« Je voudrais un stylo avec une gondole », annonce une dame à ses amies, en porte d’embarquement, avant de détailler sa collection, qui se trouve dans un pot sur son bureau. Moi, je rejoins Rimini, 200km au sud de Venise. Je me demande ce qu’ils mettent sur les crayons, là-bas. Je n’ai pas vraiment d’image en tête, juste la chanson des Wampas qui ne me quitte plus. Un cousin a passé tous ses étés à Rimini lorsqu’il était enfant, dans les années 50 et 60. Il est devenu prof d’italien. La ville a dû lui plaire.
Il est 5h lorsque je me lève, ce matin-là. La plage est déserte. L’alignement des parasols fermés sur fond de lever de soleil a un côté poétique. Ils attendent les touristes, tranquillement. Et pendant ce temps-là, j’ai la plage pour moi toute seule. Je regarde le soleil sortir de l’Adriatique. L’eau est agréable, le calme aussi.
Rimini est une ville qui invite à la promenade. En bateau, à pied, en vélo. Il y a un nombre de cyclistes impressionnant. La ville est plate, avec de nombreuses zones piétonnes. Des pistes cyclables longent la plage pour rejoindre le centre depuis le nord de la ville. Touristes ou locaux, tout le monde semble avoir adopté le vélo.
Emotion Bikes propose des tours guidés à travers Rimini, du port aux petites ruelles en passant par les principaux lieux touristiques. Ils proposent également des sorties cyclistes dans la région romagnole. Le tout avec des vélos électriques à grosses roues et suspensions. Si l’assistance électrique n’est pas franchement indispensable à Rimini (c’est plat !), les suspensions et grosses roues sont agréables sur les pavés !
Ils proposent également des locations à la demi-journée ou à la journée. (Possibilité de demander un siège enfant).
Le centre ville est fait de petites ruelles, de maisons colorées et de jolies façades. Le charme italien opère instantanément. En pleine journée, on ne croise pas grand monde ici, juste quelques personnes âgées qui rentrent du marché. La ville s’animera plus tard, quand ce sera l’heure de l’apéro aux terrasses des cafés.
Le Cinéma Fulgor a rouvert récemment, après de longues années de restauration. C’est un petit cinéma pourtant riche en histoire. C’est ici que le tout jeune Federico Fellini assista à sa première séance de cinéma, assis sur les genoux de son père. Le Fulgor diffusait “Maciste en Enfer”, une histoire de géant et de maître du royaume des morts. Le petit Federico n’en fut pas traumatisé pour autant, et décida de devenir réalisateur. Et c’est justement au Fulgor qu’eut lieu la première projection de son premier film, quelques années plus tard.
Le décorateur qui a signé l’intérieur de la salle, pendant la restauration, a voulu en faire un hommage au cinéma. Derrière les dorures, se trouvent des références au cinéma hollywoodien des années 30, ainsi que quelques clins d’œil au cinéma allemand.
Federico Fellini est incontestablement l’un des plus grands réalisateurs italiens. Il a débuté en même temps que la Nouvelle Vague, avec des films réalistes (La Strada) avant de développer un style beaucoup plus personnel. Cette scène célèbre où Marcello Mastroianni rejoint Anita Ekberg dans la fontaine de Trévi, à Rome ? C’est La Dolce Vita, un des plus gros succès de Fellini.
Le réalisateur multi-oscarisé est né à Rimini, mais n’y a jamais tourné. Ce qui ne l’a pas empêché de recréer le Cinéma Fulgor dans les studios de Cinecittà pour les besoins d’un film semi-autobiographique, Amarcord. Le film raconte l’Italie des années 20/30 en suivant les rencontres d’un jeune garçon dans les rues de Rimini.
À Rimini, toutes les époques se mélangent. On tourne dans une ruelle, et on découvre des vestiges romains. On marche un peu, et nous voilà face à un pont vieux de plus de 2000 ans. Plus loin, c’est le Castel Sismondo (aussi surnommé château des Malatesta) qui se dresse vers le ciel. Le Moyen-Âge côtoie la Renaissance, avec l’Opéra où se bousculait jadis toute la bourgeoisie locale. Se promener à Rimini, comme un peu partout en Italie, c’est visiter un livre d’Histoire grandeur nature, vivant et vibrant. Car loin d’une ville musée, Rimini s’anime dès la nuit tombée.
Santarcangelo di Romagna est mon coup de cœur du voyage. Petit village dans l’arrière-pays de Rimini, dont le centre historique est un petit bijou. Construit sur une butte, c’est un dédale d’escaliers et de petites ruelles qui montent et descendent. C’est photogénique, bien sûr, mais aussi très agréable à explorer. Un de ces lieux où il faut se perdre et aller au hasard pour mieux découvrir ce qui se cache au prochain tournant.
Santarcangelo di Romagna est une ville fortifiée. Au sommet trône la Rocca, le château. (Il se visite, mais uniquement sur réservation, j’ai donc poursuivi mon chemin dans les petites ruelles).
Depuis 40 ans, la ville accueille le plus gros festival de théatre d’Italie. Une habitante m’explique que les plus grandes stars s’y bousculent pour présenter leurs pièces. « Y’a même eu Beckett », précise-t-elle, enthousiaste. Pendant quelques jours, en Juillet, le petit village de 20 000 habitants se transforme en haut-lieu culturel. Les rues sont alors bondées.
Fort heureusement pour moi, en ce jour de septembre, les théâtrophiles sont repartis, et je peux me promener dans des rues bien souvent désertes.
Santarcangelo di Romagna est desservie par la ligne de train Rimini-Bologne.
Il est possible de loger sur place en hôtel ou en chambre d’hôtes dans la vieille ville.
Ravenne, c’est la ville de Dante, de la culture, et des basiliques. Parce qu’il y en a plein ici ! Chacune a son histoire, sa particularité. Et ses mosaïques. Parce que Ravenne, c’est aussi la ville des mosaïques. Des milliers de petits tessons qui composent fresques et dessins sur les murs des édifices. Oubliez les églises blanches, la sobriété : ici, on fait dans le grandiose !
Des mosaïques, il y en a partout à Ravenne. Les plaques indiquant les noms de rues en sont même ornées. Et de riches visiteurs du monde entier viennent ici pour choisir ce qui décorera leur future salle de bain !
Ravenne est une ville ancienne. Elle fut l’un des principaux ports de l’Empire Romain, et en fut même la capitale (pour la partie occidentale). Ensuite, y’a plein de gens aux noms compliqués qui se sont bagarrés pour s’accaparer la ville (Odoacre, Théodoric, Bélisaire, Aistolf, Pépin le Bref... ah ! non ! lui je le connais, ça va !). Et deux millénaires plus tard, Ravenne comporte forcément un grand nombre de bâtiments historiques (et de mausolées !).
Parmi les monuments de Ravenne, le Mausolée de Galla Placidia est sans doute l’un des plus réputés. Construit au début du Vème siècle dans un style byzantin, ses plafonds sont couverts de mosaïques à la gloire de Jésus. À l’intérieur, on trouve trois tombes : celle de l’impératrice Galla Placidia, celle de son frère, et celle de son fils. Même si l’on porte peu d’intérêt à la religion, on ne peut qu’être ébloui par la qualité et la minutie du décor.
« È la Vergine », me glisse une vieille dame à l’oreille. « La Vergine Maria », précise-t-telle devant mon air incrédule, avant de battre en retraite.
Je suis dans la Basilique Saint-François, et ce que je suis venue voir, ce sont les poissons ! Oui, il y a des poissons dans l’église ! Et non, ce ne sont pas des enfants qui se sont amusés à en mettre dans les bénitiers !
Il faut savoir que Ravenne est construite sur des marais. La mer qui bordait la ville, dans l’Antiquité, s’est reculée, et depuis, la ville s’enfonce, doucement. Les bâtiments anciens ont ainsi perdu deux mètres de hauteur sous plafond, et c’est dans la Basilique Saint-François qu’on le comprend le mieux. Le sol y a été refait deux fois, et l’édifice rehaussé. Mais au fond, en bas d’un escalier, comme un témoin du passé, on découvre les vestiges du premier sol, bien plus bas. Et comme l’endroit prend l’eau, les moines franciscains y ont mis des poissons. Je ne sais pas si c’est pour le symbole chrétien, ou pour les manger tous les vendredis, mais ça permettait de prouver que l’eau qui s’infiltrait n’était pas salée, mais bien de l’eau de pluie.
Et puis Ravenne, c’est aussi la ville de Dante. Ici, ils disent Dante Alighieri, son nom complet, d’ailleurs. Le poète-homme politique est mort à Ravenne en 1321, après avoir marqué la littérature italienne grâce à sa Divine Comédie, mais aussi impacté la vie politique florentine en s’opposant à l’ingérence du Pape. Condamné au bûcher, banni, il s’exile et s’installe à Ravenne.
Si les habitants de Ravenne sont fiers d’avoir en leurs murs un grand écrivain, ils n’hésitent pas pour autant à se moquer de son mausolée, qu’ils jugent peu esthétique. Ils l’appellent la carafe, en référence à sa forme... (C’est la première photo, ci-dessous)
En Italie, qui plus est en Romagne, Bacchus n’est jamais bien loin. Le site de Tenuta Mara semble pensé comme un hommage au dieu du vin : ici, les vignes écoutent Mozart et Bach toute la journée, via des enceintes dissimulées dans le sol. Et 4 morceaux des Rolling Stones tous les matins. Une façon d’éloigner certains insectes et parasites amateurs de vignes et de raisins, sans utiliser de produits chimiques. Des tests ont même été réalisés, et il semblerait que le raisin soit meilleur avec du Mozart ou du Bach qu’avec du Verdi. Je me demande quel goût il aurait avec du Iron Maiden.
La totalité du vignoble est une galerie d’art. Le propriétaire s’amuse à parsemer le terrain de sculptures, et à orner les murs de la cave. Le collectionneur mélange allègrement les genres. L’art religieux côtoie des soldats chinois. Des mosaïques clinquantes jouxtent des œuvres contemporaines minimalistes. Et du street art habille les murs des bâtiments, à la manière d’un grand cabinet de curiosités moderne.
Toujours en Emilie-Romagne, non loin de Rimini, je rencontre Béatrice, Nicolo et Lilli. Ils tiennent en famille une ferme-vignoble-auberge-restaurant. C’est l’histoire d’un couple. Elle travaillait dans l’hôtellerie, lui était agronome. Alors ils ont décidé d’ouvrir ensemble un établissement où l’on servirait la production du jardin. Depuis, leurs enfants les ont rejoints dans l’aventure.
Ici, on fait dans le local, très local. Tout ce qui est servi dans les assiettes vient de leur jardin, ou d’un producteur voisin. Nicolo me fait visiter l’exploitation, panier à la main, pour ramasser le repas de midi. Il cueille quelques figues, délicieusement sucrées, avant de m’emmener dans la cave. Sur le mur, des photos des ouvriers qui ont aidé à la construction du lieu, et plus loin un panneau affiche, en gros : « Protégeons la Terre, c’est la seule planète avec du vin ». Leur vin est bon. Il est à l’image de toute la ferme, on sent la passion du bon produit, le rapport humain.
Béatrice se penche vers moi. Derrière ses petites lunettes rouges, ses yeux pétillent. En français, elle m’explique qu’elle va à Paris tous les ans. Avec une amie, elles vont à des concerts, voir des expos. « Et l’année dernière, j’ai emmené ma belle-sœur avec nous. Elle est très catholique. Très religieuse. On l’a emmenée dans une de ces boutiques à Pigalle, c’était tellement drôle. Il y avait des trucs, là, tu vois ce que je veux dire ? Il y en avait partout ! Et ma belle-sœur, elle était comme ça ». Béatrice ouvre la bouche, écarquille les yeux, et imite sa belle sœur, cernée par les sex-toys, entre curiosité et indignation. « Et on a ri, qu’est-ce qu’on a ri ! »
L’anecdote résume assez bien le lieu et la rencontre (même si on a surtout parlé nourriture et cuisine italienne, tout de même !). Cette ferme, dans la campagne de Romagne, respire vraiment la bonne humeur !
Le chef s’appelle Claudio. Il habite à 300m de la ferme, travaille avec Béatrice depuis le début. Alors il est un peu de la famille. Claudio ne parle pas un mot d’anglais, mais c’est pas grave, il y a des mots italiens que tout le monde comprend : pasta, formaggio, ...
On dit que l’Italie, c’est the land of fast cars and slow food, et que l’Émilie-Romagne est la meilleure région en termes de gastronomie. Et ce petit cours de cuisine le confirme bien : des produits de qualité, des recettes simples mais après de longues minutes à travailler la pâte, on sent bien la texture et le goût qui émaneront de ces tagliatelles.
Toutes les semaines, pendant les mois d’été, 200 à 300 italiens se retrouvent sous les oliviers pour un pique-nique gastronomique. C’est une expérience aussi originale qu’amusante. On y vient en couple, en famille, entre amis, et on s’installe sur une nappe, avec des coussins. Des lampions éclairent chaque coin de pique-nique. Un DJ propose de la musique, en fond sonore. L’apéritif et les hors‑d’œuvre se trouvent dans un panier, le vin est à volonté au bar. Et toute la soirée, les serveurs et serveuses passent de nappe en nappe avec des cageots contenant les différents plats.
Le coût de la soirée est assez élevé (comptez 40€/personne), même si on y mange très bien. C’est donc plutôt destiné aux soirées « spéciales ».
Selon les semaines, les pique-niques sont préparés par des chefs différents, ou sont plus classiques. N’hésitez pas à vous renseigner.
Pour réserver et obtenir plus d’informations : leur site web.
Ce voyage a été réalisé dans le cadre de l’opération #GYRE organisée par HappyMinds et l’Office de Tourisme.


















9 commentaires
Un très beau carnet de voyage ! Les couleurs des couchers de soleil sont incroyables.
Merci pour ces jolies photos !
Honte pà moi, je m’appelle Ornella et je connais si mal l’Italie !
Quel magnifique carnet de voyage, superbe présentation ! ça donne envie d’y retourner...
Merci !
Jolie présentation et de belles photos mais bon ça on a plus tellement besoin de le préciser !!! 😉
Superbe toutes ces destinations, je me mets ça sous le coude, ça pourrait me servir prochainement ! 🙂
Très beau carnet de voyage ; je redécouvre votre site à travers cet article. J’ai bien fait de passer par ici 🙂
Ton carnet de voyage est parfait. La présentation est magnifique, les photos magiques. Je commente peu, mais c’est toujours un plaisir de te lire.
Bonjour. Tu as vraiment de la chance d’avoir pu visiter ce nombre de pays. La ville de Rimini est magnifique. De plus, tes clichés sont sublimes. J’adore ton travail !