au fond, je peux te l’avouer, je n’ai jamais eu la cer­ti­tude absolue qu’il ne le serait jamais. 

C’est très dur de par­tir aux pre­miers coups. Parce que trop sou­vent, l’homme qui les com­met n’ag­it pas en mon­stre. Il regrette. Il veut se faire par­don­ner. Il ne com­prend pas. Il n’au­rait jamais du faire ça, ça ne se repro­duira pas. Il était fatigué, il avait trop bu. Beau­coup de gens ne com­pren­nent pas ça. Que la vio­lence, c’est comme le viol, ça n’ar­rive pas que dans des ruelles som­bres, ça ne se présente pas tou­jours avec le vis­age de l’hor­reur. Mais quand on sait ce que c’est, on sait aus­si à quel point, par­tir, ça a l’air de rien, mais c’est tout.

Je te souhaite beau­coup de courage pour te recon­stru­ire en tout cas, beau­coup de bon­heur aus­si, pour toi et ta fille, et toute ta vie <3

Répondre
Madi 26 novembre 2020 - 17:42

Je suis telle­ment désolée de ce que tu as subi.
On ne se con­nait pas vrai­ment, je suis tes voy­ages depuis longtemps, ici puis sur twit­ter. Je me suis éton­née de la dis­pari­tion du père de petite oreille du paysage, puis de ton silence ces derniers mois, j’ai pen­sé que tu voulais sure­ment rester dis­crète sur ta vie privée. Je ne sais pas ce qu’on peut faire quand on est un sim­ple lecteur, à part t’en­voy­er un sou­tien somme toute très virtuel.
Tu as fait ce que tu pou­vais pour pro­téger ta fille. Et pour te pro­téger toi. C’est très courageux. Il fau­dra encore sure­ment beau­coup de temps pour arrêter d’avoir peur. Mer­ci d’en avoir par­lé, pour celles qui ont besoin de savoir que c’est pos­si­ble, de par­tir et de recom­mencer une nou­velle vie. Je suis soulagée pour toi que ça finisse moins mal. Vous allez pou­voir vous fab­ri­quer une meilleure vie toutes les deux.
Ton texte est très émou­vant, c’est pas du tout mon style les grandes effu­sions mais là tout de suite je voudrais te ser­rer dans mes bras. Vous avez bien mérité un peu de douceur pour la suite. Elle ne peut être que meilleure que ce que vous avez traversé.

Répondre
Julie 26 novembre 2020 - 16:26

Quel réc­it boulever­sant, je vous souhaite, à ta fille et toi, beau­coup de bon­heur pour la suite.

Répondre
Claire 26 novembre 2020 - 17:00

Bon­jour Aurélie, mer­ci d’avoir partagé un réc­it aus­si personnel.
Mal­gré ce que fait penser le sys­tème dans lequel nous vivons, tu n’es pas seule, nous te voyons et t’en­ten­dons. Tu as pris les bonnes déci­sions depuis le début, tu es impor­tante, tu es forte et puissante.
Tu as le droit à la sécu­rité et à la bienveillance.
Ta fille va pou­voir s’é­panouir et se struc­tur­er grâce à toi et aux actions que tu as déjà faîtes et celles que tu feras. Vous êtes main­tenant ensem­ble sur le chemin de la recon­struc­tion, je vous souhaite tout le meilleur à toutes les deux.
J’e­spère que tu con­tin­ueras de nous faire rêver avec tes voy­ages, tes textes et tes pho­tos. Très bonne fin d’an­née à toi. Claire

Répondre
Colette 26 novembre 2020 - 17:53

Je vous suis depuis très longtemps , vos pho­tos , vos réc­its de voy­age me font rêver !
J’é­tais loin de me douter de ce qui vous arrivait .... pen­sant à une pause !
Je peux sim­ple­ment vous dire que vous avez été courageuse et avez fait le bon choix !
Je vous souhaite le meilleur pour la vie à venir pour vous et votre petite fille

Répondre
katell 26 novembre 2020 - 19:21

Quel texte poignant, com­biné à tes mag­nifiques pho­tos (par­ti­c­ulière­ment celles des bou­quetins ), j’en ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux. Bra­vo à toi pour avoir eu le courage de par­tir. Je ne te souhaite pas bon courage car c’é­tait avant que tu en avais besoin....maintenant tu es libérée, com­plète­ment si tu as la garde exclu­sive de ta fille.
Mer­ci pour ton témoignage <3

Répondre
Piotr 26 novembre 2020 - 22:48

Texte dur à lire... parce que c’est une réal­ité qui est dif­fi­cile à imag­in­er pour ceux qui n’y ont jamais été confrontés.
Courage à vous deux. Tu as subi mais tu t’es battue jusqu’au bout et tu as gag­nè le com­bat. Pour toi. Pour elle.
J’espère que tu auras l’oc­ca­sion de faire de belles ran­don­nées à l’avenir aux côtés de ta fille.
J’e­spère que le temps t’aidera à te reconstruire...
P.S : superbes pho­tos de bouquetins

Répondre
Romain 27 novembre 2020 - 5:50

Très touché par ce témoignage ; je suis lecteur (silen­cieux) de très longue date, je retraçais à l’instant ton par­cours partagé dans ces pages et les sou­venirs que j’en ai gardé, l’impression de vous con­naitre un peu, toi et ta fille…
Je vous souhaite le meilleur à toutes les deux, de pou­voir vous recon­stru­ire en sécurité.

Répondre
Gaëlle 27 novembre 2020 - 12:38

Ton texte est boulever­sant, tes pho­tos très belles et ton com­bat prend aux tripes. Je suis heureuse de savoir que tu as récupéré la garde de ta fille et j’e­spère que le chemin devant vous s’an­nonce dégagé et léger. Prends soin de toi et d’elle.

Répondre
Salomé 27 novembre 2020 - 15:19

Mer­ci pour ton témoignage. Je suis de tout coeur avec vous.
Et tes pho­tos sont tou­jours aus­si magnifiques.

Répondre
Fanny 27 novembre 2020 - 16:19

Mer­ci pour ce temoignage boulever­sant. C’est telle­ment impor­tant d’en par­ler et en meme temps quand on voit com­ment la parole des femmes est sys­tem­a­tique­ment remise en ques­tion, cela est dou­ble­ment dif­fi­cile. Je suis heureuse que tu aies pu recu­per­er la garde de ta fille et elle a de la chance d’avoir une maman aus­si forte ! J’aime beau­coup tes pho­tos et j’adore « voy­ager » à tra­vers tes images et tes his­toires. Je t’en­voie beau­coup de courage et de forces d’Am­s­ter­dam ! <3

Répondre
Laurent 27 novembre 2020 - 18:09

Dif­fi­cile de trou­ver les mots pour réa­gir à ton réc­it d’une réal­ité glaçante. Je te souhaite en tout cas d’autres tours du Mont Blanc plus sere­in et plus joyeux, ou des tours d’îles accom­pa­g­nés de sourires indonésiens ou autre avec Petite Oreille. Apais­er cette souf­france et tourn­er autant qu’il est pos­si­ble la page de ce cauchemar.

Répondre
Nicolas 27 novembre 2020 - 18:47

Je ne sais pas quoi dire, on se con­nait très peu, mais je suis boulever­sé par ton texte...
Tes pho­tos sont tou­jours aus­si mag­nifiques et tu écris très bien !
Je n’ose imag­in­er à quel point ça doit être dur de taper ces mots, quelques mois après, traiter ces pho­tos qui doivent te rep­longer dans des émo­tions que tu aimerais sûre­ment ne plus ressentir.
Avec tout mon sou­tien. Si un jour je peux aider, tu sais com­ment me trou­ver, je le ferai avec grand plaisir.

Répondre
Bianca 27 novembre 2020 - 20:46

Je ne com­mente pas sou­vent, mais là...

Je suis remuée, ren­ver­sée. Par ce que tu as dû tra­vers­er et avec quoi tu dois encore com­pos­er cer­taine­ment, par le réc­it, pog­nant, vrai, dif­fi­cile, par le con­traste entre la beauté de tes pho­tos et l’in­ten­sité des vio­lences qu’il a dirigé vers toi, entre ta douceur et l’ab­sur­dité du com­bat que tu as dû mené pour te pro­téger et pro­téger ta fille.

Prends bien soin de toi et d’elle maintenant...

Répondre
Mari Carmen 28 novembre 2020 - 11:55

Buenos días, Aurélie. Leo tu blog des­de hace muchos años, porque me gus­ta la fotografía y porque es una man­era de prac­ticar mi francés. Te des­cubrí sien­do tu hija un bebé. Me encan­tan tus fotos y tu man­era de describir los via­jes. Des­de hacía un tiem­po me pre­gunt­a­ba el por qué de tus via­jes sola con tu hija. Pen­sé que tu mari­do habría muer­to, o que te habías divor­ci­a­do. Aho­ra lo entien­do. Has sido muy valiente por com­par­tir tu his­to­ria. Me ale­gra que puedas empren­der una nue­va vida con tu hija y jun­to a las per­sonas que te quieren. Yo seguiré esperan­do tus repor­ta­jes, tus fotos, y deseán­dote lo mejor para ti y tu niña. Cuí­date mucho.
Salu­dos des­de Madrid.
Mari Carmen

Répondre
Laurélen 29 novembre 2020 - 12:25

Bon­jour Aurélie,
Dif­fi­cile de trou­ver les mots après la lec­ture de cet arti­cle et de ne pas être mal­adroite. L’an dernier, après avoir pub­lié l’un de tes sub­limes arti­cles sur ton voy­age en Indonésie avec Petite Oreille, une per­son­ne t’avait demandé sur Twit­ter « et la place du père dans tout ça ? ». Je me rap­pelle avoir trou­vé cette ques­tion extrême­ment vio­lente parce qu’on ne sait pas ce qu’il se passe dans la vie des gens. Aujour­d’hui, tu peux être fière de toi et du chemin par­cou­ru. Mais encore une fois, c’est une remar­que en demi-teinte car je ne peux imag­in­er la vio­lence de devoir con­tin­uer à côtoy­er ton bour­reau et de devoir lui laiss­er ta fille une semaine sur deux... Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite à toutes les deux. Une vie rem­plie de douceur, d’amour et de moments heureux à deux.

Répondre
Marie 29 novembre 2020 - 14:48

Bon­jour Aure­lie. Je suis la maman de Aude. Je t’ai con­nue gamine. Ton réc­it est très émou­vant. Je con­nais­sais ta sit­u­a­tion et cela fai­sait mal au cœur de savoir que tu devais laiss­er ta puce en com­pag­nie d’un mon­stre. Tu as récupéré la garde de ta petite et cela me fait chaud au cœur. Je sais que tu vas prof­iter de cette nou­velle vie au max­i­mum. Con­tin­ue tes voy­ages... Et prof­ites, mais ça, je sais que tu vas le faire

Répondre
Julien 29 novembre 2020 - 14:58

Ces mots, il fal­lait que tu les écrives et qu’ils soient lus. C’est impor­tant, essen­tiel, pri­mor­dial. Quand je revois le sourire de ta fille lors de cer­tains voy­ages où nous nous sommes retrou­vés, quand je repense à elle qui n’avait que quelques mois... Je sais. Je sais que tu es une mer­veilleuse maman. Aujourd’hui, ma com­pagne est enceinte et nous atten­dons l’arrivée d’une petite princesse. Je n’ai qu’un mod­èle, qu’une autre petite à laque­lle j’adorerai qu’elle ressem­ble : ta fille. Je ne sais pas. Je ne sais pas de quoi il est capa­ble, jusqu’où il peut aller. La cer­ti­tude est que son pas­sif, ses pas­sions et son gabar­it ne font pas de lui un ange. Tu as fait les bons choix, je ne doute pas que l’avenir sera bien plus joyeux. Tu, vous le méritez, elle et toi. Finale­ment, les chemins les plus com­pliqués à tra­vers­er ne sont pas les mon­tagnes ou déserts, mais les mau­vais­es sur­pris­es de la vie.

Répondre
Marie-Julie 29 novembre 2020 - 14:58

Boulever­sée, je suis. Entre les lignes, j’avais perçu beau­coup de douleur. Mais jamais tout ça. Gros câlin à toutes les deux et surtout, douceur et paix. Prends bien soin de toi.

Répondre
lalydo 29 novembre 2020 - 15:38

Dif­fi­cile de trou­ver les mots juste après la lec­ture de ton réc­it. Prends bien soin de toi et ta jolie Petite Oreille, le chemin sera long mais toutes les deux, vous serez plus fortes ♥

Répondre
Maud 29 novembre 2020 - 18:01

Ton réc­it et ta déter­mi­na­tion m’ont pro­fondé­ment touché...cette réal­ité m’a mise en colère car par­fois je reste sans mot devant cer­taines inco­hérences de notre système.
Je te suis depuis tes débuts et je suis en admi­ra­tion devant tes pho­tos. Je me sou­viens très bien cet été quand tu annonçais ton départ pour ce périple vers le Mont Blanc, ma sœur y était au même moment. J’espère que tu con­tin­ueras à nous faire partager ta pas­sion de l’image et j’espère un jour avoir la chance de par­ticiper à un de tes voy­ages photos.
La pri­or­ité est que tu retrou­ves calme, sérénité et que tu puiss­es prof­iter de ta fille, vous trou­verez la force de vous recon­stru­ire ensemble.
J’ai beau­coup d’admiration pour ta force et ton courage car oui il faut un courage inouï pour sor­tir ce vécu douloureux du plus pro­fond de soi, et de la force pour se bat­tre con­tre un sys­tème et des per­son­nes qui ignorent ou préfèrent bal­ay­er d’un revers de la main des com­porte­ments ou sit­u­a­tions inacceptables.
Il y a du chemin mais il faut se bat­tre pour que ce que tu racon­tes ne soit plus accep­té ou min­imisé dans notre société.
Mer­ci pour ta sincérité, je partage ta colère mais je te souhaite surtout un avenir meilleur avec ta fille.
Je vous envoie des pen­sées positives
❤️🌸🍀❤️

Répondre
Natacha 29 novembre 2020 - 23:08

Il s’ag­it d’un réc­it poignant et cri­ant de tristesse et de détresse qu’on ne peut que com­pren­dre. La vie nous joue bien des tours ! Je vous envoie beau­coup de courage et de ten­dresse pour tra­vers­er cette étape dif­fi­cile e la vie vers des jours plus heureux <3

Répondre
Anne-Marie 29 novembre 2020 - 23:22

Bon­jour Aurélie. Je viens de finir la lec­ture de ton texte. Boulever­sant ! J’ai été émue aux larmes tout au long de ton réc­it, par tout ce que tu as tra­ver­sé, de la douleur de vivre avec un homme vio­lent et manip­u­la­teur. J’ai com­pris tes voy­ages, ces fuites avec ta fille. L’éloge de la fuite. C’était le seul moyen de ne pas te per­dre, de rester debout pour toi et ta fille. Tu as pris la bonne déci­sion : par­tir ! Ne plus le laiss­er te détru­ire, détru­ire ta fille ! Sur­vivre pour toi et ta fille ! Toi seule sait ce qui est bien pour ta fille et pour toi. Ne laisse pas les gens te juger. Il est le seul respon­s­able de ses actes. J’ai vrai­ment été soulagée de lire que finale­ment tu as la garde com­plète. Ouf ! Ne le laisse plus jamais essay­er de te bris­er, ni bris­er le lien très fort que tu as avec ta fille. Tu est une jeune femme pleine d’extraordinaires qual­ités, courageuse, solide, sen­si­ble, aimante, atten­tive aux autres et une grande artiste de la pho­to. Je t’envoie de mon loin­tain Québec, plein de « poutou-poutous », 😘d’encouragements. Suis tou­jours ton instinct pour toi et ta fille. Garde espoir en l’avenir. Sois heureuse. Je te souhaite beau­coup de beaux moments, de petits et grands bon­heurs avec ta fille. J’ai con­fi­ance en toi.
Anne-Marie 🤓❤️

Répondre
Emilie 30 novembre 2020 - 16:04

Boulever­sant .... je n’ai pas d’autres mots !
Mer­ci de partager ces mots, cette expéri­ence, et ces photos.
Je ne veux pas être mal­adroite, alors je n’en dis pas plus, à part, bon courage !

Répondre
Mathylde Mordue de voyages 30 novembre 2020 - 22:12

Je ne sais sais pas quoi dire. Mer­ci d’avoir témoigné. ❤❤❤

Répondre
Paul 1 décembre 2020 - 11:29

Tout mon sou­tien pour toi ! Tu as eu rai­son de racon­ter cette his­toire dra­ma­tique, il ne faut jamais hésiter même si c’est ter­ri­ble­ment dif­fi­cile... Il faut oser dénon­cer, aller jusqu’au bout, même si c’est vrai actuelle­ment, le sys­tème de pro­tec­tion des vic­times de vio­lences con­ju­gales est défail­lant. Toutes mes pen­sées vont vers toi et bon courage pour ce nou­veau départ...

Répondre
Amélie 1 décembre 2020 - 14:56

Aurélie, boulever­sée de te lire. Tes mots m’ont pro­fondé­ment touchée. Je vous souhaite le meilleur, à toi et à ta fille. ❤

Répondre
Thierry 2 décembre 2020 - 17:30

Aurélie, je te suis depuis 2013 env­i­ron, j’ai vu arriv­er Petite Oreille dans ta vie, et j’ai vu dis­paraître la sil­hou­ette mas­cu­line qui représen­tait « l’échelle humaine » dans tes paysages, sans jamais soupçon­ner le drame per­son­nel qui se jouait en couliss­es. J’ai donc pris ton réc­it comme une claque, comme une mau­vaise nou­velle que m’an­non­cerait une vieille amie.
Bra­vo pour avoir osé repren­dre en mains ta vie et celle de ta fille avec beau­coup de courage, et pour avoir partagé ton his­toire. Je vous souhaite beau­coup de bon­heur à toutes les deux, et je te souhaite de faire les bonnes ren­con­tres qui te fer­ont oubli­er ce chapitre douloureux.
Ah, et per­so, la résilience par la ran­do en mon­tagne, je dis oui bien sûr 🙂

Répondre
Celine 2 décembre 2020 - 22:27

Quel réc­it boulever­sant. Je n’ai pu m’empêcher de pleur­er devant tant de souf­france, de colère et d’injustice. Je suis telle­ment heureuse que tu ai pu avoir la garde de ta fille.

Répondre
JCB 3 décembre 2020 - 23:02

Très ému de lire ce texte, rien n’ex­cuse une telle vio­lence ! Quel courage dans ton par­cours, dans cet arti­cle aus­si, je t’ad­mire et te sou­tiens, en tout cas virtuellement.

Répondre
Aline 4 décembre 2020 - 20:50

Chère Aurélie,
Je te crois.
Je t’en­voie de l’amour, des tor­rents d’amour et j’e­spère enfin de la légèreté et du bon­heur insouciant.

Je t’embrasse,
Aline

Répondre
Alexis 15 décembre 2020 - 10:39

Les pho­tos sont superbes !!!

Répondre
Clara 16 décembre 2020 - 8:24

Quel miroir... moi qui pen­sais que la jus­tice avait changé ...
je suis aus­si une bourlingueuse avec son reflex... son com­pagnon. Voy­age et pho­to sont vitaux !!!
Ai fal­li moi aus­si pass­er par la fenêtre ... et moi aus­si ai eu cet espoir que la jus­tice est là pour nous pro­téger et que le cal­vaire va cess­er le jour où on décide de porter plainte... et qu en fait...
Et ces voy­ages, ces pro­jets, qui sont la bouf­fée de oxygène !!! Qui sont vitaux !!!
J’ai la chance de ne pas avoir la blessure de l’arrachement d’un enfant et d’avoir pu le sor­tir de ma vie, pas d’obligation envers lui.. Ma soli­tude m’a per­mis de m’enfuir à l’autre bout du monde... et de revenir dans qu il ne soit plus jamais là plusieurs années après. Des années de com­bat, mais pour moi c’est un autre livre qui est rangé. Et ma vie est eper­due­ment pho­to et voy­ages. Car con­traire­ment à ce que ces hommes dis­ent, et bien oui on est fortes et capables.
Mais com­ment faire con­fi­ance aujourd’hui même des années après ? Un reflex sera tou­jours là... puis une tente, (ou un van) et soi même en fait c’est bien aussi 🙂 

Oui les gens nous envie sans savoir ce qu il y a derrière ...
Mais c’est ma vie, elle est à moi et per­son­ne ne me l enlèvera ! Surtout pas des bourreaux !

Je vous souhaite tout le courage nécessaire !
Mer­ci pour votre témoignage !
Triste de voir que rien ne change ...

Au plaisir que le hasard nous fasse nous crois­er sur un chemin de ran­don­née ... un chemin de vie 

Et bien sûr je m’en vais suiv­re votre for­ma­tion sur empara 🙂 qui je sais, va me met­tre les larmes aux yeux...! Surtout en ce moment que les ailes sont coupées ... 

Bien à vous
Forca !!!

Clara

Répondre
Stéphanie 17 décembre 2020 - 16:35

Bon­jour Aurélie, je ne vous con­nais qu’à tra­vers votre blog que je suis depuis un moment. Je voulais vous remerci­er d’avoir pub­lié votre témoignage. Je tra­verse pra­tique­ment la même chose que vous : le har­cèle­ment moral (ain­si que le viol con­ju­gal) a débuté à la con­cep­tion de notre fille qui a 10 ans et se pour­suit encore à ce jour, 5 ans après le divorce alors qu’il a refait sa vie (et moi aus­si). Il a man­qué de me tuer 3 fois (je me suis retrou­vé abu­sive­ment en garde à vue), me vom­it ver­bale­ment dessus en per­ma­nence et me rabaisse, manip­ule notre fille. Rien ne peut l’ar­rêter et la dernière déci­sion de la jus­tice pré­conise une énième enquête sociale alors que j’ai une avo­cate et que le dossier est béton. De plus, suite au divorce, il a gardé la mai­son et refuse de me rem­bours­er la soulte dont il m’a for­cé à renon­cer chez le notaire. j’ai donc vécu 3 ans dans 26 m² avec notre fille en garde alternée et à tri­er mes car­tons puisqu’il m’avait tout jeté en vrac dedans. J’ai l’im­pres­sion de vivre un cauchemar et que jamais je ne serais libre de mes faits et gestes. Par moment, je suis comme vous, je ne rêve que de par­tir très loin avec notre fille...
Je vous souhaite plein de courage et de bon­heurs à venir avec votre fille
Stéphanie

Répondre
Marieke 9 janvier 2021 - 15:26

Aurélie
Quel réc­it poignant. Je suis boulever­sée par ton his­toire mais aus­si par le peu de crédit don­né à une femme en détresse. Quelle douleur à lire tes mots, j’ai les larmes aux yeux. Je suis fière de toi, de ton com­bat, qui sem­ble enfin aboutir. J’e­spère sincère­ment que l’hori­zon sera désor­mais plus sere­in pout ta fille et toi.

Répondre
Hassan 21 janvier 2021 - 15:59

Je suis choquée de revenir sur ton blog et décou­vrir ton cal­vaire et surtout pour ta belle petite fille.
Il va fal­loir du temps pour te recon­stru­ire mais tu as déjà effec­tué une pre­mière étape, la libéra­tion, main­tenant le temps, les beaux moments, les loisirs et l’amour de ta fille fer­ont le reste. Je pense que ta recon­struc­tion passera par l’écri­t­ure et la pho­to pour lesquels tu as une réel tal­ent. Bon courage et félic­i­ta­tion de t’être sor­ti de cette prison psy­chologique et physique.

Répondre
Le P'tit Nicolas 2 février 2021 - 21:54

Quelle force de racon­ter tout cela... Bon courage pour sur­mon­ter cette péri­ode difficile !

Répondre
Julie 13 février 2021 - 18:03

Réc­it boulever­sant. Plein de courage et de bon­heur avec ta fille.

Répondre
Aurélie 2 mars 2021 - 15:03

Ton ex est un gros con qui fini­ra en taule et je suis hyper con­tente que tu ais la garde de ta fille. Tu as fait un boulot mag­nifique avec elle. J’ai vu les voy­ages toutes ces années sur ton blog avec elle. Aucun doute, elle a une chance incroy­able d’avoir une maman pareille.
T’in­quiète pas, ton future sera lumineux, comme toi.

Répondre
Aurelie 4 mars 2021 - 12:34

Par­don pour les fautes de mon mes­sage précé­dent, ce texte m’a beau­coup troublée.

Répondre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.