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Inde II : Agra

On arrive à Del­hi le dimanche matin. Je dois dire que pour ma part, je n’étais pas très fraîche. La nuit du ven­dre­di avait été plus que courte, et dans l’avion, les lumières sont restées allumées presque tout le voy­age. On récupère nos sacs, fait la queue pour l’unique dis­trib­u­teur de sous, et part à la recherche des taxis pré­payés. C’est là qu’on com­met notre pre­mière erreur : comme aucun ne nous don­nait le prix indiqué dans le guide, nous sommes allés pren­dre le bus. Celui-ci ne s’arrêtait pas devant la gare, mais pas­sait pas loin der­rière, 500m en théorie.

Sur le tra­jet, on décou­vre les travaux que la cap­i­tale a lancés à l’occasion des Jeux du Com­mon­wealth, à la ren­trée. Ligne de métro, routes, il y a des chantiers partout. Cette impres­sion que la ville vient de sor­tir d’une guerre, nous l’aurons partout où nous passerons, entre l’état des bâti­ments, pas tous à l’abandon, et les gens. Car oui, bien sûr, on s’y attend, l’Inde est un pays pau­vre. Mais ça fait quand même un choc quand on passe devant les pre­mières tentes de for­tune, les pre­mières per­son­nes  allongées à même le sol. On fixe les poumons, yeux grands ouverts, pour véri­fi­er qu’ils dor­ment bien.

Le bus nous dépose sur le cer­cle extérieur de Con­naught Place. De grandes rues, des ani­maux, de la pous­sière, et, encore, la chaleur. On cherche notre direc­tion, un jeune homme nous dit aller vers la gare et nous pro­pose de le suiv­re. Bien sûr, c’était une erreur. On marche longtemps, puis il nous mon­tre un bureau « tourist infor­ma­tion ». La gare serait juste der­rière ; ici on aura des plans et on pour­ra acheter nos bil­lets de train. On ren­tre. La fraicheur est appré­cia­ble. Un quadragé­naire nous demande où on veut aller, et puis, dans l’ordre, nous dit que notre par­cours n’est pas logique (on lui explique qu’on n’a pas le temps de cas­er Agra à la fin, mais il n’en démord pas), passe un coup de fil et nous informe qu’il n’y a que deux ou trois trains par jour et qu’ils sont tous com­plets, puis revient sur notre par­cours et nous explique qu’on pour­rait tout faire et même aller jusqu’à Varanasi si on pre­nait un chauf­feur, et d’ailleurs, ça nous coûterait moins cher. Voilà, on y est, c’est l’arnaque décrite dans tous les guides : au lieu du bureau des touristes, nous sommes dans une agence de voy­age.

On ressort. On galère à démêler le vrai du faux dans les direc­tions que les gens nous don­nent pour rejoin­dre la gare. Il sem­ble y avoir nom­bre de rabat­teurs à cet endroit, et sur tout le chemin. On arrive enfin à quelque chose qui ressem­ble à une gare. Il y a du monde partout, du bruit aus­si, c’en est oppres­sant. Arrivés au por­tique de sécu­rité, un homme à l’air sérieux nous dit que ce n’est pas là qu’on doit aller. Il nous amène trois mètres plus loin, devant ce qui a dû être un bureau. Il nous dit que le truc à touristes était là, mais a brulé, qu’il faut aller plus loin. Oui, bien sûr, les guides indi­quaient aus­si que l’argument du bureau détru­it ou fer­mé risquait de revenir sou­vent. On retourne sur nos pas. Le mec de la sécu­rité aurait cer­taine­ment pu nous prévenir, mais il devait avoir mieux à faire. On tourne en rond, suit les flèch­es qui dis­ent de mon­ter à un escalier, puis d’en descen­dre un autre, avant d’arriver enfin devant ce fameux bureau. Si nous avions pris un taxi, il nous aurait déposé devant la gare et nous l’aurions trou­vé tout de suite...

Le sol du hall de la gare est lit­térale­ment jonché de corps. Je ne sais pas com­bi­en de per­son­nes peu­vent être regroupées ici,  à dormir, sans doute un peu plus au frais qu’ailleurs. Nous nous affalons dans les canapés du « tourist office », des ven­ti­la­teurs, moins de bruit, joie. On regarde les autres voyageurs entr­er, nous ne sommes vis­i­ble­ment pas les seuls à se dire « enfin !». Je me dis qu’on fait bien de mod­i­fi­er le pro­gramme. Nous devions à l’origine pass­er la pre­mière nuit sur place, pour vis­iter la ville et s’acclimater douce­ment. Mais mieux vaut faire quelques heures de trans­port en plus et fil­er vers une ville plus sym­pa­thique, tout du moins pour des pre­miers pas en Inde.

Davy, Marine et moi par­tons en opéra­tion bouteilles d’eau, pen­dant que Bruno et le Chauve restent se repos­er. Le quarti­er de la gare est sup­posé être celui où nous revien­drons chercher un hôtel, lorsque nous vis­iterons Del­hi, à la fin du voy­age. Nous n’avons même pas fait 50 mètres que nous savons déjà qu’il nous sera impos­si­ble de dormir ici tant tout est glauque et sale. Avec le recul, ça ne l’était pas tant que ça, c’était juste le choc de l’arrivée, et les hôtels se trou­vent en fait, il paraît, un peu plus loin. Mais tout de même, il y a des ordures et déjec­tions partout. Il faut pré­cis­er qu’en Inde, il n’y a ni poubelles, ni égouts comme nous le con­nais­sons. Des rigoles, ouvertes, par­courent la ville. Les gens y pis­sent ou s’y lavent les dents, et par­fois, une vache y boit...

Après avoir squat­té le plus longtemps pos­si­ble la salle pleine de vis­ages pâles, nous tâchons de nous ren­dre sur le quai, his­toire de ne pas man­quer notre meilleur moyen de fuir Del­hi. Là encore, du monde partout, des vendeurs ambu­lants, de gens qui dor­ment. Je ne suis pas encore assez en con­fi­ance pour sor­tir mon appareil pho­to, j’attendrai que nous soyons par­tis. Sur le quai, une famille nous encer­cle rapi­de­ment, grand sourire. Le bru­misa­teur sem­ble les amuser, nos têtes aus­si. Ils nous deman­dent où nous allons, nous mon­trons le tick­et, ils nous rétorquent que c’est le quai d’en face. Aïe. On a passé la mat­inée à se faire embobin­er, nous restons méfi­ants. Le train est déjà là, ils insis­tent. Tout sem­ble cor­re­spon­dre, on fait le pari de les croire.

Ce qu’on dit sur les trains en Inde est vrai : on s’y entasse tant que ça loge, quitte à occu­per les moin­dres recoins, ou à rester accroché par la porte du wag­on, à moitié dans le vide. Le train est lent, s’arrête sou­vent, pas for­cé­ment en gare, et à chaque fois, des gens s’empressent de tra­vers­er les voies, pour mon­ter ou descen­dre.

Nous res­terons deux nuits à Agra. La pre­mière fut assez hor­ri­ble pour moi. Les cham­bres étaient au rez-de-chaussée, avec pour seule aéra­tion, une fenêtre sur le couloir. Lorsque j’ai demandé à Ali, le pro­prié­taire, s’il avait des cham­bres avec des fenêtres, il a répon­du un truc du genre « mais y’a des fenêtres, il suf­fit d’ouvrir ». Certes. Le ven­ti­la­teur du pla­fond fai­sait un bou­can infer­nal, sem­blant se décrocher à chaque sec­onde. J’ai rapi­de­ment demandé au Chauve de le couper. Pour ensuite pass­er la nuit à l’allumer / l’éteindre toutes les dix min­utes tant j’avais chaud. Bouger d’un bout de lit chaud à un bout de lit froid n’était effi­cace qu’un temps, tout comme pass­er le sac à viande sous l’eau : ça rafrai­chit deux min­utes et ensuite c’est moite... J’ai aus­si essayé de m’installer par terre, sous la « fenêtre », ou car­ré­ment sous la douche, pour ne plus avoir à bouger quand je voudrais me met­tre la tête dessous. Mais rien à faire...

Le lende­main matin, nous avons demandé une autre cham­bre, plus chère, mais don­nant réelle­ment sur l’extérieur, et avec un « air cool­er », un ven­ti­la­teur placé au milieu de paille mouil­lée, qui bal­ance de l’air froid. Elle a été grande­ment appré­ciée : directe­ment après la vis­ite du Taj Mahal, le Chauve et moi sommes retournés nous couch­er pen­dant que les autres com­mençaient la vis­ite du reste de la ville : la tourista, for­cé­ment. On a rat­trapé notre retard l’après-midi en faisant tous les tra­jets en rick­shaw : le fort, le Baby Taj, les ruines du Taj Noir pour le couch­er du soleil der­rière le Taj blanc, une agence pour acheter des bil­lets pour Bikan­er (prochaine étape, en bus de nuit). On com­mence à se déten­dre et à appréci­er le voy­age.

Le lende­main, la pluie arrive, ça fait du bien. On vis­ite un mau­solée, puis nous nous bal­adons dans le marché et les ruelles de la ville. Les gens nous souri­ent, deman­dent des pho­tos, rient en se voy­ant sur l’écran, même s’il ne souri­ent que rarement pen­dant la pho­to (comme les mon­goles ! Il faut être sérieux et bien présen­ter sur la pho­to). On est loin de Del­hi !

5 Commentaires

  1. Nico : tout à fait !

    Marine : nia­ni­a­nia (j’ai un mois avant de repar­tir pour faire le mini car­net slovène ET finir l’indien, faut pas que je prenne du retard si je ne veux pas tout mélanger !)

  2. En effet Del­hi est une ville oppres­sante pour tous lors d’une pre­mière arrivée en Inde. Mais il y a finale­ment pas mal de choses à y faire et à voir, pour peu que l’on ait du temps à y con­sacr­er. Blog très sym­pa­thique à lire !

  3. En oui Del­hi est une ville « étouf­fante » pour un pre­mier voy­age en Inde. Cepen­dant il y a pas mal de choses à décou­vrir dans ce mer­veilleux pays d’Asie

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