Un billet de train pour… Bangkok (et le reste du monde)

vignette_train_thailande

Enfin, reste du monde, c’est bien ambitieux ! Aujourd’hui, je poste l’avant dernier article relatant notre voyage au Laos, en Janvier/Février dernier et, quitte à vous parler de notre retour en train vers Bangkok, autant saisir l’occasion pour raconter quelques histoires sur d’autres trains

Mais avant de vous emmener sur les chemins (de fer) du monde, revenons à Ubon Ratchatani. Pour rejoindre le Laos, nous passions par Bangkok, une histoire d’avions et d’aéroports peu accommodants. L’occasion d’avoir un minuscule aperçu de la Thaïlande, et de voir naître en nous l’envie d’y retourner plus longuement.

Ubon Ratchatani, un vendredi matin, en Février. Nous rejoignons la gare. Après nous être délestés de quelques baths, nous voilà confortablement installés en troisième classe pour une journée complète de train : 12h, direction Bangkok. Nous avons fait le plein de cochonneries chimiques mais ce n’était pas nécessaire : toutes les cinq minutes, et ce toute la journée, des vendeurs ambulants passent en criant pour vendre nourriture et boissons (du thé dans un sac plastique avec une paille, des viandes non identifiées dans du papier journal, etc.). C’est un peu plus cher qu’en ville, normal, mais au moins c’est chaud, et peut-être même plus sain que nos biscuits bizarres.

Le train sera en retard, bien sûr. Entre deux cris, nous ne nous serons pas franchement reposés, mais à  aucun moment nous regrettons notre choix du train de jour (malgré les banquettes pas franchement confortables). On regarde les paysages défiler, on regarde les thaïlandais qui eux aussi s’extasient au moindre lac. On échange quelques mots, ou mimes, avec nos voisins, on rigole un peu. La vie à bord du train, finalement…

Après ce petit interlude thaïlandais, je vous le disais en intro, j’ai très envie de continuer à parler de trains. Si vous lisez ce blog régulièrement, vous le savez : j’aime les trains, et Monsieur Oreille également. Si nous avons le choix, c’est le mode de transport que nous privilégions presque systématiquement. Il faut juste aimer la lenteur et la promiscuité, dans certains pays…
 

Les classiques

Commençons notre petite liste pour les pays frontaliers : Eurostar pour Londres, Thalys pour les Pays-Bas, la Belgique ou l’Allemagne, les nocturnes vers l’Italie ou l’Espagne… Rien de vraiment original. Pas vraiment de charme. Dès lors qu’on prend un train de nuit, on ne profite même plus des paysages, forcément. Tout au plus se réveille-t-on pour le lever du jour et l’arrivée en ville. A ce titre, l’arrivée à Venise, au petit matin est assez sympa…

Ci-dessus : petit déjeuner et cabine pour Barcelone, Thalys en gare à Cologne

 

Une mention au Thalys en 1ère classe. Vous me connaissez, la première, ce n’est pas forcément un truc qui m’attire MAIS sur le Thalys, dès lors que la différence de prix est minime, ça vaut vraiment le coup. Les groupes scolaires, familles et autres étudiants étant restés en seconde, on bénéficie d’un calme vraiment appréciable.
Je garde un souvenir traumatisé d’une colonie de vacances qui avait chanté pendant plus d’une heure, un week-end où je rentrais sur Paris. Depuis, je sais qu’en train, le luxe n’est pas la place pour les pieds (ça, je m’en fous, je suis petite) mais le calme !
Et surtout, Thalys inclut un dîner, des boissons, du chocolat, dans ses trajets (ce qui rentabilise vite le léger surcoût). Le tout servi par un personnel charmant, réellement attentif. S’il y a un pépin sur la voie et que le conducteur ignore le temps que nous allons devoir attendre, il prend quand même la peine de nous prévenir… (Il m’est arrivé sinon d’apprendre le retard de mon train grâce à un SMS de mon Belge, m’attendant à la gare… le manque d’informations étant l’un des principaux reproches faits à la SNCF, il me semble).

Un train écossais en gare, le Belge dans un Thalys

En train de nuit, en Europe, on sera généralement répartis dans de petits compartiments. Ça rend les choses un peut plus agréables (on flippe moins pour son sac), mais la réussite de la nuit dépend exclusivement de nos voisins : il suffit que quelqu’un ronfle, qu’un autre décide de passer la soirée au téléphone… L’enfer c’est les autres, non ? Mais ne croyez pas que ce sera mieux en première, avec une cabine rien que pour vous : l’impression que personne n’entend poussera les voisins à parler fort !

 

Un peu plus à l’est

La lenteur favorise les rencontres. C’est ce que je retiens de mes séjours dans les Balkans, région où je ne suis jamais partie avec le Belge. Que ce soit en Roumanie ou en Bosnie, les trains ont un petit charme désuet, et mine de rien, sont très confortables et spacieux. On y retrouve souvent de petits compartiments prévus pour six personnes, qui garantissent presque le silence à celui qui voudrait dormir, tout en permettant de parler aux compartiments des plus bavards !

Ci dessus : en Serbie, en Bosnie, en Slovénie

Les trains sont lents, mais traversent des paysages souvent magnifiques. Entre Belgrade et Sarajevo, le train est presque vide. Il faut dire que le détour par la Croatie, et la journée entière prise par le trajet, démotivent certainement quelques personnes… En face de moi, un couple de « vieux ». On s’est dit dobar dan, on a échangé quelques sourires. Un énième douanier vient observer mon passeport, alors que j’essaie de déchiffrer le nom de la ville inscrite sur les panneaux, en regardant la maigre carte de mon guide. La dame me fait signe de lui tendre le bouquin, je baragouine « le cyrillique c’est difficile », en petit serbo-croate (le Belge se fout toujours de moi, parce qu’il a mis une matinée à apprendre cet alphabet). Elle rigole, et nous voilà parties à discuter. Alors, certes, la conversation ne vole pas haut, mais le lexique à la fin du livre l’amuse et m’aide pas mal.

De gauche à droite : un train croate, un train en partance pour Belgrade à Ljubljana, et un train qui relie la Roumanie et la Hongrie

Quelques semaines plus tôt, ma sœur et moi allions de Zagreb à Ljubljana. Nous sommes dans le dernier train, un peu fatiguées. Un garçon « dans nos âges » vient s’asseoir dans notre compartiment. Il fait régulièrement le trajet, mais passer la frontière le stresse particulièrement ce jour-là, car il a un peu de cannabis sur lui. Deux minutes après le départ des douaniers, nous le retrouvons euphorique, tellement content de lui qu’il nous offre des bières. Il est barman, ne parle pas très bien anglais, mais rigole à la moindre de nos bêtises, et son rire est très communicatif… Le contrôleur vient avec nous de temps à autres, partager des anecdotes et jouer les interprètes pour Yura, toujours plein d’entrain ! Il ne faut pas se fier à la l’apparente froideur qui règne dans les Balkans…

L’expérience ultime ?

Là encore, j’en rajoute dans les titres, mais je ne peux penser à l’Inde sans visualiser ses trains. J’aurais presque envie de dire qu’ils font partie du folklore… Imaginez, tout ce que vous voyez dans les films, hé bien c’est vrai. Les gens sur les toits, ceux qui s’entassent partout où c’est possible, ceux qui montent et descendent pendant que le train roule, et puis tous ceux qui ne voyagent que grâce à un bout de poignée de porte agrippée et maintenue de toute leur force.

Alors, c’est moins vrai sur les trains de nuit, même s’il peut y régner un certain bordel, mais de jour, c’est très impressionnant. Si un scooter peut accueillir cinq indiens, imaginez combien peuvent rentrer dans un train. C’est aussi ce qui explique pourquoi le moindre accident est, là-bas, aussi dramatique…

 

Les trains mythiques

Notre premier voyage, le premier qui me fit prendre l’avion, quitter l’Europe, ce fut le Transsibérien. Arriver à Moscou, traverser une bonne partie de la Russie puis bifurquer sur le Transmongol et rejoindre Pékin. Quelques milliers de kilomètres…
Pour le premier tronçon, jusqu’au lac Baïkal, nous empruntons un train russe, et restons en troisième classe : un grand dortoir pendant 4 jours. Pour le reste du trajet, il n’y a que deux classes, et nous profiterons d’un compartiment vide pour rester à deux.

Il est tard quand nous arrivons à la gare de Moscou. Notre hôte nous a briefés : c’est un quartier dangereux. Il fait nuit, il fait froid, on n’en mène vraiment pas large. On cherche notre wagon, pensant y trouver du réconfort, mais l’odeur du russe mouillé est très présente. On cherche nos places. On tombe sur un sexagénaire en train de se changer au fond du wagon ; il nous chasse violemment. Tout le monde nous dévisage. Une fillette qui sait compter en anglais nous indique finalement nos places. Nous serons sur le côté, aux seules places qui ne peuvent pas ranger leurs affaires sous la banquette (ça valait bien le coup de payer une agence pour acheter ces billets…).
La « gardienne » du wagon passe distribuer les couverture. Elle ne parle pas un mot d’anglais mais est adorable avec nous.
La première nuit est catastrophique. On se demande sincèrement ce qu’on fout là. Et puis au matin on se détend un peu, et on commence à apprécier le voyage. Les gens sont calmes, respectueux. Je ne vais pas dire qu’ils sont souriants, ce n’est pas dans le caractère russe, mais ils sont attentionnés, et gentils. Une dame me prêtera, par exemple, un médicament pour soigner mon rhume persistant. Ils sont très organisés, avec leurs chaussons, leur thés. Ils sont équipés pour s’occuper pendant les longues journées, alors que nous regardons les bouleaux défiler !
Aux arrêts, on peut descendre acheter de la nourriture, des boissons ou quelques babioles, et dans le train, il y a de l’eau chaude en permanence, idéal pour les boissons, mais aussi pour les soupes !

Après avoir traversé la Russie, nous nous sommes mis en tête de faire la même chose dans un autre grand pays : les États-Unis. Nous l’avons fait deux ans plus tard, pass Amtrak en poche (Amatrak étant la SNCF américaine). De Miami, nous nous sommes rendus à Washington, puis New York, avant de rejoindre les chutes du Niagara, Chicago et enfin San Francisco (nous avons  ensuite poursuivi vers Las Vegas pour les parcs et Los Angeles, mais la première n’a pas de gare ferroviaire…). Sans être particulièrement attirée par le pays en tant que tel, ce mode de voyage nous a permis de passer un mois génial, à découvrir les paysages autrement, et à rencontrer énormément de gens. Et là où cela prend tout son sens, c’est entre Chicago et San Franciso : la ligne mythique du California Zephyr.
Ce n’est pas un train que l’on prend comme simple mode de déplacement : il faut 50h pour rejoindre les deux villes… C’est pour le plaisir de traverser des parc nationaux dans des conditions particulières, parfois dans des endroits où les voitures n’accèdent pas.
Pour en profiter au maximum, la petite spécialité locale, c’est le wagon panoramique que l’on voit sur la photo si dessus : idéal pour traverser les canyons ! Dans les passages les plus intéressants, l’équipage prend même le micro pour jouer les guides touristiques !

 

Ceux que nous prendrons peut-être, un jour…

Et forcément, il y a ceux qu’il nous reste à prendre. Il y a toujours une bonne raison pour en essayer un nouveau. Le plus célèbre, l’Orient Express nous retient pour l’instant par son prix. mais peut-être un jour existera t-il dans une version moins luxueuse ?
Je rêvais également du Dakar-Bamako, supprimé juste quand nous décidons de nous rendre au Mali. C’est un peu comme un train indien : des couleurs, des retards, et de la décontraction…
Et puis il y a l’Australie, le Japon, le Canada, eux aussi traversé par des lignes superbes…

Lundi, je reprends les conseils photos… et je reste dans le thème !

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14 commentaires sur “Un billet de train pour… Bangkok (et le reste du monde)”

  1. jipe dit :

    J’ai gardé un impérissable souvenir des derniers trains à vapeur Indiens, les banquettes de bois de la 3e classe les cafards géants des toilettes. Je ne regrettes absolument pas d’avoir connu ça. J’avais bien aimé le train Grec qui va d’Athènes vers le Péloponnèse, sa lenteur reposante, le velours des banquettes,les brochettes du casse-croûte…

  2. Coraline dit :

    Merci pour ce billet !
    Il me conforte dans mon idée de découvrir un (petit) bout de l’Australie en train en plein quand je commençais à douter des avantages !! :-)

  3. Xtinette dit :

    Les trains en Inde m’ont beaucoup marquée mais mon plus grand souvenir de train c’est en Chine : 33 heures entre Kashgar et Urumqi ! Très beau paysage mais qu’est-ce que c’est long !! (déjà le trajet à la base est long mais nous avons eu des soucis à cause de la pluie…)

  4. Oreille dit :

    Jipe : Ils faudra que j’aille en Grèce, un de ces jours… C’est certainement moins désuet maintenant (quoique..), ce côté « cheap » fait vraiment tout le charme ! Même si on dort mal, qu’on mange du sable, ça fait partie du « truc », je trouve ! (mais jamais je ne reprends la couchette du bas dans le couloir !)

    Coraline : il y aura certainement des inconvénients, surtout dans des contrées où la voiture est reine, mais franchement, l’Australie ça doit être assez sympa ! (j’espère que tu me diras comment ça ce sera passé !)

    Xtinette : oh, 33h passe quand même ! :p Il n’y avait rien à observer dans le train, personne avec qui discuter ? C’est aussi une question de caractère, j’imagine. Il faut supporter l’inaction prolongée !

  5. NowMadNow dit :

    C’est juste dommage que tes photos ne soient pas plus grandes, certaines sont vraiment intéressantes.

    NowMadNow

  6. Oreille dit :

    NowMadNow : les images sont cliquables, mais c’est vrai qu’elles restent assez petites… Lesquelles voulais-tu agrandir plus ?

  7. Lucie dit :

    Merci pour ce très joli billet. J’aime beaucoup le train aussi (même si j’aime je crois tout autant le bus). Les deux meilleures manières de voyager. Alors j’espère que j’aurai l’occasion de prendre le Transsibérien. Et les wagons panoramiques du Canada et des USA me font très très envie! One day…

  8. NowMadNow dit :

    Les thaïlandaises… les slovènes… les indiennes. Hm sont belles tes photos ;)

    NowMadNow

  9. Oreille dit :

    Lucie : je vois deux avantages au train par rapport au bus : le fait de pouvoir y bouger un minimum (aller au wagon restaurant, etc.) et le trajet souvent plus intéressant que par la route. Mais dans certains pays, le bus est tout aussi « folklorique » ! Au Royaume Uni, j’ai très envie de tester le « train de Harry Potter » qui remonte vers le Nord de l’Écosse !

    NowMadNow : :)

  10. Lucie dit :

    Oui tu as raison sur ces points. Après, en Europe en tout cas… on dort bien mieux en bus, ce n’est pas cher du tout et j’adore arriver au centre-ville à 6h du mat’ après un voyage en bus de nuit et avoir la ville presque rien qu’à moi pour quelques heures…

    Mais j’aime beaucoup le train aussi et le train Harry Potter est définitivement sur ma to do list!

  11. Oreille dit :

    Lucie : Tu dors mieux en bus ? Arf, rien que le fait de ne pas pouvoir m’allonger me bloque (voire, pire, de devoir être assise à côté de quelqu’un… 25h vers Belgrade avec une fesse dans le vide, je ne recommencerai pas !) , et puis devoir tous sortir à chaque frontière, dans le froid… C’est vraiment pas pour moi !
    J’espère que tu raconteras ton voyage vers Poudlard sur ton blog, quand tu le feras ! (d’ailleurs, il y a une sculpture amusante dans une des gares de Londres, juste pour les fans !)

  12. liloulivi dit :

    Moi le trajet que je reve de faire en train, c’est partir de Hong-Kong, descendre tout le vietnam et remonter ensuite sur la Thailande… Un jour, si j’ai du temps…

  13. Oreille dit :

    Ah oui ! Là tu vois grand !
    Tiens, dans quelques années (20, en fait !) on pourra aller de Paris à New York en train, en traversant la Russie et en rejoignant l’Alaska par un tunnel !

  14. Lucie dit :

    Ben tout dépend du bus et tout dépend du train! Mon expérience en train jusqu’à Lisbonne n’était pas fameuse (ben oui partager un compartiment avec 6 espagnols qui hurlent toute la nuit, ça aide pas) et les trains anglais ne sont vraiment pas confortables du tout. Alors qu’ils ont de bonnes lignes de bus et que je me suis habituée! Pas drôle de sortir à la frontière, c’est sûr!
    Pour raconter le train, y’a pas de souci bien sûr! Et pour la statue à King’s Cross, je veux vraiment la voir… j’y suis allée une fois, mais c’était tout en travaux, il faudra que je retente!

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